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10 juin 2012

L’organisation des examens de l’enseignement secondaire au Cameroun

Filed under: Uncategorized — Étiquettes : , , , , , — education_south @ 15 h 29 min

Par Emile Mbole Abu’u

L’organisation des examens nationaux tels que le Certificat de fin d’Etudes, le BEPC et le BAC mobilise chaque année l’ensemble de l’administration scolaire dans les pays de l’Afrique francophone. Si les résultats de ces examens sont largement commentés, les problèmes liés à leur organisation sont encore mal connus. Monsieur Mbolé Abu’u Emile, consultant indépendant, nous les fait découvrir grâce à sa longue expérience dans ce domaine au Cameroun, en tant Inspecteur Pédagogique National  de mathématiques à la retraite.

Les problèmes liés à l’organisation des examens dans l’enseignement secondaire au Cameroun

Les examens de l’enseignement secondaire au Cameroun relèvent d’une structure de supervision, l’Inspection Générale des Enseignements (IGE) et de trois structures opérationnelles dont une direction technique et deux structures placées sous la tutelle du Ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC). Il s’agit de la Direction des Examens des Concours et de la Certification (DECC), l’Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC), et du General Certificate of Education Board (GCE Board) pour le sous-système anglophone. On notera que les sous-systèmes éducatifs francophones et anglophones conservent chacun une certaine autonomie en matière d’évaluation et d’examens au Cameroun.

Les attributions de la  Direction des examens et concours sont définies dans l’organigramme du MINESEC (qui date de 2005). La DECC s’occupe essentiellement des examens certificatifs du premier cycle de l’enseignement secondaire  (Brevet d’études du premier cycle (BEPC), Certificats d’aptitude professionnelle (CAP) et des concours d’entrée et des examens de sortie dans les écoles normales d’instituteurs. L’office du Baccalauréat du Cameroun (OBC) s’occupe des examens certificatifs du second cycle de l’enseignement secondaire (Probatoires(1) et Baccalauréats de l’enseignement secondaire, et assimilés). Le GCE Board s’occupe des examens du sous système éducatif anglophone. L’OBC et le GCE Board sont des organismes sous tutelle du MINESEC, ils disposent pour cela  des textes particuliers et jouissent d’une relative autonomie administrative.

L’Inspection Générale des Enseignement, est chargée entre autres attributions, du suivi des structures en charge des examens et concours. Nous ne nous appesantiront pas dans le champ complexe des textes réglementaires régissant telle ou telle structure, mais nous tenterons d’examiner le champ des interactions entre ces diverses structures, dans lequel des interférences peu ou mal gérées pourraient porter atteintes au bon fonctionnement du système. Ces interactions concernent essentiellement la conception et l’évaluation des sujets, la supervision des  délibérations, et le désintéressement des divers intervenants.

La conception et l’évaluation des sujets

L’initiative d’une proposition de sujet est du ressort d’un enseignant de terrain, qui répond à une demande d’un Inspecteur Pédagogique National (IPN), à lui transmise par l’Inspecteur Pédagogique  Régional (IPR). Une fois la proposition reçue, ce dernier procède à une première mise en forme et transmet la proposition à l’IPN compétent ; celui-ci procède à la mise en forme définitive et traduit éventuellement la proposition en anglais, (le Cameroun est bilingue), la valide (à l’exception des propositions de sujets aux différents baccalauréats qui sont validés par des professeurs d’universités) et la transmet sous pli confidentiel à la structure compétente. Ce procédé présente un avantage certain, celui de tenir compte, au cours d’une évaluation, du «curriculum   implanté » (les pratiques en classe) et du « curriculum officiel » (les programmes scolaires). Cependant, le nombre de sujets à concevoir (au mois deux par session  par discipline et par examen), des défaillances des intervenants en amont, l’insuffisance ou l’obsolescence du matériel informatique, l’absence de logiciels appropriés, la modicité et même l’irrégularité de l’indemnité financière allouée aux seuls IPN, l’absence de formation initiale des enseignant à la docimologie et à l’évaluation, constituent les principales entraves à la conception des sujets de qualité, dans un contexte où c’est le décret qui confère la compétence.

En l’état actuel des choses, l’IGE qui est chargée du suivi des structures en charge des examens ne dispose d’aucune structure spécifique chargée d’évaluer les sujets des examens d’une session. Dans le sous système éducatif francophone, un sujet est évalué après son passage, soit  par les rapports stéréotypés des chefs de salle de correction nommés sur proposition des IPN ou des IPR, soit par un jury d’harmonisation des corrigés nationaux, constitués par des Inspecteurs de Pédagogie.  Les chefs de salle ne nous semblent pas  compétents pour juger de la pertinence, de la validité et de la fiabilité d’un sujet d’examen, de surcroît  validé  par leurs supérieurs hiérarchiques, et leurs rapports associés à l’indice de facilité de certains items (seul indicateur statistique quantitatif disponible) ne semble pas suffisants pour juger de la qualité d’un sujet d’examen.  D’autre part, les jurys d’harmonisation des corrigés nationaux semblent le plus préoccupés, à mettre dans les délais très brefs, des corrigés fiables à la disposition des correcteurs convoqués. Ils ne disposent pas d’expertise avérée dans l’évaluation des sujets d’examens, dont la paternité (en dernier ressort), est d’ailleurs attribuée aux IPN qui  les président (on ne peut être juge et partie).  Le nombre de sujets pour lesquels un jury d’harmonisation est sollicité, ne prête pas le flanc à tout autre exercice d’évaluation, compte tenu des délais qui leur sont imposés, 3 à 4 jours maximum pour l’élaboration et la saisie. L’une des missions assignées à l’Office du Baccalauréat du Cameroun est entre autres, de mener des études visant à  l’évaluation et à  l’amélioration du système éducatif. Il est de notoriété publique que les seuls résultats des examens (matière première dont dispose l’OBC) ne sont pas suffisants pour évaluer un système éducatif. Peut-être, faudrait-il, de temps à autres, placer cette structure sous le prisme du regard  extérieur d’un cabinet d’experts ayant une expérience internationale avérée dans le domaine, pour voir dans quelle mesure les procédures et toutes les innovations que cette machine met en œuvre au fil des années, sont de nature à contribuer à l’amélioration du système éducatif camerounais. Autant de problèmes que les responsables en charge des examens au MINESEC devraient regarder avec beaucoup de professionnalisme.

La supervision des délibérations

Les délibérations des examens de l’enseignement secondaire sont régies par les textes dont la conception, à priori, ne souffrent pas d’insuffisance notable. La nomination d’un président de jury, quoiqu’obéissant à des critères définis de manière relativement rigides, s’accommode toujours du caractère discrétionnaire d’une nomination. Ainsi donc, en dehors du Baccalauréat, certains individus, nouvellement promus dans les administrations ou dans la chaîne de supervision pédagogique, se retrouvent président de jury sans avoir assumé des fonctions subalternes au préalable comme chef de salle de correction, membre ou chef de secrétariat ou encore chargé de mission dans un centre d’examen. C’est ainsi  que des erreurs causées par deux présidents de jurys au cours de la session 2011 ont fait déclarer admis près de soixante dix candidats refusés et vice versa.  Cette affaire qui a défrayé la chronique dans les média, a été telle que le Directeur de l’Office du Baccalauréat a eu toutes les peines du monde à remettre les pendules à l’heure.

Sur un tout autre plan, le taux de réussite aux examens officiels constitue, aux yeux de l’opinion au Cameroun, (comme dans beaucoup d’autres pays), le principal indicateur de la qualité des acquis scolaires. Les performances d’un chef d’établissement sont jugées à partir du taux de réussite de ses élèves aux examens officiels. L’Office du Baccalauréat du Cameroun publie, après chaque session, le palmarès des établissements privés et publics à partir du même taux,  l’Etat du Cameroun indexant  même (de manière tacite) à ce taux le montant des subventions à allouer aux établissements privés. Ainsi donc, le politique est très regardant sur les performances des candidats aux examens officiels, et demeure prompt à « corriger » tous les dysfonctionnements qui pour lui, sont de nature à porter atteinte aux performances des candidats. Dans les conditions sus évoquées, les Délégations Régionales des Enseignement secondaires pour les examens du premier cycle, et le Conseil des Examens (deuxième organe délibératif de l’OBC), la Cellule Scientifique et Technique (du Comité de suivi des examens créé par le MINESEC), passent au scanner, entre autres, tous les dysfonctionnements imputables à la conception des épreuves, et imposent à tous les jurys, des modulations éventuelles en faveur des candidats. C’est ce qu’on appelle ici l’harmonisation des résultats, l’objectif étant de «recentrer la physionomie des résultats pour  préserver l’objectivité et l’équité des évaluations ». Si ces objectifs sont louables et parfois docimologiquement défendables sur un plan tout à fait ponctuel, il n’en demeure pas moins que la récurrence d’une telle pratique est de nature à masquer une baisse de niveau, en l’absence d’une culture de l’évaluation des acquis scolaires.

Lé désintéressement des intervenants aux examens

Cet aspect a été de tous temps, le talon d’Achille des structures en charge des examens, surtout en ce qui concernent la Direction des Examens des Concours et de la Certification(DECC), et l’Office du Baccalauréat du Cameroun(OBC).

Pour ce qui est de la DECC, un décret du Premier Ministre, Chef du Gouvernement  signé en 2011 est venu désamorcer une bombe qui couvait depuis plusieurs années. Ce texte qui remplace un décret signé en 1979, revalorise la copie corrigée, la vacation de surveillance et de délibération, et les indemnités afférentes à certains personnels de supervision. C’était certes, la principale revendication des enseignants. Cependant, l’indexation des indemnités de certains responsables (Délégués départementaux, régionaux, chefs de services, sous directeurs et directeurs impliqués dans l’organisation  des examens) à un coefficient que multiplie le nombre de candidats à cet examen, est une mesure discriminatoire qui à terme, de par le caractère croissant du nombre de candidats, est susceptible de poser de graves problèmes d’équité, parce que créant une caste de privilégiés. Prenez le cas d’un responsable régional qui a doit percevoir une indemnité de confidentialité et d’astreinte qui est un forfait variant de 50 000 à 500 000 FCFA, en plus d’une indemnité de rendement fixée à 6 FCFA multiplié par le nombre de candidats de son ressort territorial ! Si sa région compétence compte 150 000 candidats, cela fait, dans le meilleur des cas 1 400 000FCFA (un million quatre cent mille) d’indemnités, et dans le pire des cas, 950 000 FCFA (neuf cent cinquante mille). Pendant ce temps on accorde à un Inspecteur Pédagogique National une indemnité d’astreinte fixée à 132.000FCFA (cent trente deux mille) pour l’ensemble des examens relevant de la DECC !

En ce qui concerne l’OBC, une étude récente présentée par son Directeur lors de la dernière conférence des services centraux et déconcentrés du MINESEC, démontre qu’il faut pratiquement doubler les frais d’inscription aux examens pour couvrir l’ensemble des frais liés à l’organisation d’une session. Le GCE BOARD n’est pas très loin de là.  Le caractère sensible des examens est tel que le politique, à l’heure actuelle ne saurait courir ce genre de risque. Ceci démontre que le financement autonome des examens par ces  structures, n’est pas soutenable. Il faut donc recourir aux subventions qui n’arrivent pas, ou parfois pas à temps. Pendant ce temps ces structures cumulent des arriérés de payement, et la menace de débrayage des examinateurs demeure une épée de Damoclès suspendue au dessus de leur tête !

C’est donc dire que l’organisation des examens officiels au Ministère des Enseignements Secondaires, malgré une volonté politique affichée pour en améliorer la qualité, soufre encore de quelques pesanteurs. Certes le souci d’innover demeure perceptible surtout au niveau de l’OBC qui procède régulièrement  à des réajustements en fonction des dysfonctionnements observés. Ce souci devrait être une conquête permanente pour l’ensemble des structures en charge de la gestion des examens. D’autre part, l’Inspection Générale des Enseignements devrait renforcer son expertise dans l’évaluation systématique de l’ensemble du processus  lié à l’organisation des examens, afin de mieux jouer son rôle dans le suivi des activités des structures  en charge des examens ; enfin, au niveau gouvernemental, on devrait procéder à un arbitrage budgétaire, afin de mieux appréhender le financement de l’organisation des examens, car sur ce plan, le financier et l’éducateur semble ne regarder dans la même direction.

Un mot sur l’auteur

M. Mbolé Abu’u Emile est un professeur de Lycées d’enseignement Général Hors Echelle. Ancien élève de l’ENS de Yaoundé, il a derrière une longue carrière de plus de 36 ans, dans laquelle il successivement été professeur de mathématiques, responsable dans l’administration des établissements publics d’enseignement général, Inspecteur Pédagogique Régional, puis Inspecteur Pédagogique National  de mathématiques  au Ministère des Enseignements Secondaires au Cameroun. Il a participé comme co-auteur à la rédaction de manuels de mathématiques, à plusieurs études parmi lesquelles celle portant sur la problématique de  l’enseignement des sciences dans un établissement situé en zone rurale, et à la mission SOFRECO-MINEDUB-AFD portant sur l’évaluation des acquis scolaires au CMI/Class V, en qualité d’expert aux côtés de Pierre Varly (2011). Chevalier de l’Ordre du Mérite Camerounais, M. Mbolé Abu’u Emile a pris sa retraite comme fonctionnaire au mois de février 2012, pour s’occuper de ses recherches dans le domaine de l’éducation et de ses plantations.

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