Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

27 septembre 2011

L’orientation-conseil au Cameroun par Richard Okéné

Filed under: Promotion/publicité — Étiquettes : , , — education_south @ 17 h 02 min

L’économie du livre de M. OKENE Richard. 2009. Défis et perspectives de l’orientation-conseil au Cameroun. L’Harmattan. Paris. 174 pages


Au Cameroun, la pratique de l’orientation scolaire, universitaire et professionnelle dans les milieux éducatifs, de formation professionnelle et de travail en faveur des jeunes et des adultes est fort ancienne. Elle remonte aux années 1945 et bien au-delà. Par contre, l’orientation-conseil ou l’orientation intégrale, objet d’une prochaine parution, est plus récente.

L’analyse institutionnelle du système d’orientation scolaire, universitaire et professionnelle au Cameroun, objet de la parution de 2009, a laissé apparaitre une abondante littérature qui témoigne, sans doute,  de l’intérêt accordé à ce secteur éducatif par les Pouvoirs Publics.

Mais à y voir de près, l’on s’est retrouvé face à un réel paradoxe : l’abondance des écrits contraste avec les ressources affectées. Il s’est avéré important de mettre en évidence ce contraste, puis d’en dégager les conséquences avant d’esquisser quelques solutions.

1°- Le contraste en question

1.1.            Les écrits

Parmi les textes nationaux, l’on enregistre la Loi d’Orientation de l’éducation au Cameroun de 1998 qui stipule : « Les activités d’orientation et de psychologie scolaires s’effectuent au cours de la scolarité de l’enfant à tous les niveaux d’enseignement » (Article 9). En plus de cette loi, près d’une cinquantaine des textes officiels ont été signés et publiés de 1945 à 2005 dans le secteur éducatif de l’orientation au Cameroun. Ils sont donc nombreux et concernent la politique générale, la formation ; les dispositions statutaires, administratives et organiques ; les aspects techniques et financiers.

Certains de ces textes officiels ont été mis en application. Au rang des premiers figurent celui portant création de la section de formation des conseillers d’orientation au sein du Département des Sciences de l’Education de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Yaoundé, ouverte depuis 1982 ; officialisation du corps des conseillers d’orientation scolaire, universitaire et professionnelle dans le cadre du statut particulier des fonctionnaires des corps de l’Education Nationale, texte valable uniquement pour les conseillers d’orientation sortis de l’ENS depuis 2002 ; précision des modalités d’exécution du budget des établissements scolaires publics à la base de l’attribution depuis 2002 à l’orientation scolaire et professionnelle, par élève de l’enseignement secondaire général, 75 FCFA des contributions exigibles des parents et, par élève de l’enseignement secondaire technique, 100F FCFA des contributions exigibles des parents; création, par établissement d’enseignement secondaire public, d’un service de l’orientation scolaire et professionnelle, texte progressivement mis en place depuis 2005.

D’autres de ces textes officiels sont restés lettres mortes. Il s’agit du texte relatif à :

–          l’organisation des activités et des règles de fonctionnement des services de l’orientation scolaire et professionnelle de 1989 ;

–          la mise en garde contre l’utilisation abusive des conseillers d’orientation à d’autres fins de 1996 ;

–          la création d’un Département des Sciences de l’Orientation et d’un Laboratoire de psychologie appliquée à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé de 1997.

–          l’information, l’assistance, l’orientation, le conseil des apprenants et de leurs familles, la recherche et la sélection de 1964 à 2005;

–          une déclaration signée par les ministres francophones de l’Education d’Afrique et matérialisant notamment leurs engagements  depuis 2005 à institutionnaliser le programme d’orientation et de conseil dans leurs systèmes éducatifs respectifs.

En 2005, le secteur éducatif de l’orientation, troisième pilier de l’éducation après la pédagogie et l’administration scolaire, n’a que des ressources affectées en deçà des attentes.

1.2°- Les ressources affectées

Sur le plan organique, le secteur éducatif de l’orientation n’a pas de structure propre et indépendante. Il est placé dans les quatre départements ministériels en charge de l’Education sous la coordination d’une Cellule, elle-même noyée dans de grandes Divisions chargée soit de la planification, des projets, des la Coopération, soit de l’Assistance et des Œuvres universitaires.

Du point de vue humain, presque tous les opérateurs psychotechniciens ont déserté les rangs ainsi que les psychologues, les enseignants et les conseillers d’orientation formés en France dans les Instituts de formation des conseillers d’orientation. Près de 1105 conseillers d’orientation sortis de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé  sont en service dans différents départements ministériels du Cameroun.

Sur le plan technique, les contenus des supports d’information sont obsolètes. Les tests psychotechniques et les tests de connaissances n’ont pas été adaptés aux réalités nationales. Ces instruments ont été importés de France par la Mission Française de Coopération de 1968 à 1982.

Sur le volet financier, les parents d’élèves financent l’orientation à travers les contributions exigibles des élèves de l’enseignement secondaire aux côtés de quelques actions sporadiques du Gouvernement.

2°- Les conséquences de la situation

La modicité de ces ressources a drainé avec elle quelques conséquences au rang desquelles l’on cite :

–          la course effrénée de nombreux conseillers d’orientation vers d’autres secteurs porteurs d’activités à la fois plus rémunérateurs et prestigieux, faute de garantie de perspectives de carrière assurées ;

–          des investissements en pure perte au regard des coûts élevés des formations des conseillers d’orientation sur place et à l’étranger, du caractère onéreux de l’acquisition des tests psychotechniques et des supports d’information auprès des laboratoires de psychologie différentielle et de l’Office National d’Information Sur les Enseignements et les Professions (ONISEP) en France ;

–          la mise sous éteignoir des campagnes d’information et d’évaluation des apprenants de l’enseignement public et privé, par manque de moyens financiers et d’outils fiables et appropriés ;

–          le confinement des conseillers d’orientation en service dans les départements ministériels en charge de l’éducation à des tâches plus administratives que techniques ;

–          le secteur de l’orientation discret, peu connu et souvent mal compris même par les enseignants et les administrateurs de l’éducation ;

–          un système national d’orientation segmenté et sans véritable synergie ;

–          le désarroi des publics pourtant confrontés à des besoins réels.

 

3°- Les voies possibles de sortie de crise

Conjointement à des mesures spécifiques de promotion du secteur éducatif de l’orientation, la publication prévoit, au préalable, des actions fortes sur les plans politique, social, éducatif, économique et culturel. En politique, il conviendrait d’améliorer la démocratie, les droits de l’homme et la gouvernance. Socialement parlant, il serait indiqué de promouvoir les valeurs éthiques et morales des citoyens, autrement dit d’étouffer dans l’œuf toute propension anomique. Dans le domaine de l’éducation, l’école devrait être repensée et à rénovée pour mieux répondre aux défis de l’heure.  Sous l’angle économique, une intensification de la création des entreprises mériterait d’être envisagée en vue de créer plus d’opportunités d’emploi aux jeunes et aux adultes. Culturellement, il faudrait veiller à ne pas perdre les repères  nationaux pour une extraversion aliénante, faisant du Cameroun un absent dans le rendez-vous du donner et du recevoir universel.

Quant au secteur éducatif de l’orientation, troisième pilier de l’éducation après la pédagogie et l’administration scolaire, sa promotion passe par la définition d’une politique nationale intégrée ; par sa lisibilité, sa visibilité, son efficacité et son efficience. Autant il est impérieux d’améliorer la qualité et la quantité des ressources humaines, organiques, techniques, financières du secteur, autant il est urgent de mieux gérer celles qui sont déjà disponibles. Le secteur de l’orientation du Cameroun  a besoin de tout cela pour être véritablement une organisation digne de ce nom et un véritable système de travail, s’inspirant des théories scientifiques, des réalités du terrain, des bonnes pratiques internationales en la matière. Ce sont là quelques-unes des mesures à discuter pour que l’orientation sorte enfin de sa longue phase embryonnaire de croissance et atteigne sa maturité.

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