Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

10 mai 2016

La culture de la lecture au Maroc

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Par Naji Boumzough & Pierre Varly

Cet article reprend des éléments sur la culture de la lecture au Maroc présentés à la Conférence CIES, le 10 mars 2016, à Vancouver. Il synthétise la recherche indépendante entreprise par la société Varlyproject à la suite d’une étude financée par l’USAID sur le marché des livres pour enfants au Maroc et ressources sur la lecture. Les opinions exprimées ici n’engagent que les auteurs.

 Taux d’analphabétisme de la population au Maroc

 Selon le recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) au Maroc en 2014 réalisé par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux d’analphabétisme de la population âgée de 10 ans et plus est de 32% soit 10,6 millions d’analphabètes pour une population de 33,8 millions d’habitants. Malgré la baisse de ce taux par rapport au recensement de 2004 (43%), il est encore trop élevé en comparaison avec d’autre pays de même niveau économique que le Maroc. C’est une entrave majeure au développement humain. Ce taux moyen cache de grandes disparités, en milieu rural le taux d’analphabétisme des femmes atteint 60,4% contre 13,7% en milieu urbain pour les hommes.

Taux d’analphabétisme de la population âgée de 10 ans et plus selon le sexe et le milieu de résidence

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Source: http://rgph2014.hcp.ma/Presentation-des-principaux-resultats-du-RGPH-2014_a374.html

 L’augmentation des taux de scolarisation observés ces dernières années devrait permettre une amélioration de la situation, à la condition que l’alphabétisation soit pérenne chez les jeunes adultes. Cela suppose que la qualité des apprentissages dispensés à l’école permette de savoir lire et écrire à la fin du cycle primaire et qu’un minimum de pratique de la lecture soit maintenue dans la vie active. Or d’après les résultats de l’enquête PIRLS et de nombreuses autres études, les compétences des élèves en lecture sont faibles au Maroc. On verra dans ce qui suit que sur le deuxième point, à savoir la pratique de la lecture, la situation n’est pas idéale.

 Est-ce que les adultes lisent et achètent des livres ?

Selon une étude réalisée par le Ministère de la Culture en 2001, 50% des Marocains lisent entre 2 et 5 livres par an et un marocain sur dix ne lit aucun livre. Plus récemment, d’après l’étude menée par le Centre des Etudes Sociales, Economiques et Managériales (CESEM), chaque marocain(e) dépenserait en moyenne 1 DH (0.1 dollar US) par an dans l’achat de livres ; alors que la moyenne mondiale (MM) est d’environ 25 DH (2.5 dollars).

Plus globalement, d’après une enquête du HCP, les marocain(e)s dépensent 4,4% de leur budget pour la culture et les loisirs (2,7% pour l’enseignement et 1,7% pour la culture et loisirs), la Tunisie 8.4% (2,8% pour l’enseignement et 5,6% pour la culture et loisirs) et la France 9.7% (0,7% pour l’enseignement et 9,0% pour la culture et loisirs).

Est-ce que les enfants lisent ?

D’après le HCP, les enfants passent en moyenne 3h de leur journée à regarder la télévision, 31 minutes à faire la sieste, 14 minutes à se détendre ou à ne rien faire. Les filles pratiquent plus les activités passives de loisirs (sieste, télévision, ne rien faire) contrairement aux garçons qui préfèrent le sport, les jeux…

Moins de 3% des enfants de 7 à 14 ans pratiquent la lecture à la maison et les filles lisent plus que les garçons.

La lecture est en concurrence avec la télévision, les consoles de jeu et Internet, phénomène qui n’est pas propre au Maroc. En effet, les marocains consacrent en moyenne 7 minutes par jour à l’utilisation de l’internet, 24 minutes chez le groupe de 15 à 24 ans et 54 minutes pour les étudiants, dont seulement 8 minutes sont consacrée aux études. La pratique de la lecture est donc peu fréquente à la maison. Qu’en est-il à l’école et dans les bibliothèques publiques?

Comme nous l’avions signalé dans un précédent article, les écoles sont peu dotées en bibliothèques scolaires, malgré des initiatives privées de la part des associations de parents et d’ONGs. La situation est semblable dans les bibliothèques publiques d’après les différentes études sur la question.

Appui à la lecture de la part des acteurs publics

Les bibliothèques publiques au Maroc semblent souffrir d’une certaine léthargie qui engourdit leur développement et leur utilisation de façon optimale. Toutefois, l’inexistence de données fiables concernant ce secteur et l’absence d’études ne nous permettent pas de trancher quant à l’efficacité de ces institutions.

Le nombre de bibliothèques publiques rattachées au ministère de la Culture est relativement modeste puisqu’il ne dépasse pas 145, soit une bibliothèque publique pour 200 000 habitants.

L’examen de la carte de répartition des bibliothèques publiques rattachées au ministère de la Culture révèle leur inégale répartition géographique au niveau national, régional et entre les villes et les campagnes. Le ratio de livres par habitant est de 0,02 livre en moyenne. Ces chiffres sont largement en de ça des normes internationales. Le nombre d’utilisateurs des bibliothèques publiques relevant du ministère de la Culture s’élève à 1 067 000 par an, ce qui représente 4 % de la population marocaine.

Les Marocains ne lisent pas ou peu, au moins pour trois raisons principales : la première est économique ; la seconde est la motivation, la troisième est liée aux conditions défavorisant la lecture (à la maison, dans les transports et les espaces publics).

Freins à la lecture

Les conditions et le type d’habitat influence d’une manière négative la promotion de la lecture individuelle chez les marocains. Selon l’enquête nationale sur les revenus et les niveaux de vie des ménages 2006-2007, menée par HCP, les données montrent que le pourcentage d’une pièce occupée par deux personnes ou plus est 87,2% au sein des foyers. De nombreuses personnes vivent à plusieurs dans une seule pièce, ce qui n’est pas propice à la lecture.

Les marocains utilisent souvent les moyens de transport communs dans leurs déplacements, comme l’autobus, les taxis et les tramways (Casablanca et Rabat). Les grands taxis (Mercedes 7 places) ne permettent pas d’avoir l’espace et les conditions nécessaires pour la lecture. On constate peu de lecture dans les trains et tramway.

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Même si cela peut paraître anecdotique et sonne comme un jugement de valeur, la vie sociale est importante au Maroc. Les gens aiment discuter à la maison et dans les cafés ou les transports.

Selon le HCP, les marocains passent en moyenne 1H09 à socialiser -ce qui diminue d’autant les chances de lire- contre 22 minutes pour les études et la formation.

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Dans la maison, les enfants et les jeunes ont peu de chances de voir leurs parents dans une situation de lecture. La règle étant que les adultes ne lisent pas dans la maison, la probabilité d’acquérir l’habitude de lire à un âge précoce devient presque nulle. La lecture ne fait pas partie de la tradition culturelle de la famille.

Le rôle de la société civile

Certaines ONGs et citoyens cherchent à développer la culture de la lecture à travers des opérations de sensibilisation ou de dotations en ouvrages. On citera comme exemples :

L’Association marocaine pour la solidarité et le développement durable (AMSDD)

L’Association marocaine pour la solidarité et le développement durable (AMSDD) est une association marocaine (étudiants universitaires de la Faculté des Sciences de Rabat) travaillant dans le domaine du développement socio-économique et présidée par Maryam Chakouk avec Mme Nadia Larguet comme marraine. L’association a financé une salle Culturelle « Entr’act dans la commune rurale de Sidi Moussa El Majdoub (Province  de Mohammedia) qui se compose de trois espaces modulables : un espace lecture, un espace théâtre et projection et finalement un espace ateliers.

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En plus, l’association a contribué au financement d’autres actions socioculturelles comme la distribution de plus de 500 cartables en faveur d’enfants démunis.

Le réseau de bibliothèques rurales

L’association d’appui aux bibliothèques rurales (AABR) est une ONG qui a été créée en juin 1999 à Rabat. Elle soutient le secteur des bibliothèques (publiques et scolaires) au Maroc rural à travers les objectifs suivants :

  • Contribuer à la création, à la gestion, à l’animation et à la mise en réseau des bibliothèques rurales,
  • Développer la lecture publique en milieu rural en préservant la tradition du livre et en promouvant les autres supports de diffusion de l’information et du savoir,
  • Contribuer à la formation des gestionnaires et des animateurs des bibliothèques,
  • Sensibiliser les décideurs à la nécessité de développer les bibliothèques en milieu rural.

Depuis sa création, l’association a construit huit bibliothèques scolaires, cinq petites bibliothèques publiques, cinq bibliothèques dans les maisons des étudiants, a organisé plusieurs sessions de formation et des activités autour de la lecture des livres et des opérations de cadeaux. Elle a également été sollicitée par d’autres organismes pour la mise en place de trente-neuf coins de lecture dans les écoles rurales et deux bibliothèques scolaires.

Le Ladies Circle Maroc (LCM)

Le Ladies Circle Maroc (LCM) est une organisation et un espace qui permet à des femmes âgées de 18 à 45 ans de se retrouver autour des valeurs de l’amitié et de l’entraide. Cette organisation a mené une action «Madrasati Moustakbali » dans laquelle elle a financé une bibliothèque scolaire au quartier Takadoum à Rabat. Ce quartier populaire semble d’ailleurs fourmillé d’associations et d’ONGS très actives que ce soit pour la lecture ou pour le soutien scolaire.

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La Fondation Banque Populaire

La Fondation Banque Populaire a été crée en 1984. Elle émane d’une demande de citoyens : un groupe de Marocains Résident à l’Etranger (MRE) de retour au pays et aspirant à faire étudier leurs enfants au Maroc dans une école conçue spécialement pour eux. Elle dispose de 7 camions qui sillonnent le Maroc pour servir de bibliothèques locales et distribuer des livres pour enfants.

Le biblio Tram ou bibliothèques itinérantes

Grâce à l’initiative de l’Association Jeunes Leaders Marocains de l’Fsjes de Settat (JLMFsjes de Settat), des groupes de jeunes distribuent en libre-service des livres, magazines ou journaux que tous les usagers peuvent emprunter le temps d’un trajet de tram dans les stations de tramway à Casablanca.

Le réseau de la lecture au Maroc

Le RLM (Réseau de la lecture au Maroc), une ONG récemment créée, est un collectif d’associations qui milite pour enraciner et promouvoir le livre et la lecture dans la vie courante des Marocains. Pour sa vice-présidente du RLM, Rachida Roky, enseignante à la Faculté des Sciences Université Hassan II Casablanca, la question primordiale se trouverait plutôt dans l’animation permanente autour du livre et de la lecture pour inciter les jeunes à lire. Le réseau réalise plusieurs projets pour encourager la lecture chez les jeunes et enfants à travers de nombreuses initiatives.

Nous reprenons ici à notre compte quelques recommandations formulées par différents auteurs que nous complétons par une réflexion propre.

Recommandations au niveau des bibliothèques publiques :

  • Le renforcement et l’extension du réseau existant, notamment en direction du monde rural.
  • L’élaboration d’une loi qui confère une légitimité aux rôles des bibliothèques publiques. Elle doit aussi préciser le statut juridique des collections patrimoniales (manuscrits et éditions anciennes) et reconnaître la vocation des professionnels à diriger ces établissements;
  • La modernisation du réseau par l’adoption de missions et d’objectifs qui découlent du nouveau contexte international tout en respectant les spécificités intrinsèques à notre société;
  • La mise en valeur du secteur des bibliothèques publiques par l’insertion des statistiques qui lui sont afférentes dans les publications officielles marocaines (Maroc en chiffres, Annuaire statistique);
  • L’instauration, entre bibliothèques, des procédures et protocoles de coopération en matière de traitement, d’assistance mutuelle et d’échanges des documents;
  • La normalisation des règles et procédures de travail en vue d’homogénéiser les produits et les services documentaires et informationnels;
  • La modernisation et l’amélioration de la qualité des produits bibliographiques et des services informationnels et leur diversification pour couvrir tous types de besoins;
  • La multiplication des travaux de recherche et des études relatives à ce secteur;
  • L’amélioration du niveau de qualification du personnel par l’introduction d’un programme de formation initiale et de formation continue, assurée par l’Ecole des sciences de l’information;
  • L’approvisionnement adéquat et régulier en moyens matériels et financiers susceptibles d’accélérer la mise en application de la réforme du secteur;
  • Sa conversion et mutation de manière à intégrer les fonctions de gestion des ressources documentaires et informationnelles, de marketing, de veille technologique et stratégique, d’intelligence compétitive;
  • L’élaboration d’une campagne nationale de sensibilisation du grand public sur l’intérêt et l’utilité des bibliothèques publiques (l’organisation de visites guidées, des programmes d’initiation à la recherche bibliographique…).

Source : Zohra Benhlima Alami, 2003, Bibliothèques Publiques hier et aujourd’hui.

Recommandations au niveau de l’école :

  • Amélioration et assouplissement des méthodes d’enseignements pour que l’enseignant travaille dans une atmosphère plus détendue dans la classe (activités d’animation culturelle, jeux libres, compétitions, …), qui permettra d’ancrer des habitudes de lecture ;
  • Création et développement des bibliothèques scolaires et des coins de lecture dans toutes les écoles et les classes et qui devront être fonctionnelles tout au long de l’année scolaire.
  • Elaborer une vision stratégique fondée sur une comparaison entre l’utilité et la performance positive de ces deux solutions, par exemple:  pour la lecture des coins dans les petites écoles; bibliothèques publiques pour les grandes écoles;
  • Le Ministère de l’Education Nationale et de la formation professionnelle pourrait assurer le recrutement du personnel de la bibliothèque scolaire au niveau primaire et doit prendre en charge leur rémunération;
  • Des classes surchargées représentent des obstacles multiples à la lecture, de sorte que le ministre de l’Éducation et de la formation professionnelle doit faire un effort sur ce point;

 Recommandations au niveau des médias, des actions de plaidoyer et des ONG 

  • Organiser plusieurs campagnes par an destinées aux médias représentant différentes populations cibles (alphabétisés / analphabètes)
  • développer la coordination et le retour d’expérience entre ONGs
  • Besoin d’être plus efficace dans la sensibilisation du public (année d’élections)
  • Travailler avec les parlementaires intéressés par ces questions
  • Identifier les journaux et les journalistes intéressés par les questions d’éducation (L’Economiste par exemple).

Recommandations au niveau des foyers (ménages) :

  • Les familles devraient encourager leurs enfants, dès leur enfance à lire et à aimer le livre, et de donner à la lecture son importance dans leur vie quotidienne;
  • Les parents auront besoin eux-mêmes de prendre l’habitude de jouer ce rôle dans leurs maisons pour transférer le désir et l’amour de la lecture à leurs enfants;
  • Les parents devraient avoir la culture de lire des histoires et des contes pour leurs enfants avant le coucher.

On ne peut pas terminer cet article sur la culture de la lecture au Maroc sans outrepasser les « recommandations » qui se trouvent dans la tradition musulmane et qui sont explicites s’agissant de la promotion de la lecture et de la quête des savoirs.

« Recommandations »  tirées du Coran et des hadiths

Le Saint Coran – Sourate 096 –  Al-Alaq (L’Adhérence) Versets 1 à 5. Traduction :

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. 
1. Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé,
2. Qui a créé l’homme d’une adhérence.
3. Lis! Ton Seigneur est le Très Noble,
4. Qui a enseigné par la plume,
5. A enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.

Les hadiths :

« – Cultivez chez vos enfants trois qualités : l’amour de votre Prophète, l’amour de sa Famille et la lecture du Coran.(411)

– Un père ne pourra jamais offrir à son enfant un cadeau meilleur qu’une bonne éducation.(412)

– Le fils a le droit de demander au père de lui apprendre à écrire, à nager, à tirer et de ne lui offrir que la subsistance légale.(401)

– Recherchez la science, serait-ce en Chine, car la recherche de la Science est une obligation assignée à tout Musulman.(59)

– La sagesse est l’objet de recherche du Croyant. Il la prend là où il la trouve.(60)

– Le Savoir consiste en des coffres dont les clés sont la question. Posez donc des questions, qu’Allah vous entoure de Sa Miséricorde, car il récompensera quatre catégories de personnes : le questionneur, le locuteur, l’auditeur et celui qui les aime (les trois catégories).(61)

– Le Savant est parmi les ignorants ce que le vivant est parmi les morts. Le chercheur de la Science bénéficie de l’imploration du pardon d’Allah, fait par tous, y compris les poissons et les animaux de la mer, les bêtes féroces et les troupeaux de la terre ferme. Recherchez donc la Science, car elle est la voie qui vous mène vers Allah, et la recherche de la Science est une obligation pour tout Musulman.(71) »

 On trouvera dans la Torah ou la Bible des éléments similaires et communs aux trois religions du livre. Cela apporte un démenti formel et « officiel » à ceux qui voudraient opposer religion, culture et savoirs.

Références et sources d’informations

http://rgph2014.hcp.ma/Presentation-des-principaux-resultats-du-RGPH-2014_a374.html

http://www.academia.edu/10403047/Approche_syst%C3%A9mique_de_la_lecture_au_Maroc

 http://www.hcp.ma/downloads/Niveau-de-vie-et-pauvrete-Enquete-nationale-sur-les-niveaux-de-vie-des-menages_t13111.html

Mohamed Idsalah, 2003, Bibliothèques Publiques hier et aujourd’hui

Zohra Benhlima Alami, 2003, Bibliothèques Publiques hier et aujourd’hui

https://www.facebook.com/amsdd.maroc

http://takamtikou.bnf.fr/dossiers/dossier-2010-takam-tikou-a-20-ans/soutenir-la-lecture-en-milieu-rural-au-maroc

https://www.facebook.com/Ladies-Circle-Rabat-5-LCR-5–278713285500446/photos

Haut-Commissariat au Plan (HCP), http://www.hcp.ma/

Vision stratégique de la réforme 2015-2030 du CSEFRS (Conseil Supérieur de l’Education de la Formation et de la Recherche Scientifique), leur site web est http://www.csefrs.ma

http://www.islaminquran.com/fr-FR/surah-96/al-alaq/quran_ayats.aspx

http://www.bostani.com/livre/recueil-de-hadiths-du-prophete.htm

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25 janvier 2016

Dossier sur les bibliothèques scolaires au Maroc

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Naji Boumzough et Pierre Varly

En octobre 2015, la société Varlyproject a remis à une école publique des environs de Rabat un ensemble de ressources pour la lecture (livres pour enfants), acquis en marge d’une précédente étude. Le directeur de l’école a en effet lancé un projet de bibliothèque scolaire. Nous avons donc étudié cette question sous différents angles et nous somme heureux de vous restituer les informations obtenues et quelques éléments de réflexion.

Etat des lieux au Maroc

Au Maroc peu de livres sont disponibles pour les élèves à la maison et dans les écoles publiques. Selon l’enquête PIRLS, 53% des enfants ont déclaré qu’ils n’ont aucun ou peu de livres à la maison et 24% ont une étagère de livres. 35% des écoles primaires publiques ne disposent pas de bibliothèque scolaire, tandis que 27% ont une petite bibliothèque (500 titres ou moins).

Personne ne connaît, aujourd’hui avec suffisamment de précision, l’état réel des bibliothèques scolaires dans le système éducatif marocain, ni son impact et le rôle qu’elles peuvent jouer dans l’amélioration de la qualité de l’éducation. Il n’y pas d’étude disponible en ligne sur cette question sur le site du MENFP.

Auparavant, les bibliothèques scolaires étaient gérées par le CNIPE (Centre National des Innovations Pédagogiques et de l’Expérimentation) et le sont maintenant par la Direction de la Vie scolaire, selon les textes. Dans les questionnaires statistiques, la rubrique Q03 (Espace d’accueil) renseigne sur l’existence et l’état des bibliothèques (en tant qu’infrastructure) mais les données ne sont pas publiées dans l’annuaire statistique du Ministère. Le questionnaire statistique ne renseigne pas sur la dotation en ouvrages, le personnel, l’utilisation par les élèves, superficie…

Au niveau ministériel, il n’y a pas un budget bien déterminé concernant l’approvisionnement des livres et matériels nécessaires pour les bibliothèques scolaires, surtout au niveau primaire.

La présidente du Réseau Pour la lecture au Maroc a d’ailleurs interpellé, le chef du gouvernement sur cette question à travers une pétition. « L’une des raisons de la crise de la lecture au Maroc est l’échec du système d’éducation et de formation à faire aimer le livre aux écoliers. La bibliothèque dans les écoles, espace dynamique dédié à la lecture, est négligée, voire fermée. », Rachida Roky.

En réalité, certaines écoles sont dotées en ouvrages grâce à des initiatives prises par des associations de parents d’élèves, les ONG actives dans le domaine de l’éducation ou des efforts personnels de certains enseignants.

Règlementation sur les bibliothèques

Ce tableau récapitule les notes ministérielles concernant la bibliothèque scolaire.

Tableau Notes

Source : Varlyproject

Projets récents

Le programme d’urgence a bien déterminé de nombreux projets qui visaient à l’amélioration de la qualité de l’éducation, tels que le projet E1P12 (‘Amélioration de la qualité de la vie scolaire, 3ème mesure), qui avait pour objectifs la réorganisation de la vie scolaire à travers des projets d’établissement.

La note ministérielle N° 156 du 17 /11/2011, sur la mise en œuvre opérationnelle rôles des bibliothèques scolaires a identifié quelques points:

  • Accorder une attention particulière aux bibliothèques scolaires en termes de réhabilitation et équipé avec des équipements et des moyens de travail et d’encadrement employés technologique moderne.
  • Veiller à leurs enrichissements par des manuels scolaires validés par le Ministère, et par les ouvrages pédagogiques correspondant aux principes et aux choix selon le contexte marocain,
  • Continuer à travailler sur le prêt tel que déterminé par la note N°26 (du 11/02/1992)

Orientations du Conseil Supérieur de l’Enseignement

La vision stratégique de la réforme 2015-2030 du CSEFRS (Conseil Supérieur de l’Education de la Formation et de la Recherche Scientifique) au Maroc, s’appuie sur trois importants fondements qui sont l’équité et garantir l’égalité des chances entre les élèves, garantir la qualité d’enseignement et intégration de l’apprenant dans le tissu économique et social.

Plusieurs mesures d’accompagnement sont prévues :

  • L’élargissement du réseau des bibliothèques et des centres de ressources au niveau local et régional et leur connexion aux établissements et centres d’éducation, de formation et d’information, ainsi que le renforcement des ressources humaines en cadres spécialisés dans la documentation et l’animation pédagogique et culturelle,
  • La réhabilitation des bibliothèques scolaires et des médiathèques en leur fournissant les ressources adaptées aux apprenants de différents âges et niveaux et aux différents acteurs,
  • la dotation des établissements en bibliothèques scolaires et en médiathèques, en équipements, matériels didactiques nécessaires pour encourager la lecture, l’expression et la créativité par l’écrit.

Normes internationales pour les bibliothèques scolaires

Afin de donner des éléments de comparaison, voici quelques normes internationales pour l’organisation et la gestion d’une bibliothèque scolaire.

Selon le manifeste UNESCO de la bibliothèque scolaire, il a été démontré que lorsque les bibliothécaires et les enseignants travaillent en collaboration, les élèves font des progrès en écriture et en lecture, savent mieux apprendre, et résoudre des problèmes et acquièrent une expérience des techniques de l’information et de la communication.

Le Personnel est chargé d’organiser et de gérer le travail de la bibliothèque scolaire, avec le soutien de collègues. Il travaille avec tous les membres de la communauté scolaire et en liaison avec la bibliothèque publique/municipale et d’autres bibliothèques scolaires.

Pour gérer efficacement la bibliothèque scolaire, il doit posséder impérativement des connaissances dans trois grands domaines: la gestion des ressources, la science de l’information et la bibliothéconomie, et la pédagogie. Il est important d’avoir un personnel bien formé et hautement motivé, avec un nombre suffisant de membres en rapport avec la taille de l’école et ses besoins spécifiques en matière de bibliothèque.

Les types du personnel sont:

  • Le bibliothécaire scolaire : C’est un bibliothécaire professionnel, titulaire d’un diplôme en bibliothéconomie-sciences de l’information et documentation.
  • L’assistant-bibliothécaire : Il doit avoir une formation élémentaire préalable en bibliothéconomie et il travaille sous la responsabilité du bibliothécaire et l’assiste dans ses fonctions.
  • Personnel secondaire : Qui devrait être en complément, tels que des enseignants (L’enseignant-bibliothécaire qui a, en outre, suivi une formation diplômante en bibliothéconomie et documentation ou sciences de l’information ou L’enseignant non bibliothécaire qui ne possède pas aucune compétence en bibliothéconomie), des techniciens, des parents et d’autres types de volontaires.

Compétences et tâches du personnel

Les qualifications fondamentales et les compétences requises pour le personnel de la bibliothèque scolaire peuvent être définies comme suit :

  • aptitude à communiquer de façon positive et avec ouverture d’esprit, avec des enfants et des adultes ;
  • aptitude à comprendre les besoins des utilisateurs ;
  • aptitude à collaborer avec des individus et des groupes dans et hors de la communauté scolaire ;
  • connaissance et compréhension de la diversité culturelle ;
  • connaissance de la méthodologie d’apprentissage et de la théorie d’enseignement ;
  • connaissance des techniques de l’information et de l’utilisation de l’information ;
  • connaissance du fonds documentaire de la bibliothèque et comment y accéder ;
  • connaissance de la littérature, des médias et de la culture pour la jeunesse ;
  • connaissance et compétence dans le domaine de la gestion et de la promotion ;
  • connaissance et compétence dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC).

Les principales tâches que le personnel de la bibliothèque scolaire doivent exercer pour bien gérer son métier et qui dépondent à ses qualifications sont :

  • La gestion des ressources documentaires,
  • La gestion des documents administratifs,
  • Les tâches administratives,
  • L’animation, formation et services de consultation,
  • Les TIC et la gestion des connaissances
  • Gestion des connaissances.

Relation entre les personnels de l’école et la bibliothèque

La bibliothèque scolaire devrait couvrir un large éventail d’activités et devrait viser à jouer un rôle primordial dans l’accomplissement de la mission et des objectifs de l’école. Les programmes et les activités doivent ainsi être conçus dans une coopération étroite avec les partenaires suivants :

  • Directeur de l’école: devrait reconnaître l’importance des services effectifs d’une bibliothèque scolaire et encourager son utilisation dans le but de développer des projets pour l’école ;
  • Enseignants: devront sensibiliser les élèves d’aller à la bibliothèque, d’emprunter les livres et exploiter toutes les ressources pour améliorer leur compétences en lecture ;
  • Elèves: représentons le principal élément cible de la bibliothèque scolaire ;
  • Association des parents d’élèves: devront sensibiliser les parents d’encourager et de soutenir leur enfants pour la lecture en dehors de l’école ;
  • Autres personnels administratif: devront aider ce personnel de bien gérer la bibliothèque.

Locaux, équipements de la bibliothèque scolaire

Le grand rôle éducatif de la bibliothèque scolaire doit se refléter dans les installations, les meubles et les équipements. Il est très important d’avoir une sorte des critères qui permettent à la bibliothèque de réponde aux besoins de l’école le plus efficacement possible.

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Source : http://www.sabclp.ch/fr/nbs2014.htm

La conception de la bibliothèque scolaire joue un rôle central dans la manière dont la bibliothèque dessert l’école. L’aspect esthétique contribue au sentiment d’accueil aussi bien qu’au désir, pour la communauté scolaire. Une bibliothèque scolaire équipée de façon appropriée doit avoir les caractéristiques suivantes :

  • Privilégier les matériaux solides et durables, qui amortissent le bruit ;
  • Les passages entre les différents locaux sont accessibles aux handicapes ;
  • Aménagement de places de travail ou de lecture le long des fenêtres (niches) ;
  • Répartition des surfaces d’exposition dans toute la bibliothèque ;
  • La hauteur des rayons est adaptée a la taille moyenne des usagers ;
  • Utilisation de mobilier spécialement conçu pour les bibliothèques ;
  • Le mobilier est facilement adaptable en fonction des différents besoins d’une bibliothèque scolaire ;
  • Des gradins, des groupes de sièges et des places de travail aménageables permettent le travail par classe.
  • Sécurité et bonne éclairage.

Photo d’une bibliothèque scolaire modèle

Bibliothèque Modèle

Ouvrages/ressources de la bibliothèque scolaire

La bibliothèque scolaire doit offrir un accès à un large choix de ressources et documents qui satisfassent les besoins des utilisateurs (élèves, corps enseignants,…) par rapport à l’enseignement, l’information et le développement des compétences personnel. Il est impératif que les collections continuent à être développées et actualisées afin d’assurer aux utilisateurs un choix constant de nouveautés.

Les collections ou ressources doivent être constituées :

  • Ouvrages didactiques : ces livres contiennent en général des données factuelles sur un sujet
  • Ouvrages de fiction : cette collection rassemble des livres dont l’information est de type fictionnel, c’est-à-dire de l’information qui ressort de l’imaginaire. Il s’agit de romans, d’albums, de bandes dessinées, de livres de conte, de poésie, de prose, etc.
  • Ouvrages de référence : ces livres contiennent des informations importantes dont on a souvent besoin (dictionnaires, d’encyclopédies, d’annuaires, etc.).

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Source : http://www.sabclp.ch/fr/nbs2014.htm

Pour des raisons de formation, d’uniformité dans la gestion documentaire et de réseautage, il faut opter pour un système de classification unique. Il doit être simple, facile à comprendre et adapté aux différents niveaux. Il ne doit pas nécessiter beaucoup de dépenses dans l’application compte tenu des budgets limités des écoles. La classification décimale de Dewey (CDD) simplifiée est plus recommandée dans les bibliothèques scolaires.

Quelles sont les normes actuelles pour le Maroc?

La note ministérielle N°187 du 16/12/1992, sur les bibliothèques scolaires au collège et lycée, a défini les fonctions de l’inspecteur des bibliothèques scolaires et le personnel de la bibliothèque comme suit:

– L’inspecteur des bibliothèques scolaires:

  • Planification des bibliothèques scolaires ;
  • Formation des personnels des bibliothèques scolaires ;
  • Animation des bibliothèques scolaires ;
  • Contrôle des bibliothèques scolaires ;

– Le personnel de la bibliothèque scolaire:

  • Gestion et le prêt des ouvrages ;
  • Élaboration d’un guide pour le lecteur guide qui définit les services fournis par la bibliothèque et comment les utiliser ;
  • Émission des publications identifiant le contenu de la bibliothèque et ces activités ;
  • La publication d’une Bibliographie pour la bibliothèque ;
  • Organisation des salons du livre ;
  • Organisation de formations à l’intention des élèves sur l’utilisation de la bibliothèque ;
  • Organiser des concours littéraires et d’art.

Réflexions opérationnelles et propositions de normes détaillées pour le Maroc

Pour gérer une bibliothèque scolaire d’une manière opérationnelle selon le contexte marocain, Varlyproject propose des éléments sur les aspects suivants : profils de poste, comment recruter du personnel pour gérer les bibliothèques, comment permettre l’accès aux ouvrages pour les élèves, comment cibler les ouvrages selon le niveau des enfants et comment enregistrer les ouvrages et réaliser l’inventaire. On propose aussi un règlement intérieur pour gérer la bibliothèque scolaire (destinées aux élèves).

Profil de poste pour le/la gestionnaire de la bibliothèque:

Les qualités et compétences fondamentales requises du personnel de la bibliothèque scolaire sont :

  • Idéalement License en Lettres ou Sciences Sociales,
  • Minimum bac +2,
  • un très bon niveau en langue arabe ; et en français,
  • le goût de la lecture,
  • la capacité à communiquer positivement avec le staff administratif de l’école et les enseignants,
  • la capacité de travailler en équipe pour fournir un service efficace
  • la capacité à comprendre les besoins des élèves et d’avoir de l’amour et de la patience envers eux,
  • avoir des compétences de base en informatique et bureautique (Excel, Word),
  • la connaissance et la compréhension du programme scolaire,
  • la connaissance des documents qui forment le fonds de la bibliothèque et de la manière d’y avoir accès,
  • des compétences organisationnelles, avec la flexibilité requise pour identifier et mettre en œuvre les changements,
  • Avoir de l’imagination, de la vision et une ouverture aux nouvelles idées et pratiques,
  • la capacité à changer de méthodes de travail pour répondre à des situations nouvelles,
  • la capacité de réaliser des animations autour du livre et de la culture,
  • la volonté de travailler bénévolement ou avec des indemnités modestes.

Comment recruter ?

Il n’y a pas de filière de formation pour ce type de profil de poste intermédiaire. Mais le Ministère tutelle peut orienter les directeurs des écoles à recruter des personnels, tels que, enseignant supplémentaire, enseignant à la retraite, parent d’élèves, membre d’une association, jeune qualifié(e) au chômage.

Comment permettre l’accès aux ouvrages pour les élèves?

On détermine plusieurs méthodes d’accès à la lecture qui sont :

  • Lecture sur place (sans animation) : les élèves lisent sur place mais la lecture n’est pas encadrée, animée.
  • Lecture sur place (avec des animations ponctuelles) : les élèves lisent sur place, il y a parfois des animations, lecture de contes/histoires, jeux autour de la lecture (questions). Certaines associations peuvent appuyer comme le Réseau de la lecture au Maroc.
  • Emprunt : les élèves peuvent emprunter les livres et les lire à la maison
  • Utilisation en classe : les enseignants peuvent animer des séances de lecture dans leurs classes (coin lecture).

Comment cibler les ouvrages selon le niveau des enfants ?

La plupart des ouvrages disponibles au Maroc n’indiquent pas l’âge (sauf préscolaire) ou le niveau solaire de l’ouvrage. Pour faire en sorte que les élèves lisent des ouvrages adaptés à leur niveau, il faut au préalable classer tous les ouvrages par niveau, avec l’aide des enseignants. Ensuite, les livres peuvent avoir des codes comme des pastilles en couleur.

Exemple de classification par niveau (on peut regrouper les pastilles pour deux niveaux (exemple 1ère et 2ème année).Comment enregistrer les ouvrages et réaliser l’inventaire? Pastilles

Source : Varlyproject

L’enregistrement des documents est la première opération à effectuer dès qu’un document franchit la porte de la bibliothèque et quelle que soit sa provenance (don, échange, achat). C’est à ce moment que son appartenance à la bibliothèque devient effective. Cette opération est réalisée en plusieurs étapes :

  • Chaque ouvrage reçu est cacheté avec le cachet de l’école, en haut de la page du titre, et aussi, sur la basse note de n’importe qu’elle autre page.
  • Ensuite, le document est enregistré dans le registre d’inventaire et doté d’un numéro séquentiel qui sera le numéro d’inventaire.
  • Le numéro d’inventaire est ensuite noté à l’intérieur de l’ouvrage, sur la page de titre comme indiqué dans la forme suivante : Les ouvrages sont ainsi enregistrés successivement, quel que soit leurs sujets ou leurs langues.

Chaque ouvrage, chaque exemplaire et chaque volume à un numéro d’inventaire unique. De ce fait, le registre d’inventaire nous informe sur le nombre d’ouvrage de la bibliothèque.

Au moins une fois par an, il faut faire un inventaire, autrement dit vérifier, qu’aucune des publications figurant dans le registre d’inventaire n’est absente de la bibliothèque. Le plus simple est de travailler à deux : une personne lisant les titres du registre et l’autre vérifiant les livres sur les rayons.

Proposition de règlement intérieur pour gérer la bibliothèque scolaire (destinées aux élèves)

  • Etant inscrit à l’école, tu as accès à la bibliothèque scolaire,
  • N’oublie pas que votre bibliothèque est un lieu de calme. Il y sera plus agréable de lire, découvrir, d’effectuer des recherches,…
  • Tu peux emprunter des livres sous la permission du personnel de la bibliothèque,
  • Les livres en général devront être consultés et rester dans la bibliothèque, mais tu pourras ainsi les consulter en classe sous l’autorisation de ton enseignant,
  • Tu empruntes à condition d’avoir ramené ton livre précédent,
  • Une fois par semaine, tu peux emprunter gratuitement un livre, pour une durée de 2 semaines maximum. Si ce livre revient en retard, tu seras sanctionné,
  • En cas de perte ou de détérioration, les frais seront à ta charge. N’oublie pas que le livre est ton ami, prends-en bien soin,
  • Horaire : à déterminer avec le directeur de l’école, personnel de la bibliothèque et les enseignants,
  • Laisse ton manteau, ton cartable, tes boissons et friandises dans sa place réservé dans la bibliothèque,
  • Après ton passage à la bibliothèque, tu veilleras à remettre en place les objets que tu auras utilisés (matériel, chaises, tabourets, tables, …), et à ranger les livres à leur place, dans leur catégorie, droit et l’étiquette vers le bas. Si tu ne sais plus où ranger le livre, tu peux le déposer dans le bac de retour.

Carte mentale sur la bibliothèque scolaire au Maroc

Pour finir, nous résumons notre réflexion sur les bibliothèques scolaires au Maroc à travers une carte mentale.

Bibliothèques scolaires_Carte mentale

Nous espérons que vous trouverez ces informations utiles.

Références :

Samira Yamani & Mohammed Idsalah (2003), « Les Bibliothèques publiques au Maroc : hier et aujourd’hui, » Revue de l’Ecole des Sciences de l’Information, n°13, juillet 2003, pp.62-63

http://www.esi.ac.ma/Dossiers/20120131090137.pdf

Pr Abdesselam El Ouazzani, Pour une approche systémique de la lecture

14 octobre 2015

Les ressources pour la lecture en arabe au Maroc

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Par Naji Boumzough & Pierre Varly

Introduction

En 2014 et 2015, l’USAID/Maroc a financé cinq études sur la lecture afin d’appuyer le MENFP (Ministère de l’Education et de la Formation Professionnelle) pour l’élaboration de sa stratégie de réforme de la lecture en arabe dans les trois premières années du primaire. Ces études ont été réalisées par RTI International, Varlyproject et l’Université Al Akhawayn. Les études ont traité des thèmes suivants : curriculum et des manuels scolaires, la formation initiale des enseignants, perceptions et pratiques des enseignants, manuels scolaires de l’éducation non formelle. La dernière étude (à partir de p.56) a analysé la chaîne d’approvisionnement des manuels scolaire et le marché du matériel supplémentaire en lecture en langue arabe. Un matériel est dit supplémentaire lorsqu’il ne s’agit pas d’un manuel scolaire ou d’un cahier d’exercice au programme officiel (par exemple, livres, cahiers d’exercices, abécédaires, posters et autres supports). Le précédent article du blog donne des éléments sur la lecture en arabe au Maroc.

Effet des matériels de lecture sur les acquisitions scolaires

La possession des livres à domicile pour les élèves des premières années est systématiquement corrélée avec leurs résultats en lecture. À partir d’un échantillon d’études qui a été réalisé par RTI dans plusieurs pays, on conclut que les enfants qui ont des livres dans leurs maisons ont pu lire correctement entre 6 à 8 mots par minute de plus que leurs pairs qui n’en ont pas. Cela équivaut à environ six mois d’instruction dans ces mêmes pays. L’USAID a donc commandé une étude sur le marché des matériels de lecture au Maroc afin d’identifier les ressources disponibles et les voies et moyens d’en doter toujours plus les enfants et les écoles.

L’étude avait pour but d’analyser le marché pour les matériels supplémentaires (offre et demande), de décrire les mécanismes de soutien de ce secteur par les pouvoirs publics et d’identifier les caractéristiques de ces matériels (contenu).

Méthode

Varlyproject a donc collecté et analysé des ressources supplémentaires sur la lecture en arabe et a réalisé des entretiens avec tous les intervenants de la chaîne de production et conception du matériel supplémentaire. A savoir : les responsables au sein du MENFP et MOC (Ministère de la culture), auteurs, directeurs des maisons d’édition, distributeurs, imprimeurs, libraires et vendeurs au détail et les associations qui sont actives dans ce domaine. Varlyproject a aussi réalisé une brève enquête auprès des visiteurs du salon international du Livre à Casablanca, qui s’est tenu du 12 au 22 février 2015.

Un large échantillon de matériels supplémentaires de lecture en arabe pour les enfants disponibles sur le marché marocain a été catalogué pour cette étude (188 supports). Ces matériels ont été obtenus dans divers points de vente (librairies, supermarchés) et principalement au Salon du Livre.

Un échantillon de ressources pour la lecture en arabe

Matériels

Source : ©Varlyproject

Quelques ressources numériques ont également été collectées et les rares applications dédiées à l’apprentissage de la lecture sur l’Apple store recensées. Une partie de cet échantillon a été analysé plus en détail (71 supports) comme suit :

  1. La date et le lieu de la collecte / achat
  2. L’éditeur (y compris le pays d’origine, site web, et si un catalogue est disponible)
  3. Le prix du livre
  4. Le type et la taille du livre
  5. Le contenu pédagogique des livres
  6. Des indications sur l’âge/le niveau scolaire visé

Les catalogues des éditeurs ont été téléchargés à partir de leur site Web ou obtenus à la 21ème édition du Salon International de l’Edition et du Livre à Casablanca. Les supports choisis pour l’analyse sont variés en termes de lieu d’achat, d’éditeur, de pays d’origine, de type, de prix et qualité. L’échantillon n’est pas représentatif mais fournit une description de ce qui est disponible sur le marché. Avant de rentrer dans le détail de ces matériels, tâchons de comprendre quelle est la problématique de la lecture au Maroc.

Culture de la lecture

Selon M. Abdesselam El Ouazzani, le problème réside dans les foyers, car les jeunes ont peu de chance de voir leurs parents en situation de lecture. La règle étant qu’on ne lit pas dans la maison, la probabilité d’acquérir l’habitus de la lecture au bas âge devient presque nulle. La lecture ne fait pas partie de la tradition culturelle du foyer familial. D’après une étude réalisée par le MOC en 2001, 50% des Marocains lisent entre 2 et 5 livres par an et 1 Marocain sur 10 ne lit aucun livre.

Plus récemment, selon l’étude menée par le Centre des Etudes Sociales, Economiques et Managériales, chaque Marocain(e) dépenserait en moyenne 1 dirham par an dans l’achat de livres (dépenses privées), alors que la moyenne mondiale est d’environ 25 DH. La dépense publique dans ce domaine est également relativement faible, comme nous allons le voir.

Disponibilité des matériels de lecture au Maroc

En conséquence, au Maroc, peu de livres sont disponibles pour les élèves à la maison et dans les écoles publiques. Selon les résultats de l’étude PIRLS, 53% des enfants ont déclaré qu’ils n’ont aucun ou peu de livres à la maison et 24% ont une étagère de livres. 65% des écoles ne disposent pas de bibliothèque scolaire, tandis que 27% ont une petite bibliothèque (500 titres ou moins).

Acteurs publics en charge de la gestion des matériels de lecture

Actuellement, le soutien pour les matériels supplémentaires est concentré au Ministère de la Culture qui dispose d’une dotation budgétaire relativement modique. Le budget de soutien à l’édition et au livre a été fixé à 10 Millions de dirhams au titre de la deuxième session de l’année 2015. Le budget pour l’achat de livres pour les bibliothèques publiques est du même ordre de grandeur.

Budget du soutien à l’édition et au livre (Ministère de la Culture)

DOMAINES CIBLES Montant de la subvention en % Montant de la subvention en MAD
Création et modernisation de revues culturelles électroniques 30% 3 000 000
Participation des auteurs marocains aux résidences d’auteurs 25% 2 500 000
Edition réservée aux personnes à besoins spécifiques (Les déficients visuels) 10% 1 000 000
Création, modernisation et animation des librairies 10% 1 000 000
Edition de revues culturelles 10% 1 000 000
Sensibilisation à la lecture 5% 500 000
Edition du livre 5% 500 000
Participation aux salons du livre nationaux et internationaux 5% 500 000
Total 100% 10 000 000

Source : Ministère de la Culture

En ce qui concerne les bibliothèques scolaires, les délégations en charges de l’éducation se retrouvent avec la responsabilité de déterminer le budget à allouer à l’achat de livres. La Direction de l’évaluation, de l’organisation de la vie scolaire et des formations communes entre les académies a la responsabilité du contrôle des bibliothèques scolaires et la suggestion des mesures pour améliorer leur efficience, selon les textes.

Les élèves, les associations de parents et les organisations non gouvernementales locales peuvent acheter des livres et les fournir aux bibliothèques scolaires. Il y a plusieurs manières de gérer les livres dans une école, à travers des coins lecture dans les classes et sous la supervision de l’enseignant ou des bibliothèques scolaires qui selon leur taille nécessitent des personnels pour la gestion et l’animation. Les enfants peuvent lire les ouvrages sur place ou participer à des animations lectures (ce qui suppose des ressources humaines qualifiées) ou peuvent les emprunter (ce qui nécessite un système de suivi). Il est également possible de donner et non prêter les livres aux enfants. Chaque stratégie a ses avantages et inconvénients et doit être adaptée au contexte local.

A l’heure actuelle, il n’y a pas une mode de gestion qui soit systématisé pour les ressources complémentaires et c’est au niveau local que les initiatives sont prises.

Offre de matériels

L’offre est-elle suffisamment variée en termes de qualité des produits et prix ? Est-ce que les produits permettent de viser toutes les classes d’âge ? Est-ce que le produit mentionne l’âge ou le niveau scolaire ou le niveau de lecture ?

Certains éditeurs vendent des cahiers d’exercices associés ou non aux manuels officiels, même si ceux-ci ne sont pas utilisés dans les salles de classe (non achetés par le Ministère de l’Education Nationale). Ces matériels sont utilisés principalement dans les écoles privées. Il y a peu d’offre sur le marché pour les matériels qui soutiennent le développement de la lecture chez les enfants. Il y a soit des ressources visant les jeunes enfants (âge du préscolaire) sous la forme d’abécédaire par exemple, soit des livres ce qui suppose que l’enfant sache déjà lire. Les ressources visent à consolider la pratique de la lecture principalement mais n’appuient pas l’apprentissage de la lecture.

Parmi les 71 ressources analysées plus en détail, 42 proviennent du Maroc, six sont en deux langues et 20% sont des traductions.Les ressources portent peu sur la grammaire et le vocabulaire. Ces proportions se retrouvent dans l’ensemble documents collectés (188).

Contenu

Source : RTI International et Varlyproject

Le marché du lecteur débutant reste quelque peu limité en termes de types et de niveau de difficulté des livres. Bien qu’il existe des ouvrages généraux de lecture (les dictionnaires, les encyclopédies pour enfants), il n’y a pas une abondance de choix des ouvrages généraux pour les lecteurs débutants. Les productions littéraires pour la lecture précoce sont souvent des légendes importées et traduites en arabe plutôt qu’écrites pour le public local.

Quelques photos de ressources supplémentaires

ressource1 ressource2Ressource3

Le prix est-elle un frein à la massification des ressources sur la lecture ?

En moyenne dans les ressources analysées, le prix d’une production marocaine était de 19 Dirhams mais de 12 dirhams en dehors du Maroc, notamment en Egypte vu la taille du marché et l’historique de l’édition dans ce pays, qui a commencé en 1798. Ces coûts élevés sont en partie tributaires de l’historique du développement des capacités marocaines d’édition et d’impression avec une forte présence, encore de nos jours, des éditeurs internationaux sous la forme de filiales locales.

Il y a beaucoup de facteurs qui ont un impact sur le prix d’un livre, par exemple la taille et le type tu papier. Cependant, le facteur le plus important est la quantité de production ; plus on imprime, moins cher sera le prix. Le point essentiel pour obtenir un bon prix est de produire environ 3000 livres, d’après les éditeurs. Par conséquent, les éditeurs doivent également élargir leur capacité à stocker et à distribuer les livres et pouvoir réaliser les investissements nécessaires (machines d’impression) dans un contexte de faible commande publique.

La part du chiffre d’affaire du secteur de l’édition et de l’imprimerie au Maroc est environ 2% du chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur industriel, selon les dernières statistiques du ministère de l’Industrie du Commerce et des Nouvelles technologies, il s’élevait à 3,52 milliards de DH en 2011. En plus, d’après le Ministère de la Culture, le chiffre d’affaires du secteur de l’édition et de l’imprimerie a connu, entre 2003 et 2011, une évolution d’à peine 0,2%, bien que les investissements aient quasiment quadruplé passant de 33 à 122 millions de DH.

Comme le relève l’étude sur les manuels, le Maroc a pu se doter ces 30 dernières années d’un système efficace de distribution des manuels scolaires à travers une collaboration des acteurs privés et saura certainement parvenir à renforcer son secteur de l’édition/impression scolaire, avec un léger coup de pouce des pouvoirs publics.

Demande pour les ressources en arabe

Un secteur du livre plus rentable exige une demande très forte de la part des acheteurs des livres. La plupart des éditeurs hésitent à imprimer en arabe, en particulier les livres pour enfants, parce que la demande est faible. Les particuliers qui achètent des livres pour la maison sont ceux qui envoient leurs enfants dans des écoles privées, mais leurs achats sont concentrés sur des livres en français. En outre, les livres en général sont considérés comme un marché pour les adultes. Ces informations obtenues auprès des éditeurs sont corroborées par une brève enquête auprès des consommateurs interrogés au Salon du livre.

Parmi les 79 personnes interrogées, 92% avaient acheté des livres pour enfants. 86% des acheteurs étaient essentiellement des parents d’élèves dans des écoles privées (y compris écoles internationales). Les libraires ont également mentionné que les parents se soucient généralement peu du contenu ou la qualité de l’ouvrage, car leur sélection est basée sur le prix et la taille de la publication (nombre de pages).

Perspectives et scénarios

Notre étude suggère plusieurs scénarios pour encourager à améliorer le niveau de lecture chez les enfants. L’objectif du scénario principal est d’offrir davantage de possibilités pour les enfants de lire au sein et en dehors de l’école ainsi qu’un large éventail de livres en termes de difficulté et de contenu (objet, fiction / non-fiction, etc.). Comme dit précédemment, on trouve soit des ressources « trop simples » visant le pré scolaire et qui portent sur l’apprentissage des lettres, soit des livres qui se focalisent sur le contenu des histoires (contes) mais pas sur la lisibilité des textes. Ces ouvrages visent les lecteurs sachant déjà lire avec facilité et ayant un minimum de vocabulaire.

Pour la réalisation de ce scénario le Ministère de la Culture et le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle pourraient travailler ensemble pour accroître l’offre de matériels supplémentaires de la lecture. Cela pourrait prendre la forme d’ateliers d’écriture pour apprendre aux auteurs et éditeurs à écrire des livres plus adaptés au niveau des lecteurs débutants.

Ensuite, on peut envisager plus de coins lecture en classe ou dans les bibliothèques des écoles avec une liberté pour les enfants de choisir des livres qui les intéressent et la possibilité de les emprunter à la maison. Avec 17 millions de Dirhams par an et avec un prix unitaire de 10 dirhams par livre, il serait possible de doter chaque enfant de la 1ère à la 3ème année du primaire public d’un livre en arabe, en plus des manuels officiels. L’idée est d’introduire une rotation dans l’utilisation des ouvrages.

Cela pourrait générer des gains substantiels en termes de compétences de lecture et encourager la culture de la lecture mais poserait inévitablement des défis en termes de gestion de la commande publique et de gestion des ressources dans les écoles. Il resterait aussi à formaliser le processus de sélection/vérification des ressources en lecture destinées aux écoles, afin de s’assurer de leur qualité et pertinence au regard des orientations pédagogiques données.

Mesures prévues par le Conseil Supérieur de l’Enseignement

La vision stratégique de la réforme 2015-2030 du CSEFRS (Conseil Supérieur de l’Education de la Formation et de la Recherche Scientifique) au Maroc, s’appuie sur trois importants fondements qui sont l’équité et garantir l’égalité des chances entre les élèves, garantir la qualité d’enseignement et intégration de l’apprenant dans le tissu économique et social. Ces trois fondements passent par l’activation de 23 leviers clairement identifiés et détaillés dans son rapport.

Conscient du fait que le principal dysfonctionnement de l’école réside au niveau de la qualité de ses prestations et de son rendement, le CSEFRS accorde une place de choix à la maîtrise des langues. Le Conseil recommande une nouvelle architecture linguistique fondée sur le plurilinguisme et l’alternance des langues. Plusieurs mesures d’accompagnement sont requises pour mettre en œuvre cette architecture :

  • L’élargissement du réseau des bibliothèques et des centres de ressources au niveau local et régional et leur connexion aux établissements et centres d’éducation, de formation et d’information, ainsi que le renforcement des ressources humaines en cadres spécialisés dans la documentation et l’animation pédagogique et culturelle,
  • La réhabilitation des bibliothèques scolaires et des médiathèques en leur fournissant les ressources adaptées aux apprenants de différents âges et niveaux et aux différents acteurs,
  • la dotation des établissements en bibliothèques scolaires et en médiathèques, en équipements, matériels didactiques nécessaires pour encourager la lecture, l’expression et la créativité par l’écrit.

Défis à relever

D’après les informations disponibles, dans de nombreuses écoles primaires publiques qui disposent de bibliothèques scolaires, celles-ci sont non fonctionnelles ou fermées, ou il y a peu des livres en termes de quantité et de qualité. Cela est dû à l’absence de personnes spécialisées capable de gérer efficacement ces bibliothèques, à la transformation des bibliothèques scolaires en classes de cours à cause du surpeuplement excessif et la non-attribution au niveau des délégations d’un budget bien déterminé annuellement pour cet aspect.

L’approvisionnement de ces bibliothèques et coins de lecture se base encore sur l’initiative des associations de parents d’élèves, élèves et enseignants, ce qui est susceptible de creuser encore plus les inégalités. Les enseignants se plaignent de l’absence de séances réservées à la lecture libre dans le programme officie, malgré les efforts et les initiatives individuelles de certains enseignants qui utilisent les coins de lecture pour encourager et améliorer la lecture chez leurs élèves. L’absence des filières spécialisées au sein des institutions universitaires dans le domaine de la science des bibliothèques et des informations constitue également un frein, malgré l’existence de l’ESI (Ecole des Sciences de l’Information) spécialisée dans ce domaine à Rabat.

L’ESI est un établissement d’enseignement supérieur public ne relevant pas des universités. C’est l’unique établissement de formation et de recherche dans les domaines de la gestion de l’information, de la connaissance et du contenu au Maroc. Depuis sa création décembre 1975, l’ESI a délivré 2600 diplômes d’Informatiste (Bac+4) et 300 diplômes d’Informatiste Spécialisé (2 ans de formation ouverte aux licenciés ou équivalent ayant au moins 3 ans d’expérience). Il existe une filière Bibliothéconomie et Documentation mais la plupart des diplômés semblent s’orienter vers d’autres métiers que bibliothécaires, notamment dans le conseil et la gestion de données. L’ESI a réalisé pour le Ministère de la Culture un guide pour la gestion des bibliothèques publiques.

En attendant que les orientations prises par le CSE se transforment en actions concrètes, ce qui suppose les structures et budgets adéquats, il est également possible à chacun d’agir. On notera d’ailleurs que plusieurs institutions parapubliques et privées contribuent à l’achat des manuels scolaires officiels à travers l’Opération Un Million de cartables.

L’apport de la société civile

Pour les matériels supplémentaires la société civile a pris un certain nombre d’initiatives que nous présentons ici (sans être exhaustif bien sûr) :

La Fondation Banque Populaire est née en 1984. Une demande de citoyens se retrouve d’ailleurs à l’origine de sa création, celle d’un groupe de MRE aspirant à faire étudier leurs enfants au Maroc dans une école conçue spécialement pour eux. Le Groupe Banque Populaire institua la Fondation Banque Populaire (FBP) avec pour mission d’œuvrer, à Agadir et Tanger. Elle dispose de 7 camions qui sillonnent le Maroc pour servir de bibliothèques locales et distribuer des livres pour enfants.

– Le RLM (Réseau de la lecture au Maroc), une ONG récemment créée, est un collectif d’associations qui milite pour enraciner et promouvoir le livre et la lecture dans la vie courante des Marocains. Pour sa présidente du RLM, Rachida Roky, enseignante à la Faculté des Sciences Université Hassan II Casablanca, la question primordiale se trouverait plutôt dans l’animation permanente autour du livre et de la lecture pour inciter les jeunes à lire.

Photo d’une séance de lecture des enfants dans un jardin public :

Séance lecture

A travers de nombreuses initiatives, le RLM s’est fait connaître par des manifestations spectaculaires avec organisation de séances de lecture dans des espaces publiques, jardins, campus universitaire, les camps d’été, par des activités régulières de rencontres avec des auteurs, par l’organisation des caravanes pour la lecture, ainsi que par l’organisation des colloques nationaux et d’ateliers sur la lecture et le livre.

29 janvier 2015

L’enseignement de la lecture en arabe au Maroc

Filed under: Uncategorized — Étiquettes : , , , , , , , , — education_south @ 19 h 59 min

Par Youssef El HAJI, chargé d’études statistiques à Varlyproject.

L’importance de l’apprentissage précoce de la lecture n’est plus à démontrer. Les capacités de lecture de l’enfant conditionnent sa réussite scolaire, voir même professionnelle ultérieure. De nombreux travaux de recherche récents se sont penchés sur les méthodes d’enseignement de la lecture en fonction de chaque langue. Au cours de l’année 2014, la société Varlyproject a eu l’occasion de réaliser des études sur la lecture en arabe au Maroc avec la société américaine RTI International et l’Université marocaine Al-Akhawayn pour le compte de l’USAID et du MENFP. Ce billet est l’occasion de faire un point sur les questions de lecture en arabe au Maroc.

La problématique de la lecture dans les pays arabes Le succès en lecture représente le premier levier qui assure la réussite scolaire. Au niveau international, l’enquête « PIRLS 2011» qui a visé un groupe de pays comprenant entre autres des pays Arabes, fournit des éléments d’information essentiels. Les pays arabes ont des scores de lecture relativement faibles. A titre d’exemple, le Maroc obtient le score le plus faible parmi les pays arabes (310 contre une moyenne internationale fixée à 500) et ce score baisse dans le temps. Le Qatar, malgré un revenu par habitant parmi les plus élevés au monde, n’obtient qu’un score de 425, tout en notant une progression importante des élèves dans le temps. Il y a donc dans le monde arabe des difficultés dans l’enseignement de la lecture.  Premièrement, la langue d’enseignement est l’arabe classique qui est différente dans la majorité des cas de l’arabe dialectal parlé par l’élève chez lui. L’arabe classique a ses propres particularités (suffixes, préfixes et contexte du mot dans la phrase, vocabulaire riche et varié) qui la distingue des autres langues. Par conséquent, les élèves ont tendance à réagir plus lentement à la lecture des textes arabes comparativement à l’anglais.

Les difficultés d’apprentissage de la lecture propres à la langue arabe D’une manière générale, la lecture dans la langue arabe présente des difficultés sur le plan lexical et grammatical. Il s’agit d’un exercice complexe à plusieurs niveaux. Ces questions ont fait l’objet d’un atelier international en décembre 2013 à Rabat. Les travaux de Helen Boyle et Samah Al Ajjawi pointent cinq défis majeurs pour l’apprentissage de la lecture en arabe : la dysglossie, la vocalisation, la conscience phonémique, la morphologie (racine des mots) et le contexte de la phrase. Helen Abadzi est une psychologue et professeur à l’université de Texas, arabophone et qui consacre ses recherches aux questions de lecture dans les pays en développement. Selon cette experte, plus concrètement, l’identification des lettres arabes dans un mot n’est pas toujours évidente. Une erreur d’interprétation d’un point au niveau d’une lettre risque de changer le sens du mot. Illustration de l’impact du point dans le sens des mots figure2 Au départ, l’élève essaye de déchiffrer les lettres, puis il doit prévoir les voyelles courtes. Enfin, il doit déterminer le sens. Sur le plan pédagogique, les manuels scolaires arabes négligent parfois les voyelles qui s’écrivent en langue arabe avec des signes au dessus ou en dessous des lettres et qu’on appelle des Tashkil. Lorsque l’enfant lit des textes non scolaires (presse, livres), la langue arabe utilisée n’indique plus les voyelles.

Cela impacte la prononciation et ralentit la compréhension du mot. Ainsi, l’absence de voyelles constitue  un défi supplémentaire qui va retarder le décodage de la lettre (comme l’illustre l’image extraite d’un manuel ci-dessous où les voyelles sont absentes). Un autre problème se pose au niveau de la police des caractères et du style calligraphique utilisés dans les manuels qui complique la liaison entre les lettres. La forme des lettres est difficile à lire pour ceux qui manquent l’experience car la calligraphie de la langue arabe est riche et variée.  Dans l’exemple qui suit, les parties des lettres ne se lèvent pas beaucoup, les lettres sont trop petites.  Illustration de l’absence des voyelles dans un manuel scolaire figure3

Les formes tres compliquées sont ambigües, mais généralement la non-linéarité du mot (certaines lettres sont au dessus les une des autres) présente des formes qui ne sont pas toujours identifiables par les enfants et qui ne sont pas enseignées.

Illustration de la non-linéarité du mot dans la langue arabe

figure4

Les méthodes efficaces d’enseignement qui permettent de surmonter ces difficultés

La recherche neurocognitive a permis d’identifier des problèmes de lecture de manière précise et clinique. En effet, « la psychologie cognitive » et la neuroscience ont essayé de mesurer les variables fondamentaux ayant un impact sur le niveau linguistique et débouchent sur des propositions opérationnelles. Afin de faciliter l’enseignement de la lecture, Helen Abadzi est intervenue lors du « Sommet mondial de l’innovation dans l’éducation à Qatar » (WISE) à travers un ensemble de méthodes élaborées. Selon elle, premièrement, le vocabulaire et la grammaire de l’arabe standard doivent être enseignés dès la première année par le biais de leçons simplifiées et directes. Durant la séance, l’écriture des lettres doit être assez grande en gardant un espace entre les caractères. Au niveau du manuel scolaire du primaire, les voyelles devront être présentes dans tous les textes afin de faciliter la lecture et la compréhension du mot. Il faut aussi consacrer du temps pour enseigner efficacement l’orthographe afin d’identifier rapidement les mots par la suite. Pour l’apprentissage de la grammaire, il est valable d’apprendre des conjugaisons sans beaucoup de terminologie et aussi apprendre à les utiliser dans un texte. L’élève doit aussi avoir la possibilité de réagir pendant le cours afin que l’enseignant puisse déterminer son niveau linguistique et adapter son enseignement en conséquence. Selon H. Boyle, la pratique quotidienne de la lecture, l’exposition précoce à l’arabe standard et la lecture encadrée par la mère (ou dans le préscolaire) permettent d’obtenir des résultats. Ensuite, on peut encourager l’élève à lire individuellement les textes à haute voix. La pratique quotidienne va lui permettre de lire couramment et sans effort. La conscience phonémique (la relation mots-sons ou graphèmes-phonèmes) doit s’acquérir dès la première année du primaire à travers son apprentissage explicite et séquencé en fonction de la difficulté des lettres-sons. C’est une compétence essentielle nécessaire à l’acquisition du décodage qui a tendance à être quelque peu négligée à en croire les évaluations menées au Maroc et en Jordanie. Les différentes réformes pédagogiques menées de part le monde ont eu tendance à négliger ces aspects de la lecture. De plus, les problèmes de temps scolaire et le traitement des questions de  lecture comme partie intégrante de l’enseignement de la langue arabe (sans forcément être un sujet d’enseignement en soi) grèvent les résultats des élèves.

Qu’en est-il au Maroc ?

Quelle est la situation de l’enseignement de la lecture au Maroc ? En quoi ces recherches peuvent être utiles ? Au Maroc, afin d’appuyer le MENFP (Ministère de l’Education et de la Formation Professionnelle) pour l’élaboration de sa stratégie de réforme, l’USAID/Maroc (United States Agency for International Development) a financé trois études sur la lecture. Celles-ci ont été gérées par RTI (Research Triangle Institute International), le bureau d’études VARLYPROJECT et l’Université Al Akhawayn. Les études ont été réalisées en un temps record (trois mois) avec un traitement rigoureux des thèmes suivants : analyse du curriculum et de des manuels scolaires, analyse de la formation initiale des enseignants et des perceptions et pratiques des enseignants en classe (dans les régions de Rabat et Marrakech). Les élèves ayant des difficultés en lecture à la limite de la 3ème année auront des difficultés certaines pour se rattraper. D’où l’intérêt de faire un diagnostic très pointu dès les premières années du primaire afin d’intervenir au niveau des manuels qui représentent le premier support pédagogique de l’élève et le support didactique préféré des enseignants.

Les méthodes d’enseignement de la lecture au niveau des programmes scolaires et manuels Les élèves ont besoin d’être assistés pour devenir des lecteurs actifs et efficaces. Ils ont besoin d’instructions claires et précises afin d’orienter leurs compétences de compréhension. La lecture ne s’apprend pas seule, il est important de le rappeler. Etant donné le peu de livres disponibles dans certains foyers, le manuel scolaire est le principal matériel de lecture auquel l’élève est exposé. L’analyse a relevé le besoin d’améliorer la qualité pédagogique (notamment la nature du vocabulaire utilisé) ainsi que la présentation des manuels scolaires marocains (notamment le choix des illustrations, la qualité d’impression, la diversité des couleurs et la densité de mots par page). Sur le plan du contenu, la conscience phonémique, l’identification des lettres er la lecture des syllabes ne sont pas abordées de manière suffisante avant d’aborder des tâches plus complexes telles que la lecture de phrases et la compréhension. Les unités minimales de la grammaire sont une partie intégrante du vocabulaire et doivent être enseignées dans leurs contextes sémantiques et fonctionnels afin que l‘élève développe ses capacités de lecture.

Les méthodes d’enseignement de la lecture au niveau de la formation des enseignants Les professeurs en formation sont issus de filières universitaires diversifiées qui n’ont pas toujours une relation directe avec les disciplines enseignées. La formation qualifiante au niveau des centres de formation (CRMEF) est relativement courte (1 an). A ce stade, il faut se poser la question de l’efficacité du programme officiel de  formation initiale des professeurs du primaire (cours théoriques et pratiques). En effet, le programme de formation doit tenir compte des nouvelles connaissances concernant la façon dont les élèves apprennent à lire l’arabe. Dans le contexte marocain, l’apprentissage direct et explicite de la lecture n’est pas suffisamment sujet d’enseignement théorique dans les cours de formation initiale. Par contre la lecture devient un sujet important dans les étapes pratiques quand il s’agit de donner des leçons sur la lecture. Il faut souligner qu’il y a un manque de cadre méthodologique global basé sur les meilleures méthodes d’enseignement. De plus l’intersection entre le coté théorique et pratique est à améliorer. Les études recommandent davantage de formation collaborative et de co-formation.

Les pratiques en classe 

Il faut aussi cerner les perceptions des enseignants afin de suivre leur développement professionnel, perceptions qui varient selon la filière d’étude originale et qui évoluent avec l’ancienneté. Certains enseignants n’ont pas un sentiment d’auto-efficacité par rapport à leur métier en général, ce qui affecte négativement l’enseignement de la lecture aux élèves. Les études montrent également le peu de travail individuel ou en groupes avec les élèves (quelque soit la taille de classe) et le manque de mesures de remédiation. Les enseignants sont peu formés en matière de gestion des classes multigrades et les formations continues ont peu touché spécifiquement la lecture. Les enseignants sont contraints de s’adapter à l’environnement sociolinguistique et aux matériels d’enseignement qui s’avèrent trop difficiles en particulier pour les élèves qui n’ont pas suivi le préscolaire.

Les évolutions à apporter aux pratiques actuelles dans le contexte marocain Afin d’assurer un enseignement de lecture adéquat en arabe, un ensemble de recommandations ont été formulées par des responsables éducatifs, des enseignants, inspecteurs et représentants de la société civile lors d’ateliers régionaux qui ont eu lieu les 29 et 31 octobre 2014. En ce qui concerne le manuel scolaire, il doit être attractif et adapté à la tranche d’âge des élèves et doit prendre en compte les disparités individuelles. Ce dernier doit être complété par des supports multimédias audiovisuels et numériques pour faciliter l’apprentissage de la lecture. Afin d’améliorer efficacement le niveau des élèves, le choix du manuel doit se faire librement par les enseignants sans intervention de toute autre partie. Enfin, la production du manuel scolaire nécessite la collaboration de l’expert en didactique, du pédagogue, de l’artiste, du psychologue et du sociologue au-delà de toute dimension commerciale. Il serait aussi intéressant de créer par la suite des laboratoires régionaux destinés à la mise en œuvre du curriculum et des programmes scolaires en tenant compte des particularités régionales. Au niveau de la formation de base de l’enseignant, il faut chercher à développer chez lui la capacité de sélectionner les moyens didactiques adaptés. Ce dernier doit prendre en considération la manière dont l’apprenant reçoit et traite l’information. Il doit aussi adopter des activités de lecture basées sur l’acquisition du savoir à l’instar des jeux de lecture et des chansons. Il serait aussi judicieux d’étaler la durée de la formation de base sur deux ans vu qu’une seule année. Enfin, pour les perceptions des professeurs et leurs pratiques en classe, il faut penser à changer les perceptions des enseignants à l’égard du métier et de l’école. Celles-ci ayant un impact sur leur engagement peuvent contribuer à un meilleur apprentissage de la lecture aux élèves. Il est aussi intéressant d’assurer un enseignement préscolaire en procédant à l’institutionnalisation systématique de cette phase considérée constructive et efficace par de nombreux travaux de recherche. Il faut aussi ajouter que l’approche mixte adoptée actuellement n’est pas la seule consacrée à l’enseignement de la lecture qui puisse être efficacement mise en oeuvre. Un autre point important est la pluralité linguistique qu’il faut intégrer dans les contraintes que l’enseignant doit affronter.

La culture de la lecture  Afin de traiter les thèmes du manuel scolaire et la culture de la lecture, l’ONG Le Réseau de la lecture au Maroc a organisé le 27 septembre 2014 une conférence à l’Académie d’éducation nationale de Casablanca. Plusieurs interventions ont fait part de critiques et de solutions complémentaires émanant principalement de la société civile. 2014-09-27 15.58.42 Selon les participants à cette journée : Pour développer le désir de la lecture, il est important d’intégrer la bibliothèque dans l’école primaire qui doit être en mesure de répondre aux intérêts des élèves. Cette dernière doit être accessible sur le plan interne et externe. L’école primaire a un rôle fondamental dans l’enseignement de la lecture. Celle-ci doit assumer cette responsabilité en offrant aux élèves le climat favorable pour développer cette activité. Au niveau du manuel scolaire, ce support pédagogique doit contenir au maximum des textes écrits par des auteurs marocains spécialisés. Les textes intégrés doivent être obligatoirement clairs, précis et toucher directement la culture. Il est important d’introduire les thèmes qui attirent l’attention de l’élève dès son jeune âge pour l’adapter à la culture de la lecture.

Pour aller plus loin : L’ensemble des rapports sur la lecture en arabe, français et anglais ainsi que différents documents sont disponibles ici. Les présentations d’un atelier international sur la lecture à Rabat (décembre 2013) sont disponibles ici. Les vidéos des interventions d’Helen Abadzi à WISE : http://www.wise-qatar.org/program/2014-wise-summit-program/session/debate-cognitive-science https://www.youtube.com/watch?v=4g8zZMfWNIY

Disclaimer : Ce billet n’engage pas la responsabilité des personnes et organisation citées. Photo : Youssef EL HAJI

13 mars 2015

L’école tunisienne apprend-elle encore à lire?

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A la suite de notre article sur l’apprentissage de la lecture en arabe au Maroc, Chadia Mhirsi, ex-Inspectrice Générale de l’éducation, nous fait part de ses analyses sur la situation tunisienne.

Par Chadia Mhirsi L’importance de l’apprentissage de la lecture La compétence de lecture est un facteur d’émancipation qui permet aux citoyens d’être autonomes et d’avoir la possibilité de contribuer plus efficacement au développement de leur pays. Aujourd’hui, plus que jamais, la compétence de lecture est une priorité, d’autant que le développement des TICS nécessite la maîtrise d’une grande variété d’écrits et de supports ainsi que le développement de compétences de sélection, de hiérarchisation, d’analyse et de synthèse. D’après une étude récente de l’ALECSO, les pays arabes souffrent d’un fort taux d’analphabétisme, 30% en moyenne, sachant que le taux mondial est de 18% actuellement. Une école qui ne permet pas à tous ses élèves d’apprendre à lire se doit de s’interroger sur ses programmes, son fonctionnement et ses résultats. En Tunisie, nous avons pu constater par des données chiffrées, un échec massif des élèves en matière de lecture. D’après la dernière session de l’enquête internationale PISA, plus de 50% des élèves tunisiens n’ont pas acquis le seuil de compétences nécessaires à la compréhension de l’écrit, ce qui correspond à un retard de trois ans d’études par rapport à la moyenne de l’OCDE. S’agissant d’élèves de 15-16 ans qui sont en général à la fin de l’enseignement obligatoire, il y a lieu de s’inquiéter face à ces résultats. Les examens nationaux confirment le même phénomène, ce qui explique sans doute l’incapacité d’un nombre important d’élèves à se maintenir dans le système éducatif. Ainsi, en 7ème année de Base, les taux de redoublement et de décrochage scolaire sont alarmants : en 2012, seuls 62,8% des élèves passent en 8e année, 22,8% redoublent et 14,4% quittent l’école. Ces données révèlent en outre une aggravation de la situation par rapport à l’année dernière.

Nos programmes sont-ils encore d’actualité ? En vue de trouver des explications et des pistes d’amélioration face à ce qu’il faut bien appeler « la problématique de la lecture », il faudrait examiner la méthode d’apprentissage qui est pratiquée au primaire et qui est préconisée par les textes officiels. Dans les programmes officiels, la lecture à haute voix du maître (ou lecture magistrale) est formellement déconseillée au deuxième cycle du primaire (3ème et 4ème années). Pas un mot sur les difficultés d’apprentissage dans les programmes du 3ème cycle (5ème et  6ème années). En 6ème année on ambitionne même d’apprendre aux élèves « la lecture rapide/ experte » alors même que beaucoup d’entre eux ont des difficultés de déchiffrage et de compréhension. Les choix méthodologiques en matière de lecture ne sont pas très différents pour l’arabe et le français. Rien ou presque n’est fait pour aider l’élève en difficulté. Privilégiant la perception visuelle, on fait simplement l’impasse sur la lecture à haute voix et ses multiples avantages (Mhirsi Chedia, La lecture à haute voix, 2006). Seule la lecture silencieuse est recommandée, la lecture à haute voix étant souvent considérée comme inutile, « Kiraa majania. Certains enseignants ont eux-mêmes désappris à lire à haute voix. Un tour d’horizon des différentes expériences de par le monde permet de constater que nos références en matière d’apprentissage de la lecture en vigueur en Tunisie sont dépassées : il s’apparente en fait à une méthode qui avait suscité un certain engouement dans les années 80 dans les cercles de formation continue mais qui a très vite montré ses limites en matière d’apprentissage de la lecture. Elle se réfère en effet à l’activité du lecteur expert qui appréhende le mot ou la phrase comme des images et qui procède à la reconnaissance automatique des mots ou de groupes de mots pour lire avec une certaine vitesse.

Photo Manuel Tunisie 1

Extrait du manuel tunisien 1ère année

Ainsi, les inspecteurs et les formateurs ont survalorisé une pratique lettrée et précoce de la lecture qui est loin des capacités réelles de l’élève. L’importance de l’enseignement des procédures de déchiffrage des mots a été largement sous-estimée: les recherches actuelles montrent que l’intervention explicite de l’adulte est nécessaire pour préserver l’accès au sens et l’intérêt de l’élève en phase d’apprentissage, soulignant par ailleurs que les élèves qui réussissent le mieux sont ceux qui ont bénéficié aussi de l’accompagnement de leurs parents lors de l’apprentissage de la lecture. Abandonnés à leur sort, les élèves qui ne bénéficient pas d’un soutien familial vivent une situation préoccupante qui se met en place dès les apprentissages premiers. En effet, dans les guides méthodologiques, y compris celui de 4e année, l’approche du texte commence par des hypothèses de lecture suivies d’une lecture silencieuse. Aucune mention de la lecture magistrale pour les textes d’apprentissage (p 34). L’acte de lire ne fait pas sens à leurs yeux. D’où une démobilisation croissante qui explique sans doute le décrochage scolaire.

Le manuel de 1ère année Il y a un seul manuel officiel au programme en 1ère année, accompagné d’un cahier d’exercices, donc une seule méthode. Helen Abadzi souligne que le manuel de la première année n’aide pas les élèves à lire. Il commence avec une chanson. La chanson commence avec le mot soulahfetoun, que les enfants tunisiens n’utilisent pas.  Les pages prochaines se focalisent sur certains lettres, mais le texte se base sur l’hypothèse que les enfants savent déjà non seulement lire, mais connaissent aussi la grammaire et le vocabulaire. Le livre part du principe que la plupart des enfants ont fréquenté le pré scolaire. Dans la pratique, ce sont les ménages les plus aisés qui peuvent y envoyer leurs enfants. Les plus pauvres peuvent savoir nommer les lettres mais pas des sons. L’utilisation de la langue arabe classique pose des difficultés aux enfants, parce qu’ils ne la comprennent pas beaucoup. Il est possible de simplifier la typographie mais aussi de rendre la langue plus adaptée au contexte tunisien.

Extrait d'une histoire assorties de questions de compréhension)

Extrait d’une histoire assortie de questions de compréhension)

La lecture de l’enseignant(e), pour quoi faire ?

Actuellement nos enfants sont privés d’un accompagnement dans la découverte du sens. Or, la lecture de l’enseignant(e), joue un rôle fondamental dans l’apprentissage de la lecture. La lecture à haute voix faite par l’enseignant constitue un moyen de mobiliser l’attention des élèves et de les fédérer autour d’un projet de lecture. Le maître joue ainsi le rôle du chef d’orchestre qui signe le début d’une partition, d’un vécu partagé. Pour mesurer l’importance du rôle du chef d’orchestre, imaginons un seul instant des apprentis-instrumentistes qui, la partition sous les yeux, commencent à jouer chacun de son côté et la cacophonie qui peut en résulter ! La lecture magistrale représente également un moment privilégié dans le vécu de la classe, qui partage une découverte et des émotions souvent intenses, s’assurant ainsi une mémoire et une culture communes. L’élève n’est plus seul face à un texte inconnu, il se sent en quelque sorte porté par l’ensemble du groupe-classe, en communion avec les autres. La lecture du maître dédramatise l’acte de lire, elle incite l’élève à lire tout seul et à aller de l’avant dans le cadre d’une lecture silencieuse, sans compter qu’elle prévient les erreurs de prononciation et aide à faire face aux mots nouveaux. En lisant, l’enseignant fait ressortir la tonalité et la progression du texte, ce qui donne à l’élève la possibilité d’accéder à un premier niveau de compréhension. Les variations de son intonation éclairent l’élève et le renseignent sur des composantes du texte, le suspense, par exemple. Elles facilitent l’identification des personnages et des particularités syntaxiques ou rythmiques. Comme on peut le constater, la lecture magistrale prépare la lecture silencieuse. Elle favorise la mémorisation d’éléments significatifs du texte qui seront réactivés lors de la lecture silencieuse et employés pour une compréhension plus fine, plus approfondie. Suivie d’un bref échange, la lecture magistrale stimule l’intérêt des élèves et facilite la construction collective du sens : chacun s’exprime sur le texte et y revient en vue d’un questionnement et d’une compréhension plus approfondis. En somme, il est possible d’affirmer que grâce à la lecture magistrale, on met en place une nouvelle relation au texte ! On aura remarqué aussi qu’elle apprend à écouter et à se familiariser avec le fonctionnement de la langue. Ainsi, l’élève apprendra à mieux lire. A noter que la lecture de l’élève permet la vérification du déchiffrage et de la compréhension globale du texte (discriminations auditives, articulation, respiration, débit, ton…). Cette activité peut aussi être vécue comme un moment de plaisir et de partage. La désaffection que la lecture à haute voix connaît aujourd’hui sous nos cieux explique sans doute en grande partie celle des jeunes pour la lecture en général. S’agissant d’un formidable outil d’apprentissage et d’une compétence essentielle aussi bien pour l’élève que pour l’enseignant, dans la vie scolaire et professionnelle, la lecture à haute voix devrait trouver sa place dans nos pratiques de classes et dans nos instructions méthodologiques. D’où la nécessité d’un apprentissage en vue d’en faire une pratique maîtrisée, pour l’enseignant aussi bien que pour l’élève.

Réagir rapidement

Un examen des programmes est nécessaire pour mettre fin à une situation préoccupante. Bien entendu, les adversaires et les partisans de chaque méthode de lecture n’auront de cesse de défendre leur point de vue mais les chiffres sont là, nous incitant à réagir vite, car nous avons une obligation de résultat. Il est primordial de remettre à l’honneur la méthode syllabique et la lecture à haute voix. Sachant que la lecture est une compétence transversale qui conditionne l’avenir de l’élève, la représentation de la lecture ainsi que sa place parmi les autres activités de la classe devraient être révisées en fonction des finalités de l’apprentissage des langues et des besoins des apprenants en tant que futurs citoyens. De façon générale, la révision des programmes et des instructions officielles est une opération coûteuse que l’Institution répugne à entreprendre dans des délais inférieurs à dix ans. En fait, c’est ce dispositif figé qui serait à réexaminer afin de créer une dynamique de régulation, impliquant plus de réactivité à la lumière d’objectifs et d’indicateurs déterminés. Mettre en place un plan d’action pour la formation continue à destination des différentes catégories d’intervenants est également indispensable, ce qui devrait aussi permettre de développer la mise en commun de bonnes pratiques en utilisant les TIC (expériences pédagogiques, leçons-témoins en vidéo…) et de réagir avec plus de flexibilité au moyen de documents annexes sachant qu’un programme sera toujours perfectible. Pour assurer à notre système éducatif une certaine efficacité, il ne suffit pas d’apporter une aide ciblée face à des élèves en difficulté, il serait important de reconsidérer nos programmes et nos pratiques. Former et réformer sont deux impératifs si nous voulons que notre école progresse.

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