Retrouvez le rapport complet de l’UNESCO en français, espagnol et anglais.
17 octobre 2012
23 janvier 2012
Les manuels scolaires saoudiens vont promouvoir un islam moins rigoriste – Arabie saoudite – RFI
Les manuels scolaires saoudiens vont promouvoir un islam moins rigoriste – Arabie saoudite – RFI.
"Répondant à une demande répétée des Etats-Unis, le ministre saoudien de l’Education nationale a annoncé que les contenus des livres scolaires du royaume allaient être revus pour « promouvoir plus de tolérance ».
"Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix (…) ; qu’une paix fondée sur les seuls accords économiques et politiques des gouvernements ne saurait entraîner l’adhésion unanime, durable et sincère des peuples et que, par conséquent, cette paix doit être établie sur le fondement de la Solidarité intellectuelle et morale de l’humanité". (Préambule de l’Acte Constitutif de l’UNESCO).
Pour l’anedocte, une des raisons du retour des USA à l’Unesco était aussi d’avoir une influence sur les manuels scolaires. L’UNESCO nous dit ainsi que "les programmes et les manuels peuvent semer l’intolérance en encourageant les préjugés et l’étroitesse d’esprit."
Lire cet article très intéressant (publié sur le site du Ministère des Affaires Etrangères français) sur le retour des Etats Unis à l’Unesco.
La récente adhésion de la Palestine à l’Unesco peut-elle permettre une discussion sur les manuels scolaires palestiniens et … israéliens ?
23 août 2011
L’axe du mal : une définition statistique
Garde à vous !
En 2002, le Président G. W. Bush identifiait un axe du mal constitué de :«Irak, Corée du Nord et Iran ». Sur le fond, il n’avait sans doute pas tort vu la mauvaise gouvernance et la malveillance de ces pays. La Corée n’est même pas membre des Nations Unies, tandis que l’Iran développe un arsenal nucléaire. Quand à l’Irak, on connait le sort qui lui a été réservé, sans que l’on sache si ce pays a depuis retrouvé le camp des gentils. Condoleezza Rice y ajoute la Birmanie, le Zimbabwe, Cuba et la Biélorussie, comme étant l’"avant-poste de la tyrannie". On aurait pu inclure également la Syrie, la Libye, la Tunisie, mais aussi pourquoi pas quelques paradis fiscaux : Monaco, Luxembourg et les Iles Caïman. Bref à chacun sa black list.
N’est-il pas possible d’identifier un axe du mal par une méthode qui séparerait objectivement les gentils des méchants?
Par exemple, on peut comparer les dépenses militaires avec les dépenses d’éducation et identifier les pays ayant franchi la ligne rouge représentant le moment où le budget de l’armée dépasse celui des écoles, en disant « C’est pas bien ! ».
Le principe moral théorique des dépenses pour l’éducation 
Pourquoi une telle définition du « mal »? La plupart des pays du monde ont signé la déclaration fondatrice de l’Unesco qui nous dit : « Parce que les guerres naissent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes qu’elles doivent être combattues » par l’éducation bien entendu… Un pays bienfaisant devrait donc plus dépenser pour l’éducation de ces enfants et celles des autres que pour son armée. La période août-septembre étant souvent propice à l’élaboration des budgets dans de nombreux pays, un examen des dépenses publiques s’impose, d’où que l’on vienne.
Le rapport Unesco de suivi de l’EPT 2011 propose une telle analyse en comparant les dépenses militaires avec les dépenses d’éducation primaire des pays pauvres.
Le principe pragmatique des dépenses militaires
D’emblée, le rapport nous dit que les analyses sont conduites sur 39 pays. Sur quelle base, ces pays ont été sélectionnés ? Le rapport, très détaillé, nous dit que dans 21 pays, les dépenses militaires (ou d’armement) dépassent les budgets alloués à l’éducation primaire et identifie quatre pays très méchants : le Pakistan, l’Angola, le Tchad et la Guinée Bissau.
Pour l’anedocte, on rappellera que Pierre Falcone, un trafiquant d’armes recherché par Interpol, fut un temps ambassadeur de l’Angola auprès de l’Unesco, ce qui avait valu une convocation de l’ambassadeur de France auprès du directeur général….S’agissant du ratio entre dépenses militaires et dépenses d’éducation primaire, le point à ne pas franchir est symbolisée par un ratio égal à 1 (position de la Côte d’Ivoire).

Nos trois amis : Irak, Iran et Corée du Nord n’y figurent pas. Les pays pauvres n’ayant pas scolarisé toute la population, leurs dépenses d’éducation sont moindres que celles des pays riches, ce qui a tendance à distorde l’axe. De plus, les données sont présentées « circa 2007 », soit aux alentours de 2007, et fournissent donc une information ponctuelle sur le niveau de dépenses. Les dépenses militaires fluctuent comme l’illustre l’exemple du Tchad, en proie à une guerre civile en 2006 et qui a du en urgence acheter des hélicoptères. Les dépenses militaires du Tchad sont donc passées de 0,9 à 6,2% du PIB entre 2005 et 2009 (Source Sipri), une telle performance ayant été rendue possible par l’exploitation du pétrole.
Dépenses d’éducation et militaires en % du budget national (Moyenne 2000-2009)
Une autre solution est de raisonner sur une période plus large, en commençant l’année de déclaration des objectifs de l’Education pour Tous, soit l’an 2000, et en comptabilisant les dépenses d’éducation totales (primaire, secondaire et supérieur…). De plus, il n’y a aucune raison de restreindre l’analyse aux pays pauvres. En effet, le rapport de l’Unesco nous dit que 6 jours de dépenses militaires des pays riches suffiraient à dégager les 16 milliards de dollars nécessaires à l’Education pour Tous. On peut donc se demander légitimement si les pays riches sont bienveillants. On rappellera que les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU sont les cinq plus gros vendeurs d’armes. Au niveau mondial et en moyenne sur dix ans, le gâteau budgétaire se présente généralement ainsi : 10,6% pour l’armée, 14,2% pour l’éducation et 15% pour la santé d’après les données de la Banque Mondiale.
Les dépenses de défense et de sécurité sont dites « régaliennes », c’est-à-dire qu’elles ne vous concernent pas et qu’on ne vous demande pas votre avis.
Mention spéciale du jury au Costa Rica qui n’a tout simplement pas d’armée ! Redoublement pour Oman qui dépense en moyenne sur dix ans 42% de son budget pour la défense ! Nous ne présenterons pas Oman sur le graphique, le pays étant hors catégorie.
L’axe du mal est symbolisé par la ligne rouge, les pays situés au dessus dépensent plus pour l’armée que pour l’éducation.
Près de la moitié des pays ne fournissent pas les données nécessaires au graphique. On peut donc les ranger définitivement dans la catégorie de l’axe du mal, par manque de transparence de la dépense publique ou aller chercher les données sur le site de Stockholm International Peace Research Institute. En effet, ces données sont présentées non pas en ratio du budget national mais en ratio du PIB, qui peut être estimé par les économistes, contrairement au budget qui est lui voté chaque année.
Encouragements au Maroc, au Lesotho, à la Thaïlande. Félicitations à l’Islande, au Cap vert, à la Moldavie et à la Jamaïque bien sûr, Ja Rastafarai. Nous voyons apparaître au dessus de l’axe du mal (Move away Babylone !) : Pakistan, Singapour, l’Azerbaidjan, l’Ethiopie, la Géorgie mais également les Etats Unis ! tandis que le Mali et la Centrafrique s’en rapproche dangereusement.
Feu sur le Pakistan et l’Inde
On notera toutefois que le Pakistan a réduit sa dépense militaire « interne » depuis quelques années, sans que l’on sache bien quantifier l’aide que lui apporte les Etats Unis, d’après les spécialistes du Stockholm International Peace Research Institute. “Looking for data on US military aid? SIPRI does not collect this data, but the Federation of American Scientists does.”
On encouragera donc les statisticiens à établir le bilan comptable des missiles américains malencontreusement tombés au Pakistan. Voici donc la liste des pays constituant un axe du mal.
Le niveau de dépenses militaires du couple indo-pakistanais, qui comptent en valeur absolue le plus grand nombre d’enfants non scolarisés, a été un élément de blocage à leur adhésion à l’Initiative Fast Track et à l’accès aux financements internationaux.
Silence radio des bailleurs de fond
Certains pays qui figurent sur cette liste ont été néanmoins élus à l’Initiative Fast Track. Doivent-ils bénéficier de l’aide internationale ?mais bien sûr, sinon comment pourraient-ils acheter des armes. Le FMI a toutes les peines du monde à aborder ces questions avec le Pakistan, voir cet article sur le blog.
Sous couvert du sacro-saint principe de souveraineté nationale ou du droit à massacrer tranquille, la part alloué aux dépenses dites de sécurité n’est que très peu débattue entre pays et bailleurs de fond. Il est clair que l’Unesco malgré ses bonnes intentions n’a absolument pas le pouvoir de négociation de la Banque Mondiale, des USA, de la France et du Royaume Uni.
Que font-ils ? A quoi servent les armées dans la plupart des pays ? A opprimer, racketer, tuer et violer (comme en Guinée), parfois à organiser des secours, trop rarement. Pour l’anedocte, Hachette est des éditeurs leader du livre scolaire en Afrique, qui appartient à Arnaud Lagardère, patron du dealer d’armes Matra.
Pour l’anedocte, dans ses Mémoires, Chirac nous confie avoir toujours été proche de Dassault, qui le « soutenait », Sarkozy étant réputé proche de Lagardère.
Sur le plan strictement européen, en pleine période de crise de la dette, regardons donc quelle est la situation des dépenses d’armement? La Grèce dépense autant pour l’éducation que pour sa défense.
La Grèce dépense plus en proportion que la France et le Royaume Uni dans les dépenses militaires, 3% du PIB, soit exactement la valeur cible du traité de Maastricht pour le déficit public. Le faible niveau de dépense de l’Irlande dans le domaine militaire n’est sans doute pas étranger à la réussite économique de ce pays il y a quelques années.
Selon la Banque Natixis : Si on part du principe simple qu’il faudrait réduire les dépenses publiques élevées (supérieures à la moyenne des pays) qui ne sont pas strictement indispensables (R&D, éducation, dépenses actives du marché du travail, investissements publics),
on doit réduire les dépenses militaires en France, en Grèce, au Portugal
.La Grèce n’ayant pas une industrie d’armement développée, elle importe des armes à crédit sur les fonds européens! Comme menace invoquée, bien sûr la Turquie (2,7% du PIB en dépenses militaires), Chypre, peut être aussi une invasion extra-terrestre (évoquée par Ronald Reagan aux Nations Unies en 1986…).
Jusqu’au milieu des années 70, la Grèce était sous la coupe d’une dictature militaire.De plus, la Grèce occupe en Europe une situation stratégique, un nombre important de pays d’Asie Centrale et du Moyen Orient étant à portée de chasseur F16 ou de Mirage 2000, soit.
D’ailleurs, le seul cas connu de F16 abattu en combat aérien est celui d’un appareil turc abattu par un Mirage 2000 grec en 1996…suivi d’un autre incident en 2006 qui a opposé chasseurs turcs et grecs. Ce site propose même un tableau des incidents aériens greco-turques.
En France, pour le prix d’un char d’assaut (Leclerc bien sûr comme les supermarchés), on pourrait construire 252 classes, soit l’accès à l’éducation pour 7560 élèves, selon ce blog.
La programmation militaire est expliquée dans le livre blanc de la défense, mais qui l’a lu ? A l’heure où vous parcourez ces lignes, une dizaine de personnes réunies en Commission parlementaire étudie en votre nom la manière de maintenir les budgets alloués aux marchands de canons, une dizaine d’autres planchent sur la manière d’aller trouver des financements innovants pour le développement et la Chine vient de mettre à l’eau un porte avion.
Les Etats Unis leur ont demandé de justifier ce geste. C’est comique. Faut-il rappeler les justifications invoquées pour la guerre en Irak et les powerpoint foireux de Colin Powell? La Chine ne dépense que 2,2% de son PIB pour les dépenses militaires, une proportion quasi invariante depuis dix ans. Pour combien de temps ? Faut-il pour autant escalader l’axe du mal ? Ne serait-il pas temps de déployer les armes d’instruction massives ?
Repos.
Pierre Varly
21 septembre 2010
La chute de Babel : les langues d’instruction
La chute de Babel : les langues d’instruction
« Tout le monde se servait d’une seule langue et des mêmes mots ». … Ils dirent « Bâtissons nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ». «Confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres ». Genèse Ch.11.
A droite, Vue d’artiste de la Tour de Dubaï, pôle d’attraction du libéralisme triomphant mais en faillite
Combien de langues parle t-on dans le monde de nos jours?
Près de 7000 langues sont parlées dans le monde actuellement, mais les langues bibliques, comme l’araméen se perdent. Peu de gens pourraient entendre les paroles des prophètes de l’Ancien testament de nous jours. Pourtant, un certain Sunil Sivanand a mis au point un logiciel de traitement de texte en araméen en 1986. Il est maintenant directeur général d’une société …. à Dubaï ! Les tentatives de sauvetage des langues et de leurs supports écrits sont souvent des initiatives privées et les Etats ne font pas grand chose globalement pour préserver leur patrimoine culturel. Malgré les conventions de l’UNESCO, et la notion de patrimoine immatériel de l’humanité, l’anglais s’est imposé comme lingua franca et reste la voie d’accès à la connaissance. Les systèmes d’enseignement sont au coeur de ses mutations, pour ne pas dire les premiers responsables, puisque la langue maternelle n’est pas celle dans laquelle se fait l’enseignement pour une bonne partie de la population.
Apprendre à lire dans une langue qui n’est pas la sienne, est-ce une malédiction ? la déconstruction de la Tour de Babel par le grand architecte de l’univers ? Qu’est-il entrepris pour conjurer ce sort ?
Un prochain post fera, on espère, des propositions pour représenter graphiquement des pyramides linguistiques en cours d’effondrement. En attendant, l’UNESCO publie une base de données sur les disparités en matière de scolarisation, accès ici.
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Bien évidemment, plus la diversité linguistique est importante, plus il est difficile et coûteux d’utiliser les langues nationales ou non dominantes pour l’enseignement. Mais ce n’est pas la seule raison qui explique que des millions d’enfants apprennent à lire dans une langue qui n’est pas celle qu’ils parlent à la maison.
L’UNESCO publie un atlas interactif des langues en danger dans le monde et c’est en Inde que cette diversité linguistique est la plus menacée : « L’Etat indien se trouve dans un dilemme. Il est attaché à la diversité linguistique, et craint dans le même temps de susciter des revendications identitaires qui mettraient à mal la stabilité politique dans les régions », selon d’éminents experts indiens cités par le Monde. Les langues minoritaires ne seraient pas suffisamment valorisées dans les écoles indiennes et menacées par la télévision.
Aux Etats Unis, ce sont près de 115 langues qui ont disparu en quelques siècles. On imagine la situation des personnes qui sont les derniers locuteurs de leur langue, comme Marie Smith-Jones, dernière à parler l’eyak en Alaska, malgré une ultime tentative de sauvetage de sa langue. La conversation ne peut se faire qu’avec les ancêtres et les esprits, une solitude toute relative dans certaines contrées du monde me direz-vous.
Combien d’enfants n’apprennent pas dans leur langue ?
On peut ainsi estimer que plus de 90% des sénégalais n’apprennent pas dans leur langue maternelle, contre 50% des laotiens et 75% des philippins. Il n’est pas possible d’estimer pour l’instant cette proportion à l’échelle mondiale, ce qui prouve que ce problème a été quelque peu occulté dans les statistiques internationales jusqu’à présent. Néanmoins, selon la Banque Mondiale, près de la moitié des enfants qui ne vont pas à l’école ne parlent pas la langue d’enseignement à la maison. C’est là un des freins principaux à l’Education pour tous et de récentes publications des organisations internationales convergent vers l’introduction des langues nationales dans l’enseignement. Un récent rapport de l’UNESCO s’intitule « Why and how Africa should invest in African languages », à l’heure où l’anglais devient quasiment la seule langue de travail tolérée dans cette organisation !
Sur le terrain, quelle est vraiment la situation des langues d’instruction?
Sur les 6900 langues recensées, environ 200 sont écrites ou codifiées, sans compter l’esperanto, une langue construite. Les linguistes ont du mal à s’entendre sur les chiffres.
Plusieurs institutions et personnes se sont lancées dans l’aventure de la codification dont notamment celle du Bété en Côte d’Ivoire, une expérience originale faisant intervenir des pictogrammes. Mais personne n’apprend à lire en bété en Côte d’Ivoire. Les principales langues internationales et officielles de l’UNESCO, anglais, français, espagnol, portugais, russe, arabe, chinois ont été imposées par les puissances dominantes, au cours des différents cycles de colonisation. Pourtant, après cinquante d’ans d’indépendance en Afrique, peu de pays ont adopté une véritable langue nationale comme langue d’enseignement.
On peut citer le Kenya, l’Ouganda, le Mali ou le Burundi et Madagascar, où dans ces deux pays la population parle majoritairement une seule langue. Comme on le constate sur la carte, ce sont les pays en vert, où la variété linguistique est relativement faible et dans lesquels une langue prédomine, comme le kiswahili en Afrique de l’Est. Une situation différente du Cameroun, un pays officiellement bilingue (français et anglais) et où l’on parle près de 280 langues !
Pourquoi ne pas apprendre dans sa langue ?
Différents problèmes récurrents d’introduction des langues nationales dans l’enseignement sont identifiés en dehors de la diversité linguistique: la codification et l’harmonisation, la diffusion des supports écrits dans les langues nationales, le coût d’introduction dans les programmes et manuels scolaires, la difficulté à recruter et à former des enseignants vraiment bilingues…
Selon Léopold Sedar Senghor, membre de l’Académie Française rappelons-le, « remplacer le français, comme langue officielle et comme langue d’enseignement, n’est ni souhaitable, ni possible. Si du moins nous ne voulons pas être en retard au rendez-vous de l’An 2000. En effet, il nous faudrait au moins deux générations pour faire d’une de nos langues nationales, un instrument efficace pour l’enseignement des sciences et des techniques. ». Mais la situation et les opinions évoluent…
Bien souvent, dans contexte pluri lingue, le problème est celui du choix des langues d’enseignement avec en arrière fond, la rivalité ethnique. En Mauritanie, un système bilingue français-arabe a été mis en place afin de permettre aux négro-mauritaniens d’apprendre dans une langue censée leur être plus familière que l’arabe. Dans la pratique, il est difficile de recruter des enseignants bilingues et le niveau des apprentissages est très faible, quel que soit la matière et la langue utilisée, pour les négro-mauritaniens comme pour les autres. L’arabe littéraire (celui du Coran) utilisé dans l’enseignement n’est pas parlé par les maures, qui utilise l’hassanya. L’introduction du français et les expérimentations menées en pulaar ou wolof, après une période d’arabisation, n’ont pas mis fin à des siècles de domination d’une partie de la population sur l’autre, mais ont permis la reconnaissance du caractère pluri ethnique et multi culturel de ce pays. C’est clairement une option politique plus qu’une recherche d’efficacité de l’enseignement.
De même l’intégration de l’arabe dans l’enseignement au Tchad dans les textes officiels, avec le soutien de la Banque Islamique de Développement, est quelque peu problématique :
« L’enfant tchadien qui arrive pour la première fois à l’école formelle, qu’il vienne de Moundou ou de Sarh dans le sud tchadien à obédience francophone ou qu’il vienne d’Abéché ou d’Am-Timan à obédience arabophone ne parle ni ce français académique, ni cet arabe littéraire. » Cela explique peut être pourquoi le Tchad est le pays au monde où la proportion d’enfants qui finit le cycle primaire est la plus faible.
La revanche des langues nationales n’est pas pour demain
La situation est très complexe dans certains pays. Par exemple, en Guinée Bissau, la majorité parle un créole portugais, criollo, mais également des langues d’origine africaine, alors que l’enseignement se fait uniquement en portugais. A tel point que dans certaines écoles, les cours s’arrêtent à la quatrième année, la maîtrise du portugais par les enseignants n’étant pas suffisante pour qu’ils puissent faire passer les élèves d’une phase d’apprendre à lire, à celui de lire pour apprendre. Une situation de bon sens serait d’utiliser le créole pour l’enseignement des mathématiques en début de cycle. Le paradoxe c’est que la mainmise du portugais sur le système d’enseignement est une orientation politique formulée par les héros révolutionnaires de la guerre d’indépendance !
Autre paradoxe, le site de l’académie des langues africaines n’est qu’en français et en anglais !
Il suffit de regarder la télévision africaine pour se rendre compte des ambigüités : le journal télévisé s’ouvre sur des séminaires du gouvernement où des cadres cravatés s’expriment dans un « français trop fort » sur les derniers concepts de développement à la mode et les émissions en langues nationales sont principalement consacrées à la danse et aux chants. S’agit-il bien du même pays ?
Il y a donc très souvent dans les discours politiques, un double langage, c’est le cas de dire. Les enfants des élites urbaines ne sont surement pas scolarisés dans les langues nationales, mais fréquentent les établissements privés les plus huppés et apprennent en français ou en anglais, avant d’aller faire leurs études supérieures à l’étranger, comme l’explique très bien cet article :
« Il n’est pas possible d’accéder, en toute sécurité, aux services de l’administration si l’on ne comprend pas français. » « Les locuteurs du français occupent une position d’autant plus avantageuse qu’ils ont reçu une instruction élevée. » « Ne pas parler français est le signe d’une manifeste arriération. » « Mais, l’un des facteurs majeurs de régression de la langue française au Bénin, c’est l’attrait du monde anglo-saxon, notamment américain, fortement renforcé par la politique anti-immigration de la France, en dépit de l’existence de la Communauté francophone. »
La plupart des pays opèrent donc une transition entre les premières années, où l’enseignement est dans la langue maternelle, avant de passer au français ou à l’anglais généralement à partir de la quatrième année. Au Mali, cela s’appelle par exemple la « pédagogie convergente ». Pourtant, les langues dites véhiculaires transfrontalières telles que le wolof sont clairement identifiées par l’Académie des Langues Africaines et pourrait très bien supplanter le français ou l’anglais.
La maîtrise des langues orientales est une porte d’entrée dans la carrière diplomatique en France, alors que très peu d’ambassadeurs maîtrisent les langues africaines, faiblement valorisées dans l’imaginaire collectif toubab. Les USA ont quant à eux lancé le programme des Peace Corps et envoyé des milliers de jeunes gens apprendre les langues en Afrique et dans le monde entier. Nombre d’anciens Peace Corps occupent actuellement des postes à responsabilités dans l’administration américaine, et pas seulement à la CIA.
En dehors de la comparaison France-USA, qui devient un des thèmes récurrents de ce blog, celle des politiques linguistiques en Afrique et en Asie s’impose. Voir un post Afrique-Asie.
Les politiques menées en Asie du Sud Est
Une récente publication de la Conférence des Ministres de l’Education des pays d’Asie du Sud Est (SEAMO) Using the Mother Tongue as Bridge Language of Instructiondresse un état des lieux précis de l’introduction des langues nationales. Le graphique ci-dessous nous donne un aperçu de la variété linguistique dans les pays.
Le choix des langues d’instruction en Afrique : le cas du Bénin
Au Bénin, parmi la cinquantaine de 50 langues, dont le fon ou fongbé (25% de la population), six langues ont d’ores et déjà été choisies pour l’alphabétisation des adultes.
Les langues nationales seront introduites en tant que matière dans les ordres d’enseignement, à titre expérimental pour « pour rattraper un grand retard mais aussi pour corriger l’injustice faite à l’identité nationale.
Quant à la question des choix des langues, le Professeur Akoha estime qu’elle ne se posera réellement qu’à la fin de la phase expérimentale, en 2015… et « devrait coûter à l’Etat béninois, environ 8 milliards de Fcfa », soit la bagatelle de 12 millions d’euros. C’est aussi un moyen de renforcer le secteur de l’édition nationale.
Le cas singulier du Mexique
Au Mexique, le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) a gouverné sans interruption pendant 71 ans jusqu’en 2000, où Vicente Fox, ancien directeur de Coca Cola, remporte l’élection présidentielle. Les indiens sont quelques peu stigmatisés et l’expression « Pinche Indio » est une expression argotique, qu’on ne vous traduira pas.Voici un carte attestant de la diversité du parimoine linguistique méxicain.
La diversité linguistique au Mexique
En 1998, certains s’interrogent sur la destruction des langues du Chiapas par le système éducatif, voir ici. La rébellion indigène du Chiapas menée par l’emblématique Sub Commandante Marcos- sorte de Che Light- a été surmédiatisée avant de retomber dans l’oubli. Le sort des indigènes de l’Etat du Guerrero est pire encore mais moins connu.
Quelle est la situation actuelle ? Une loi sur les Droits Linguistiques a été signée en 2001, et on estime que 7% des mexicains parlent des langues autochtones. Les programmes scolaires sont du ressort fédéral et les langues nationales restent tolérées dans l’enseignement, sans véritables appuis, alors que l’espagnol n’est pas reconnu comme langue officielle dans la constitution ! Un compromis.
Dans l’assiette éducative mexicaine, les quelques 290 langues nationales ne sont qu’une cacahuète, d’ailleurs un mot d’origine aztèque ou nahualt. Voir ici des propositions pour la préservation des langues indigènes au sein du système d’enseignement méxicain.
Il y a donc une variété de situations quant aux langues utilisées pour l’instruction, qui pour l’instant sont le fruit de considérations politiques et non pédagogiques. De prochains posts feront un point objectif sur les avantages et inconvénients à utiliser systématiquement la langue maternelle dans l’enseignement et proposerons des représentations graphiques des disparités existantes sur le terrain entre langues maternelles et langues d’enseignement.
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Pierre Varly
12 septembre 2010
Towards a global education fund?
Towards a global education fund?
In a few days, a Millennium Development Goals summit will be held in New York. MDG’s objective 2 is to ensure primary education for all. The school coverage has improved, particularly in Africa, but "the pace of progress is insufi cient to ensure that, by 2015, all girls and boys complete a full course of primary schooling », according to a recent UN report.
In the World Bank education statistics, the proportion of students completing primary education increased by nearly 15 percentage points between 2000 and 2008 in Africa and South Asia. The ten countries with the lowest completion rates are all in Africa. In Chad, only 30% of pupils complete primary school, others have little chance of becoming literate.
Development aid has greatly contributed to these results, but are just a small part of funding needs. The Fast Track Initiative set up in 2002, helped to allocate more resources to education, to develop well structured investment plans and facilitated donors support harmonization. What is this?
The FTI and the harmonization of aid
From a project approach, where each donor funds directly activities, sometimes outside of government structures and with an effort duplication risk, donors have shifted to support programs or long-term plans implemented by the administration. State budgets receive direct support, from the European Union in particular, to foster other types of actions than projects driven ones (paying salaries to teachers, for example). This financing mechanism also poses other risks … In simple terms, projects are "A la carte", while program or budget supports are "Au menu" and FTI was initially a french driven « cuisine ».
The idea is to pool technical expertise and funding from donors, through "shared or catalytic funds" and to ensure greater consistency of technical and financial support, though mulitple meetings and joint missions. In the field, things have changed quite favorably, but with a background of rivalry between major donors. In practice, most donors prefer bilateral aid (from one state to another), without going through the "shared funds » box. Some donors have mainly project driven assistance, as the USA. According to Oxfam, "Cambodia had in 2006, 16 donors supporting 57 projects in education …" France has virtually abandoned the project approach (Fonds de Solidarité Prioritaire) turning to program and budget support by the AFD (Agence Française de Développement). Meanwhile, AFD took over the French Ministry of Foreign Affairs and in the USA, the G. W. Bush Millenium Challenge Account took over USAID, so far….
The amount spent by the Fast Track funds is approximately $ 2 billion in 42 countries, a water drop when estimating the ocean needs to $16 billion per year. The time between the decision to allocate funding and their arrival has been shortened from 1 year to 6 months. Spain, the Netherlands and the United Kingdom are the main contributors to the Catalytic Fund, while France only participates in a manner quite marginal and United States simply don’t. These are the two largest donors to education in developing countries.
This education fund is not truly global in terms of participating countries and scope. It targets mostly primary education, while the secondary financial needs and social demand are enormous. Emerging countries such as India and Brazil do not participate and have their own aid mechanisms. Moreover, the issue of financing Indian education system has largely stirred debates in the creation of the initiative. Should a state of a billion people, with nuclear weapons and whose computer engineer compeete with those of Silicon Valley, be funded? Today, India is at the top of technical assistance to developing countries, in the area of reading and litteracy through the work of the Pratham NGO. In a 2009 FTI meeting, India was well placed as a key technical partner rather than a demanding country. Check the ASER site.
Critics made to the FTI
Two reports from NGOs have heavily criticized the initiative recently. In a typical alarming NGOs style, Oxfam report title is: " How reform of the Fast Track Initiative should lead to a Global Fund for Education " while the Global Campaign for Education, more softly states " Envisioning a Global Fund for Education" .
The Global Campaign for Education has been awarded $ 17.6 million under the Civil Society Education Fund in 2008 but Fast Track fundings is intended primarily to governements. A very different mode of operation from the Global Health Fund … What about giving to NGOs, who charge management fees or to goverments, which may also take some… or international organizations?
The main criticism of Fast Track is about the funds governance which are almost all managed by the World Bank in countries, applying "bureaucratic" procedures. The initiative evaluation report even states about "potential conflicts of interest". Gap between pledges and actual donations are pointed out, a classic, and countries emerging from crisis or in a post conflict situation are not dealt with appropriately. How to ensure that funds for education are not diverted to arm child soldiers militias ?
On FTI web site, reforme commitments clearly are listed on the homepage and the evaluation report is made public. See here the full version of the evaluation report, a sort of mea culpa. Geopolitical rivalry somewhat "diluted" the good intentions of the begining: "Especially Because Of The Quest for consensus decisions, this Has Often result fromthis in long negotiations marring the FTI’s Operational Effectiveness and Diluting sacrifice part of the FTI’s original intentions."
Obama to save the world again
The most surprising is that a UNESCO report takes the same speech and stressed the important role the U.S. could play in financing and in leadership of a possible global fund education. (See page 266 of UNESCO report).
Several years were necessary for the high-level Fast Track and Unesco meetings to be merged… eternal UNESCO / World Bank rivalry. According to Oxfam, "Although a Global Education Fund for the project should be not of any one donor, the U.S. is well placed to provide strong leadership politique for a Global Fund for Education."
President Obama has promised during his campaign to fund education in developing countries. Commitments confirmed by Hilary Clinton, who herself proposed a senate bill to fund the education for all. "The action Since Then ?" wonders Desmond Bermingham, former FTI director : « Disappointing. The high-level U.S. Commitment Has eroded politique, ou partly Because Of A Lack of clear vision in the education community on how best to use potential support. "
Can we believe that the U.S. will really contribute further when in the list of public school supplies, American parents were surprised to see included "toilet paper" in September 2010? See here for comments from the One NGO (led by Bono) on the promises of Obama.
Private foundations to the rescue
The recent declaration of several American billionaires wanting to give half their fortunes to deal with global issues are good news. Giving pledges already amount to $ 115 billion, but have only a moral value "The Pledge Is a Moral Commitment to give, not a legal contract."
The private foundations are taking over from the States. Rather than paying taxes, billionaires finance their own projects, through donations (which are not taxable). This is probably a more efficient, less bureaucratic education funding way. Bill Gates is already investing more than WHO in health services. Several U.S. foundations have already committed to support education in developing countries.
The example of the Global Health Fund to fight against AIDS, Tuberculosis and Malaria.
If a global education fund is created, it should make more room for private financing and would be guided by the Global Health Fund experience, that relies heavily on calls for projects and less on government spending circuits. Check here for online application procedures. The financing mode is alike what prevailed in education before the FTI, but with more flexibility, apparently.
What are the recent changes proposed in the architecture of global health funding?
"The New Architecture will could grant the Global Fund in a better position to support a national program approach, which will allow Improved alignment with national cycles and systems. "Lead to reduced transaction costs and better for implementers enable country coordinating mechanisms reasons to be effective oversight."
It is exactly what FTI is seeking for… but FTI evaluation report says: "The move towards use of more instruments aligned Relying on System Has not Been country strong."
The new instrument should be called Global Fast Track Education Fund in order to please everybody.
In short, the discussion continues in the areas of education and health so that the money will arrive safely, while noting the political commitments to reduce poverty vary across countries. Look at this memo from the Brookings Institution.
Unscrupulous NGOs use "Global Education Fund" as their name or for their website. While calling for vigilance, we note the beginnings of a positioning battle to get the money.
The main challenges faced by developing education systems are building schools in the bush, ensuring teachers are paid, teachers and students are sufficiently present at school and that school textbooks are distributed ? They are far from being all resolved, wheter there is a global fund or not. However, the promises of private donations, the pooling of resources and greater aid effectiveness through the FTI put several countries on the right track.
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Pierre Varly
11 septembre 2010
Vers un fonds mondial pour l’éducation ?
Vers un fonds mondial pour l’éducation ?
Dans quelques jours, se tiendra à New York un sommet des chefs d’Etat sur les objectifs du Millénaire. Rappelons que l’objectif 2 est d’assurer l’éducation primaire pour tous. La couverture scolaire s’est améliorée, notamment en Afrique, mais «ne progresse pas à un rythme suffisant pour garantir que tous les enfants, garçons et filles, termineront un cycle primaire d’ici 2015 », selon un récent rapport des Nations Unies.
Selon la Banque Mondiale, en Afrique et en Asie du Sud Est, la proportion d’élèves achevant le cycle primaire a augmenté de près de 15 points entre 2000 et 2008. Les dix pays ayant les plus bas taux d’achèvement sont tous en Afrique. Au Tchad, seuls 30% des élèves terminent le cycle primaire, les autres ayant peu de chance d’être alphabétisés.
L’aide au développement a largement contribué à ces résultats mais ne représente qu’une partie des besoins de financement. L’initiative Fast Track, créée en 2002, a contribué à octroyer davantage de ressources vers l’éducation, à la mise sur pied de plans d’investissements et à une plus grande harmonisation de l’aide. Qu’entendons-nous par là ?
L’initiative Fast Track et l’harmonisation de l’aide
D’une logique de projet, ou chaque bailleur finance directement des activités, parfois en dehors des structures du gouvernement, avec un risque de doublons, les bailleurs sont passés à des appuis à des programmes ou plans à long terme mis en œuvre par l’administration. Des aides directes dans les budgets des Etats sont ainsi versées, par l’Union Européenne notamment. Cela permet de supporter d’autres types d’actions que celle des projets (paiement de salaires d’enseignant par exemple), mais présente également d’autres risques… Pour schématiser, l’aide projet est « à la Carte », tandis que l’aide programme ou budgétaire est « au Menu ».
L’idée est de mutualiser les financements et l’expertise technique des bailleurs, à travers des « pots communs » ou « fonds catalytiques » et d’assurer une meilleure cohérence des appuis techniques et financiers, à grands renforts de réunions et missions conjointes. Sur le terrain, les choses ont évolué de manière très favorable, mais sur fond de rivalités entre les principaux donateurs. Dans la pratique, la plupart des bailleurs privilégient l’aide bilatérale (d’un Etat à un autre), sans passer par la case « Pot Commun ». Certains Etats ne financent l’éducation quasiment que par projets, c’est le cas des USA. Selon Oxfam, « le Cambodge comptait en 2006, 16 donateurs soutenant 57 projets dans l’éducation … » La France a quant elle quasiment abandonné « l’approche projet » et les FSP pour se tourner vers l’aide programme et budgétaire, mise en œuvre par l’AFD.
Les montants engagés par le fonds Fast Track sont d’environ 2 milliards de dollars dans 42 pays, un goutte d’eau lorsque l’océan des besoins est estimé à 16 milliards de dollars par an. Les délais entre la décision d’affectation des financements et leur arrivée à destination ont été raccourcis de 1 an à 6 mois. L’Espagne, les Pays Bas et le Royaume Uni sont les principaux contributeurs au Fonds Catalytique tandis que la France n’y participe que d’une manière tout à fait marginale et que les Etats Unis s’abstiennent. Ce sont pourtant les deux plus gros donateurs pour l’éducation dans les pays en développement.
C’est un fonds pour l’éducation, mais qui n’est pas vraiment mondial et il cible principalement l’éducation primaire, alors que les besoins du secondaire sont gigantesques. Les pays émergents tels que l’Inde et le Brésil n’y participent pas non plus et disposent de leurs propres mécanismes d’aide. D’ailleurs, la question du financement du système éducatif indien a largement agité les débats à la création de l’initiative. Faut-il financer un Etat d’un milliards d’individus, qui possède l’arme nucléaire et dont les informaticiens rivalisent avec ceux de la Silicone Valley ?
Les critiques de l’Initiative Fast Track
Deux rapports émanant d’ONG ont critiqué l’initiative récemment. Dans le style alarmant typique des ONGS, le titre du rapport d’Oxfam est : « Sauver l’éducation pour Tous, Réforme l’initiative Fast Track en un fonds mondial pour l’éducation » tandis que celui de Global Campaign for Education, plus soft, est « Pourquoi les enfants du monde ont besoin d’un fonds mondial pour l’éducation». Cette ONG ou réseau s’est vu confier 17,6 millions de dollars dans le cadre du Civil Society Education Fund en 2008 mais les financements Fast Track sont destinés principalement aux Etats. Un mode de fonctionnement très différent du Fonds mondial Sida… Faut-il donner aux ONG, qui prélèvent des frais de gestion ou aux Etats, qui peuvent en prélever aussi… sans compter la dîme des organisations internationales ?
La principale critique adressée à Fast Track est le mode de gouvernance des fonds qui sont quasiment tous gérés par la Banque Mondiale dans les pays, avec des procédures « bureaucratiques ». Le rapport d’évaluation de l’initiative parle même de "potentiels conflits d’intérêts." On reproche également les écarts entre promesses de don et dons réels, un grand classique, et enfin la mise à l’écart des pays en sortie de crise ou post conflit. Comment s’assurer que des fonds destinés à l’éducation ne sont pas détournés pour armer des milices d’enfants soldats ?
Sur le site de l’Initiative Fast Track, les engagements pour se réformer sont clairement inscrits sur la page d’accueil et le rapport d’évaluation publié. Voir ici la version complète du rapport d’évaluation, sorte de mea culpa. A lire entre les lignes, les rivalités géopolitiques ont quelque peu « dilué » les bonnes intentions de départ : « Especially because of the quest for consensus decisions, this has often resulted in long negotiations marring the FTI’s operational effectiveness and diluting some of the FTI’s original intentions. »
Le rôle des USA
Le plus surprenant est qu’un rapport de l’Unesco tient le même discours et insiste sur le rôle prépondérant que pourrait jouer les Etats Unis dans le financement et le leadership d’un éventuel fonds mondial Education. (Voir notamment la page 266 du rapport de l’UNESCO).
Il faut noter qu’il a fallu plusieurs années pour que les réunions de haut niveau Fast Track et Unesco soient accolées l’un à l’autre…ce qui peut être mis sur le compte de l’éternelle rivalité UNESCO/Banque Mondiale.
Selon Oxfam et pour mettre tout le monde d’accord, « Although a Global Fund for Education should not be the project of any one donor, the US is well placed to provide strong political leadership for a Global Fund for Education ».
Le Président Obama a promis lors de sa campagne de financer l’éducation dans les pays en développement en créant un fonds de 2 milliards de dollars. Engagements réitérés depuis par Hilary Clinton, elle-même a l’origine d’une loi finançant l’éducation pour tous. Dans les faits : « The action since then? Disappointing. The high-level U.S. political commitment has eroded, partly because of a lack of clear vision in the education community on how best to use potential support. », selon Desmond Bermingham, qui a dirigé l’initiative Fast Track.
Peut-on croire que les USA vont mettre la main au panier lorsque dans la liste de fournitures scolaires américaines, les parents ont eu la surprise de voir inscrit « Papiers toilettes » à la rentrée 2010 ? Voir ici les commentaires de l’ONG One (de Bono) sur la promesse d’Obama.
Les fondations privées à la rescousse
La récente déclaration de plusieurs milliardaires américains voulant confier la moitié de leurs fortunes pour résorber les grands problèmes mondiaux est de bon augure. Les promesses (Pledge) s’élèvent déjà à 115 milliards de dollars, mais n’ont qu’une valeur morale « The Pledge is a moral commitment to give, not a legal contract. »
Les fondations prennent le relais des Etats. Plutôt que de payer des impôts, les milliardaires financent eux même des projets, par des dons (qui ne sont pas imposables). C’est sans doute un moyen plus efficace, moins bureaucratique de financement de l’éducation, mais avec peu de contrôle des Etats. Bill Gates investit davantage que l’OMS dans la santé. Plusieurs fondations américaines se sont déjà engagées dans l’éducation dans les pays en développement.
L’exemple du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Si un fonds mondial éducation voit le jour, il devrait faire plus de place aux financements privés et s’inspirer du fonds mondial Santé. Celui-ci repose largement sur des appels à projet et moins sur les circuits de dépense des gouvernements. Voir ici les procédures de demandes de fonds en ligne. Le mode de financement n’est donc pas sans rappeler celui qui prévalait dans l’éducation avant l’Initiative Fast Track, mais avec davantage de souplesse semble-t’il.
Quelles sont les évolutions proposées dans l’architecture du fonds mondial SIDA?
« The new grant architecture will put the Global Fund in a better position to support a national program approach, which will allow improved alignment with national cycles and systems. » « lead to reduced transaction costs for implementers and better enable Country Coordinating Mechanisms to provide effective oversight. »
En résumé, les approches nationales seront soutenues avec un alignement avec les systèmes publics afin de réduire les coûts de transaction et assurer une meilleure coordination par le pays.
C’est exactement ce qui visait l’Initiative Fast Track… dont le rapport d’évaluation nous dit : « The move towards use of more aligned instruments relying on country systems has not been strong. »
Il suffirait d’appeler le nouvel instrument : Fonds Mondial Fast Track pour l’Education pour contenter toutes les parties.
Bref, la réflexion continue dans les domaines de l’éducation et de la santé pour que les financements arrivent à bon port, tout en notant des engagements politiques à réduire la pauvreté très variables entre pays. On notera notamment ce mémo de la Brookings Institution.
Des ONGs peu scrupuleuses utilisent « Fonds Mondial Education » comme nom ou pour leur site web. Tout en appelant à la vigilance, on note les prémices d’une lutte de positionnement.
Les principaux défis des systèmes éducatifs du Sud que sont de construire les écoles dans la brousse, de faire en sorte que les enseignants soient payés, que les enseignants et les élèves soient suffisamment présent à l’école et que les manuels scolaires soient distribués sont encore loin d’être résolus, fonds mondial ou pas. Néanmoins, les promesses de dons privés, la mutualisation des ressources et une plus grande efficacité de l’aide grâce à l’Initiative Fast Track ont mis plusieurs pays sur la bonne voie.
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Pierre Varly
19 janvier 2010
Lancement du rapport de suivi de l’EPT UNESCO
Le rapport de suivi de l’EPT, dévoilé hier, mesure les chemins accomplis sur la voie de la scolarisation universelle ou Education pour Tous (EPT). C’est le 8ème rapport réalisé par une équipe indépendante sous l’égide de l’UNESCO, suite au forum mondial de Dakar en 2000. En dehors du suivi des progrès en matière d’éducation, le rapport traite de l’impact de la crise financière et s’attache à décrire les conditions pour une véritable scolarisation universelle en se penchant sur les populations marginalisées. Le dernier chapitre analyse et critique les efforts menés ces dernières années pour augmenter et mieux coordonner l’aide au développement.
Le résumé du rapport en français. Le rapport complet en anglais.
Les questions d’éducation n’ont pas la même visibilité ces derniers temps que les questions de santé publique et récemment d’environnement avec le sommet de Copenhague. Les résultats enregistrés sur la voie de la scolarisation universelle sont globalement positifs mais « certains indicateurs mondiaux sont préoccupants ». Le rapport contient une multitude d’informations et de chiffres qu’il n’est pas facile de synthétiser.
Les progrès enregistrés ces dernières en matière d’éducation sont dus en partie à une augmentation des budgets consacrés à l’éducation soutenus par une croissance économique relativement bonne, en Afrique par exemple (6,5% par an en moyenne entre 2002 et 2007, selon le FMI). La crise financière risque de mettre à mal les budgets éducatifs qui reposent en partie sur l’aide au développement : « Si la reprise mondiale venait à s’essouffler […] la couverture des déficits publics et extérieurs deviendrait problématique. Dans ce cas, et sans une remontée de l’aide internationale, les gouvernements africains seraient amenés à couper dans les programmes d’investissement public, obérant ainsi les perspectives de développement de la région à plus long terme ».
Ceci n’est pas l’avis d’experts en développement mais celui de banquiers ! Note de conjoncture, BNP Paribas, décembre 2009.
L’augmentation des effectifs scolaires, qui ont doublé dans certains pays en dix ans, pourrait faire machine arrière et/ou les dépenses par élève risquent de baisser entraînant une dégradation des conditions d’enseignements. Les données administratives, légèrement sous estimés lorsque l’on compare avec des données d’enquête ménages, nous montrent que se sont encore plus de 140 millions d’enfants qui n’ont pas accès à un enseignement primaire ou secondaire en 2007. Une part importante des élèves sortent de l’école primaire sans savoir lire et écrire.
Les ressources supplémentaires estimées à 16 milliards de dollars par an pour financer l’éducation de base dans 46 pays à bas revenus représentent 2% des aides reçues par quatre banques commerciales au Royaume Uni et aux USA dans le cadre des plans de relance. Tout cela pour un coût moyen de scolarisation de 68 US $ par élève, estimé en 2007. Soit moins cher qu’un téléphone portable !
Le rapport propose d’instaurer un moratoire sur la dette dans 49 pays et de mettre en place un système en cascade ou les organisations internationales (ou le « global compact ») couvrent les pays les plus pauvres qui à leur tour s’engagent à protéger de l’impact de la crise les populations les plus vulnérables. Le rapport préconise ainsi de réformer l’initiative Fast Track visant à mobiliser les ressources mondiales et ouvre la voix à un fonds mondial « Education », promesse du président Obama.
Le dernier chapitre, le cœur du rapport, aborde les questions de droit à l’éducation pour les populations marginalisées par la pauvreté, le genre ou leur appartenance ethnique.
Le rapport n’y va pas de main morte :
« Les gouvernements ont systématiquement violé l’esprit et la lettre des conventions des conventions des Nations Unies les obligeant à travailler pour une égalité des chances en éducation. »
Des outils de mesure des phénomènes de marginalisation en éducation sont proposés. Des exemples sont donnés comme ceux des pasteurs nomades en Afrique ou des locuteurs Quechua en Amérique latine mais aussi des migrants dans les pays du Nord. Le rapport préconise d’augmenter les dépenses éducatives pour mettre en place des politiques spécifiques pour les populations marginalisées. Les pratiques linguistiques apparaissent centrales puisque 221 millions d’enfants parlent une langue qui n’est pas reconnue à l’école ou dans les documents officiels.
Ainsi, il faut reconnaître que la scolarisation des populations marginalisées ou marginales, en dépit des conventions des Nations Unies, n’ont pas fait toujours l’objet d’attention de la part des gouvernements centraux. Plusieurs raisons peuvent être avancées : certains gouvernements sont constitués sur une base ethnique et l’absence de couverture scolaire devient ainsi une arme politique envers les minorités, certains projets (notamment des ONG’s) visent essentiellement les populations marginalisées en se substituant au rôle de l’Etat. Ce sont là des opinions personnelles. Tout comme les auteurs du rapport, il me semble qu’il soit difficile de bien situer les responsabilités dans les succès et échecs de l’Education pour Tous. Est-ce là l’enjeu ?
On retiendra qu’il faut trouver 16 milliards de dollars par an. Alors, vous pouvez faire un geste par exemple, en achetant un ordinateur à un enfant (One laptop per child).









