Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

26 janvier 2013

USAID: From the American to the American people ? a frog point of view

Classé dans : Financer l'éducation, Uncategorized — Tags:, , , , , , , — education_south @ 15 h 56 min

Très bonne année 2013 à toutes et à tous ! Ravi de reprendre ce blog un peu délaissé en 2012 faute de temps, mea culpa.

En janvier 2009 et 2013, votre serviteur a eu la chance de participer à des réunions organisées à Washington sur la mesure de la qualité des acquis scolaire, auxquelles étaient conviés la plupart des opérateurs de l’aide américaine (USAID contractors/vendors). La réunion de 2013, quelques jours avant l’investiture d’Obama, a été organisée par le Partenariat Mondial pour l’Education et la Basic Education Coalition.

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<<<<< La tribune d’Obama devant la Maison Blanche, janvier 2013

Cette coalition ou groupe de pression fait le plaidoyer en faveur de l’éducation de base dans le monde en assurant la liaison avec le Congrès américain notamment. C’est une sorte de consortium des grandes sociétés américaines et ONG (non profit) travaillant dans le domaine de l’éducation. La coalition est impliquée dans l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie américaine d’aide au développement révisée en 2011.

Trois objectifs sont recherchés par l’USAID en matière d’éducation:

  1. l’amélioration des capacités de lecture pour 100 millions d’enfants au primaire
  2. l’amélioration de la capacité de l’enseignement supérieure et des programmes de formation à produire des compétences soutenant le développement des pays
  3. l’accès équitable à l’éducation dans les pays en crise et en conflit pour 15 millions d’enfants

Le but de l’atelier était donc de se pencher sur les méthodes de mesure des objectifs. Le premier n’est pas exprimé en termes de taux de scolarisation ou de nombre d’enfants à scolariser mais en termes de capacité de lecture. L’objectif de 100 millions d’enfants peut avoir des effets pervers car l’aide peut être fléchée vers des pays à large population (Inde, Pakistan par exemple). Interrogés sur cette question, les représentants de l’USAID ont indiqué que l’agence n’avait pas foncièrement l’intention de se concentrer sur les pays à forte population (Wait and see !). Quant au 3ème objectif en soi tout très louable, il permet de légitimer les investissements considérables réalisés en Afghanistan, le premier pays bénéficiaire de l’USAID, suivi par le Pakistan. Voir ici pour des informations sur les dépenses d’éducation du Pakistan comparées aux dépenses militaires.

On notera d’ailleurs qu’une des plus grosse ONG américaines (Academy for Educationnal Development) a été fermée car suspectée de fraude au Pakistan et en Afghanistan. De plus, s’agissant du 3ème objectif, les opérateurs en éducation seront amenés à travailler avec les agences de sécurité, mélange des genres pour le peu surprenant. A ce titre, des extrémistes pakistanais ont tués neuf humanitaires travaillant à l’éradication de la polio, accusés d’être des agents.

Aide américaine pour les 20 premiers pays et opérateurs (2012) en US$

USAID spending

Le graphique ci-dessus nous montre ainsi que si la société Chemonics était un pays, elle serait placé au 3ème rang des bénéficiaires, voir cet article pour plus de détails. Cette société emploie 4800 personnes à travers le monde.

Les données sur l’aide américaine sont disponibles sur le site de l’USAID (Where does the Money go ?). L’éducation n’arrive qu’en 5ème position, loin derrière la santé. Les données permettent également de mesurer les fonds alloués à chacun des opérateurs de l’aide mais ne distinguent pas la part de l’argent qui arrive vraiment à destination sur le terrain dans les pays de celle qui revient aux USA. En effet, l’aide US se caractérise par des procédures qui obligent les contractants à acheter des biens et services aux USA, quand bien même ils seraient disponibles et moins chers dans les pays visés. On parle d’aide liée, qui est interdite dans le cadre des projets européens au nom de la libre concurrence. Ce qui explique peut être aussi pourquoi les écoles françaises sont équipées d’Ipad plutôt que de tablettes Archos ou BIC.

Ce mémo de l’ambassade française aux USA (2010) rédigé à partir des données du Comité d’Aide au Développement de l’OCDE (CAD) nous dit que :

  • « Les USA ont cessé de notifier leur part d’aide liée à l’OCDE entre 1996 et 2006,
  • le taux d’aide liée a baissé de 68 à 32% entre 2005 et 2008,
  • l’administration Obama a pris position en faveur du déliement  de l’aide,
  • l’aide liée conserve de solides soutiens au Congrès. »

On se demande bien lesquels ?

Le directeur de l’USAID a lui-même critiqué les mécanismes de l’aide : « on ne peut pas se satisfaire de signer des gros chèques aux contractants et de l’appeler dévelopement - no longer satisfied with writing big checks to big contractors and calling it development » faisant même référence au discours d’Eisenhower sur l’émergence d’un complexe militaro-industriel.

On ne sait pas très bien dans quelle mesure la stratégie US va être réellement amenée à changer, même si elle est de plus en plus alignée avec celle du Partenariat Mondial pour l’Education auquel les USA ont promis 20 millions de $. Une économiste française, Esther Duflo, a été recrutée comme conseillère dans l’administration d’Obama. Elle a qualifié l’USAID de « nébuleuse mêlant intérêts publics et privés », Libération du 6 janvier 2012. Cela promet une chaude ambiance lors des réunions !

Esther Duflo a travaillé au sein du laboratoire JPal, de renommée mondiale, sur les évaluations d’impact et souhaiterait « lister et préciser quels sont les programmes qui marchent et ceux qui ne marchent pas ! » Or c’est là un autre défaut de l’aide américaine, bien souvent ce sont les compagnies qui évaluent elles-mêmes l’impact de leurs projets. Un peu comme si Mac Donald évaluait l’impact du Big Mac. Cela ne remet pas en cause la validité du travail scientifique d’évaluation et cette remarque est aussi valable pour les projets d’autres bailleurs. Cependant on pourrait permettre des évaluations croisées, où un bailleur A évaluerait l’impact d’un projet d’un bailleur B et vice et versa. On se trouve quelque part, bien que les enjeux paraissent moindres à prime abord, dans la situation similaire à celle où Monsanto finance des études sur les OGM.

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<<<<<<Manifestant devant la maison blanche, janvier 2013

Duflo propose de passer l’aide internationale au crible, programme par programme : « Je pense à l’ONU, à l’USAID[l’agence américaine pour le développement] ou à l’AFD [Agence française de développement]. »

OK, let’s go ! Qu’en est-il de l’Agence Française de Développement ? A qui rend –elle compte ?

Cette noté édifiante du sénat français rédigée par une commission parlementaire nous dit :

  • « L’Agence française de développement (AFD) constitue l’opérateur pivot de la coopération française 
  • Sa tutelle est assurée conjointement par le ministère chargé de l’économie, le ministère des affaires étrangères et européennes et le ministère de l’intérieur, chargé de l’immigration
  • Bien que l’AFD remplisse a priori les quatre critères d’un opérateur au sens de la LOLF, celle-ci n’est pas considérée comme un opérateur.
  • Mais ne pas considérer l’AFD comme un opérateur au sens de la LOLF pose un problème de transparence de son action, à laquelle ont été confrontés vos rapporteurs spéciaux dans l’exercice de leur mission d’examen et de contrôle du budget.

L’AFD n’a donc pas de comptes à rendre au parlement/sénat, même pas à des rapporteurs spéciaux du budget mais publie un rapport annuel d’activités qui contient en annexe une liste des financements par pays, assez peu lisible (Afrique Subsaharienne 39% des financements). L’équivalent du Basic Education Coalition est une plateforme d’ONG appelée Coordination Sud dont on entend peu parler, mais qui avait critiqué les montants de l’aide bilatérale octroyée au Cameroun (567 millions d’euros), notre Pakistan à nous. En termes d’initiatives multilatérales, la France a financé le Partenariat Mondial pour l’Education à hauteur de 15 millions $ de mais n’a pris aucun engagement d’augmenter l’aide bilatérale à l’éducation de base dans les pays à bas revenus. Les opérateurs français ne sont pas privilégiés comme contractants dans l’aide française et s’en sont plaints lors de la Journée de la Coopération en mai 2009.

Fort heureusement, le Gouvernement français réalise des Assises du développement et de la solidarité internationale du mois de novembre 2012 au mois de mars 2013, piloté par le Ministère des Affaires Etrangères. Il n’y a priori pas de représentants d’autres pays dans ces assises c’est bien dommage, l’AFD apparaît comme participant tout à la fin document. La réflexion sur les indicateurs de résultats est à peine entamée.  La stratégie sur l’éducation est présentée ici.

Que ce soit aux USA et en France, l’opacité règne sur le choix des pays devant bénéficier de l’aide bilatérale. Pas sûr que la majorité des citoyens américains soient favorables au financement du Pakistan et de l’Afghanistan, bastions du terrorisme. Pas sûr que l’opinion française soit favorable au financement du Cameroun dirigé par Paul Biya depuis 1982! Par contre, des différences de taille subsistent entre les types de personnes exerçant le pouvoir ou une forme d’influence aux USA et France, qui peuvent expliquer des variations dans les politiques mises en oeuvre et les velléités de changement.

Voici les membres du Comité Exécutif de l’AFD : tous des mâles blancs de plus de 60 ans !!

membres exécutif AFD

Aux USA, les représentants de l’USAID et des contractants sont plutôt des femmes, jeunes.

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Amber Gove parle au Congrès

Peut-on faire du neuf avec des vieux ?

Pierre Varly

19 janvier 2010

Lancement du rapport de suivi de l’EPT UNESCO

Classé dans : Financer l'éducation — Tags:, , , , , , — education_south @ 21 h 22 min

Le rapport de suivi de l’EPT, dévoilé hier, mesure les chemins accomplis sur la voie de la scolarisation universelle ou Education pour Tous (EPT). C’est le 8ème rapport réalisé par une équipe indépendante sous l’égide de l’UNESCO, suite au forum mondial de Dakar en 2000. En dehors du suivi des progrès en matière d’éducation, le rapport traite de l’impact de la crise financière et s’attache à décrire les conditions pour une véritable scolarisation universelle en se penchant sur les populations marginalisées. Le dernier chapitre analyse et critique les efforts menés ces dernières années pour augmenter et mieux coordonner l’aide au développement.

Le résumé du rapport en français. Le rapport complet en anglais.

Les questions d’éducation n’ont pas la même visibilité ces derniers temps que les questions de santé publique et récemment d’environnement avec le sommet de Copenhague. Les résultats enregistrés sur la voie de la scolarisation universelle sont globalement positifs mais « certains indicateurs mondiaux sont préoccupants ». Le rapport contient une multitude d’informations et de chiffres qu’il n’est pas facile de synthétiser.

Les progrès enregistrés ces dernières en matière d’éducation sont dus en partie à une augmentation des budgets consacrés à l’éducation soutenus par une croissance économique relativement bonne, en Afrique par exemple (6,5% par an en moyenne entre 2002 et 2007, selon le FMI). La crise financière risque de mettre à mal les budgets éducatifs qui reposent en partie sur l’aide au développement : « Si la reprise mondiale venait à s’essouffler […] la couverture des déficits publics et extérieurs deviendrait problématique. Dans ce cas, et sans une remontée de l’aide internationale, les gouvernements africains seraient amenés à couper dans les programmes d’investissement public, obérant ainsi les perspectives de développement de la région à plus long terme ».

Ceci n’est pas l’avis d’experts en développement mais celui de banquiers ! Note de conjoncture, BNP Paribas, décembre 2009.

L’augmentation des effectifs scolaires, qui ont doublé dans certains pays en dix ans, pourrait faire machine arrière et/ou les dépenses par élève risquent de baisser entraînant une dégradation des conditions d’enseignements. Les données administratives, légèrement sous estimés lorsque l’on compare avec des données d’enquête ménages, nous montrent que se sont encore plus de 140 millions d’enfants qui n’ont pas accès à un enseignement primaire ou secondaire en 2007. Une part importante des élèves sortent de l’école primaire sans savoir lire et écrire.

Les ressources supplémentaires estimées à 16 milliards de dollars par an pour financer l’éducation de base dans 46 pays à bas revenus représentent 2% des aides reçues par quatre banques commerciales au Royaume Uni et aux USA dans le cadre des plans de relance. Tout cela pour un coût moyen de scolarisation de 68 US $ par élève, estimé en 2007. Soit moins cher qu’un téléphone portable !

Le rapport propose d’instaurer un moratoire sur la dette dans 49 pays et de mettre en place un système en cascade ou les organisations internationales (ou le « global compact ») couvrent les pays les plus pauvres qui à leur tour s’engagent à protéger de l’impact de la crise les populations les plus vulnérables. Le rapport préconise ainsi de réformer l’initiative Fast Track visant à mobiliser les ressources mondiales et ouvre la voix à un fonds mondial « Education », promesse du président Obama.

Le dernier chapitre, le cœur du rapport, aborde les questions de droit à l’éducation pour les populations marginalisées par la pauvreté, le genre ou leur appartenance ethnique.

Le rapport n’y va pas de main morte :

« Les gouvernements ont systématiquement violé l’esprit et la lettre des conventions des conventions des Nations Unies les obligeant à travailler pour une égalité des chances en éducation. »

Des outils de mesure des phénomènes de marginalisation en éducation sont proposés. Des exemples sont donnés comme ceux des pasteurs nomades en Afrique ou des locuteurs Quechua en Amérique latine mais aussi des migrants dans les pays du Nord. Le rapport préconise d’augmenter les dépenses éducatives pour mettre en place des politiques spécifiques pour les populations marginalisées. Les pratiques linguistiques apparaissent centrales puisque 221 millions d’enfants parlent une langue qui n’est pas reconnue à l’école ou dans les documents officiels.

Ainsi, il faut reconnaître que la scolarisation des populations marginalisées ou marginales, en dépit des conventions des Nations Unies, n’ont pas fait toujours l’objet d’attention de la part des gouvernements centraux. Plusieurs raisons peuvent être avancées : certains gouvernements sont constitués sur une base  ethnique et l’absence de couverture scolaire devient ainsi une arme politique envers les minorités, certains  projets (notamment des ONG’s) visent essentiellement les populations marginalisées en se substituant au rôle de l’Etat. Ce sont là des opinions personnelles. Tout comme les auteurs du rapport,  il me semble qu’il soit difficile de bien situer les responsabilités dans les succès et échecs de l’Education pour Tous. Est-ce là l’enjeu ?

On retiendra qu’il faut trouver 16 milliards de dollars par an. Alors, vous pouvez faire un geste par exemple, en achetant un ordinateur à un enfant (One laptop per child).

Thème : Personnalisé Shocking Blue Green. Propulsé par WordPress.com.

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