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16 avril 2011

Un dispositif de formation initiale des enseignants en Haiti

Filed under: Post par pays — Mots-clés : , , , , , — education_south @ 13 h 17 min

Jean-Emmanuel BUI, consultant indépendant, nous présente un dispositif pour la formation initiale des maîtres expérimenté en Haïti : la formation initiale accélérée (FIA).

Alors qu’en France, la récente réforme de la  formation initiale des enseignants réduit de manière significative la part des stages dans le processus de formation, HAITI teste depuis plusieurs mois un nouveau dispositif : la « Formation  Initiale Accélérée ». Se déroulant sur trois années, la FIA repose principalement sur la dynamique des stages  en situation et opte ainsi pour une professionnalisation du processus de formation initiale des enseignants.

Les défis de la formation des enseignants haïtiens sont bien décrits dans ce document du CIEP datant de 2007.

L’architecture d’ensemble de la Formation Initiale Accélérée doit permettre une amélioration sensible de la qualité de la formation des enseignants et, à terme, une amélioration consécutive de la qualité des apprentissages des élèves.

L’architecture de la FIA

Schématiquement, la FIA repose sur 5 piliers principaux :

-          le référentiel de compétences professionnelles du maître haïtien ;

-          la mise à niveau académique (MNA) ;

-          la formation professionnelle en institution (FPI) ;

-          les stages ;

-          les instituts de formation des maîtres (IFM)

Le référentiel de compétences professionnelles du maîtres haïtien

L’élaboration du référentiel de compétences du maître haïtien s’est efforcée de respecter certains principes qui en garantissent à priori la fiabilité :

-          le processus d’élaboration a associé l’ensemble des acteurs clés du dispositif : des enseignants, des formateurs d’enseignants, des représentants des services de formation de l’administration centrale et de l’administration déconcentrée ;

-          les compétences ont été formulées à partir des situations professionnelles auxquelles sont confrontés les enseignants de telle sorte qu’elles puissent couvrir chaque dimension du métier d’enseignant et correspondre précisément à la réalité haïtienne ;

-          Pour chaque compétence, le référentiel mentionne les ressources mobilisées en terme de savoirs, de savoir faire et de savoir être, facilitant ainsi la construction du dispositif de formation.

Le référentiel final est le produit d’un travail réalisé en commun, il est approuvé par l’ensemble  des acteurs clés de la communauté, il est en phase avec la réalité du contexte haïtien et il peut ainsi se poser en référent fort du dispositif de formation initiale et continue des maîtres.

La mise à niveau académique (MNA)

Il s’agit de la première phase du dispositif FIA dont l’objectif est de mettre à niveau les jeunes bacheliers fraîchement recrutés dans 3 matières qui constituent le socle disciplinaires de l’enseignement primaire haïtien : le créole, les mathématiques et le français.

La MNA renforce les savoirs et les connaissances des futurs enseignants sur des aspects spécifiques en lien direct avec les contenus des programmes de l’enseignement primaires dans ces trois disciplines.

La mise à niveau académique se déroule au cours de la première année de formation sur une période de deux mois environ et elle est sanctionnée par une évaluation qui conditionne le passage à la seconde phase de formation : la formation professionnelle en institution.

La formation professionnelle en institution (FPI)

Elle suit immédiatement la MNA au cours de la première année de formation et se déroule sur une période de 9 mois environ. Les domaines abordés par les étudiants maitres sont : la pédagogie et la didactique générale, l’évaluation des acquis des apprenants et la didactique des disciplines au programme de l’enseignement primaire. La FPI prévoit également une courte période de stage pour permettre aux étudiants la découverte et l’observation des pratiques enseignantes.

Les programmes de formation de la FPI s’appuient au plan pédagogique sur des modules de formation qui  favorisent le développement des compétences des bénéficiaires et, à terme, l’harmonisation les pratiques des formateurs d’enseignants.

L’objectif central de la FPI est de préparer les futurs maîtres aux situations professionnelles auxquelles ils seront confrontés dans l’exercice quotidien de leur métier. Dans cette perspective, le dispositif FIA prévoit que les acquis de la FPI soient intégrés et systématiquement réinvestis pendant les deux années de stage qui suivent.

Les stages

Il s’agit sans conteste du point fort du dispositif FIA puisque le stage en responsabilité et le stage de professionnalisation se déroulent sur une période significative de deux années de formation professionnelle à la suite de la MNA et de la FPI. Le principe qui prévaut pour ces deux stages de longue durée est celui de l’alternance intégrative dont la finalité est d’offrir aux étudiants l’opportunité de mettre en application et de tester, en situation de classe, les acquis de la MNA et de la FPI.

Pour atteindre cet objectif d’intégration, le dispositif prévoit un véritable partenariat entre l’école d’accueil, le stagiaire, le maître qui l’accompagne et l’Institut de Formation des Maîtres de la zone géographique de rattachement. Les périodes de stage sont précédées par une formulation méticuleuse des objectifs à atteindre et des actions à mettre en œuvre. Au terme de chaque période de stage, les différents partenaires évaluent le travail réalisé afin d’opérer, si nécessaire, un recentrage. Il existe par conséquent un véritable accompagnement du stagiaire qui est guidé dans la mise en œuvre opérationnelle de ses acquis de formation en institution.

Progressivement, le maitre stagiaire prend possession d’une classe et la transition entre formation et pratique professionnelle s’opère sans heurt et sans surprise majeure.

Les instituts de formation des maîtres (IFM)

A l’heure actuelle, l’expérimentation se déroule dans une dizaine d’IFM qui ont été choisis et qui sont volontaires pour accueillir le dispositif FIA. Pour accueillir un tel dispositif de formation, les centres de formation évoluent dans plusieurs domaines :

-          celui de la gouvernance : les IFM sont dorénavant dirigés par un directeur, un directeur pédagogique et un directeur des stages ;

-          celui des pratiques de formation des formateurs qui vont bénéficier d’un plan de formation destiné à faire évoluer leurs pratiques actuelles qui s’apparentent à des pratiques d’enseignement vers des pratiques adaptées à la formation professionnelle de jeunes adultes ;

-          celui des infrastructures et des conditions matérielles qui sont en cours d’adaptation ;

-          celui des relations avec la tutelle administrative déconcentrée qui devient un véritable partenaire de l’IFM dans le processus de formation.

Globalement, les IFM évoluent de telle sorte que sur un curriculum commun, les pratiques de gestion et de formation s’harmonisent et s’unifient. Dans cette perspective, un guide de gestion des IFM est en cours d’élaboration et devrait largement renforcer cette tendance à l’harmonisation.

Une amélioration attendue de la qualité de la formation des enseignants et des performances scolaires des élèves

Il est encore trop tôt pour évaluer objectivement la FIA mais on peut penser qu’elle devrait améliorer la qualité de la formation des futurs enseignants et consécutivement, les performances scolaires des élèves.

L’amélioration de la qualité de la formation des enseignants

La FIA marque un tournant vers la professionnalisation de la formation des enseignants grâce notamment :

-          au référentiel de compétence qui met en lumière le caractère multidimensionnel du métier d’enseignant qui ne se limite pas à transmettre des savoirs aux élèves. Le maître contribue pour une part à l’éducation des élèves et son action s’inscrit dans un environnement géographique, économique, matériel, professionnel et technologique qui le conduit à nouer des relations avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, à être acteur de sa propre formation et à s’adapter au mieux aux ressources et aux difficultés du contexte ;

-          aux formateurs d’enseignants dont la posture d’enseignant est en train d’évoluer vers celle de formateur, capable de développer et d’évaluer des compétences professionnelles en mettant en œuvre une pédagogie active et centrée sur l’apprenant ;

-          à la mise en cohérence du curriculum de formation avec les programmes de l’enseignement primaire ;

-          aux stages qui favorisent la mise en situation réelle, l’intégration et l’adaptation des acquis de formation en institution.

Forts de la FIA, les élèves maîtres sont bien préparés à leur future fonction évitant ainsi d’éventuelles surprises et désillusions liées au passage brutale d’une formation essentiellement théorique à la pratique professionnelles.

L’amélioration des performances scolaires des élèves

Si les maîtres sont mieux formés et par conséquent plus professionnels et plus compétents, il est naturel de penser que la qualité des apprentissages va s’améliorer d’autant et que les performances des élèves vont évoluer à la hausse.

Néanmoins, la question de l’évaluation des effets de la formation des enseignants sur les acquis des élèves est complexe sur le plan méthodologique. En Guinée, différentes formules de formation initiale des enseignants assez proches du dispositif haïtien ont été testées. Le rapport PASEC Guinée décrit les méthodes d’évaluation et les résultats. Dans un rapport de la GTZ menée dans deux régions, il apparaît que les compétences académiques des enseignants guinéens sont pour certains relativement faibles et la formation initiale n’a donc pas les effets de levier attendus. Un dossier complet de CONFEMEN Infos nous éclaire sur le cas guinéen.

En Haïti, la sélection des enseignants entrants en formation initiale, s’opère sur la base de l’obtention du baccalauréat et des notes de 12 sur 20 au moins dans les 3 disciplines de base.

En Guinée, la motivation des enseignants pose problème et il y avait au moment du rapport PASEC 2007, autant de postes que de candidats, annulant toute possibilité de sélection à l’entrée. Un bref calcul réalisé avec l’équipe guinéenne évaluait à 7 poulets (au prix de Conakry) le montant de la rémunération des enseignants contractuels, qui ont été augmentés par la suite.

En Haïti, un récent atelier par l’Unesco en octobre 2010 révèle que : » « La plupart (des enseignants Ndlr) ne sont pas d’ailleurs intéressés à faire carrière et vont voir ailleurs à cause des conditions de travail qui découragent et démotivent ».

Ce blog, tenu par des enseignants américains, vous montre un exemple d’initiative de soutien aux enseignants haïtiens, parmi d’autres.

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