Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

8 juillet 2016

L’école ennemie de l’enfant

Filed under: Education et conflits, Uncategorized — Étiquettes : , , , , — education_south @ 15 h 17 min

Les «modèles» d’école qui essaiment en Afrique et qui sont financés par la Communauté Internationale peinent à remplir leurs objectifs. Dans ces écoles qui ressemblent souvent à des casernes et où le drapeau est levé chaque jour ou chaque semaine, les enfants apprennent peu.

Les méthodes d’enseignement sont souvent basées sur le recopiage du tableau (faute de manuels scolaires) et les élèves répètent en ânonnant ce que dicte ou lit l’enseignant. Gare à celui qui commet une faute car il sera fouetté comme du bétail à coup de lanière ou de baguette. Les châtiments corporels sont légion et proportionnels aux mauvais résultats scolaires.

Image 3

La part d’élèves incapables de décoder un mot ou à compter jusqu’à 1000 y atteint des sommets. Voilà ce que les deniers publics financent.

L’objectif de ces écoles n’est pas tant d’enseigner la lecture que de former de bons citoyens, respectueux de l’ordre et de la loi, craignant l’autorité et amoureux de la patrie. Cette emphase sur des « valeurs » que n’aurait pas reniées Mussolini, se retrouve dans de nombreux programmes scolaires et est censée être la pierre fondatrice de la nation. Cela va même jusqu’à la lecture des discours du Président, sans aucun intérêt pédagogique et parfaite langue de bois (vu). On glorifie la police et l’armée dans les épreuves d’examens (vu) et on oublie comme a dit Mitterand que «le nationalisme c’est la guerre ».

L’essentiel est de former une masse de travailleurs serviles habitués à arriver à l’heure et à subir de mauvais traitements à l’école, à l’usine, dans les ateliers et dans les ministères. Peu de récompenses pour les élèves qui réussissent et font des efforts, il faut parfois payer pour passer, en espèces ou en nature (les notes sexuellement transmissibles, les NST). Le bâton, sans la carotte ou alors celle de l’enseignant…

Ces écoles ne parviennent pas non plus à unifier une nation, à voir les grandes tensions ethniques qui parcourent certains pays, le diable qui secoue son échine. Faire des ronds autour d’un drapeau ne suffit pas, encore faut-il que le pays soit bien gouverné et fédéré par une élite bien élue, ce qui est rare en Afrique. En réalité, dans bien des cas les pays sont gouvernés par une caste criminelle, fraudeurs et voleurs, trafiquants de drogue internationaux pour certains, condamnés à mort pour d’autres.

C’est un tableau d’écolier bien sombre me direz-vous mais attendez, vous n’avez encore rien vu. Que faut-il espérer de ces prisons de l’esprit, de ces centres de mauvais traitement dans des pays gouvernés par des criminels qui ont du sang sur les mains ?

Prenons le cas du Burundi. Petit pays pauvre, sans ressources naturelles, sans industrie mais petit paradis de collines parsemées d’Eucalyptus. Le kirundi y est parlé par la grande majorité de la population ce qui fait que les enfants apprennent dans leur langue maternelle et ont de bons résultats aux différentes évaluations internationales. Tandis que le Rwanda a fait le plus de progrès au monde ces vingt dernières années, le Burundi stagne dans la misère et la violence politique qui jéopardise toute avancée sociale. Cette violence dégouline sur l’école, rappelons que des enseignants ont massacré les élèves de leurs classes lors des génocides. Bien qu’on n’en soit heureusement pas encore là, la situation actuelle est préoccupante.

La Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) relayée par la Coalition Education nous informe qu’au Burundi des lycéens ont été emprisonnées par le service national de renseignement pour avoir gribouillé le portrait du président dans les manuels scolaires. Oui, vous avez bien lu. Cette dérive Nord coréenne est proprement hallucinante. Par qui ont-ils été dénoncés, leurs propres parents, les enseignants ou la police fouille t-elle les sacs des enfants à la sortie de l’école ? Dans tous les cas, il s’agit d’une dérive grave qui mérite d’être dénoncée. On est loin de l’école sanctuarisée, amie de l’enfant comme le promeut l’UNICEF à travers ses programmes.

Selon l’UNICEF, « le milieu scolaire doit être un refuge pour les enfants où ils apprennent et grandissent, dans le respect inné de leur identité et de leurs besoins divers. Le modèle de l’École amie des enfants promeut à la fois, l’égalité des sexes, la tolérance, la dignité et le développement personnel. » […] « en faisant passer des règlements qui interdisent le châtiment corporel ».

Ce type d’école devrait être la norme et non l’exception. Pourtant, les écoles casernes, un modèle hérité de la fin du XIXème siècle, reste le seul promu par les financements internationaux. Le Partenariat Mondial pour l’Education n’a aucun fonds pour les innovations et nous vend chaque semaine des « success stories » et des projets pilote qui n’ont rien de révolutionnaires. Les pédagogies alternatives de type Freinet, Montessori ne sont jamais citées. Au mieux, on met en avant des écoles peu chères de type communautaire ou encore low-cost, qui reprennent les codes de l’école « classique ».

Est-ce à dire que globalement l’école est l’ennemie de l’enfant ?

L’école sera l’ennemie de l’enfant tant que les dirigeants massacrent, tyrannisent et exploitent leur peuple. Les financements internationaux ne viennent qu’alimenter et soutenir ce système. Il faut voir le quartier résidentiel de Bujumbura où se construisent des villas à faire pâlir d’envie les stars hollywodiennes et même JR de Dallas. Le Burundi est sur la mauvaise pente. Le Président Pierre Nkurunziza, condamné à mort puis amnistié, a été réélu en violant la constitution. Selon certaines sources, il a des difficultés de concentration pendant de longues périodes et croit qu’il a été choisi par Dieu pour gouverner le Burundi, sic.

9abc682236676cdf52cb5d1f7b6a2f6a

Il a été fustigé et moqué par Barack Obama lors d’un discours devant l’Union Africaine (voir à 2’03), qui a rappelé que « the law is the law even for the President». Au Burundi, c’est visiblement la loi du plus fou. Pierre Nkurunziza, l’histoire vous gribouillera.

Voir : https://www.youtube.com/watch?v=EpkQ6HQCbuE

Lire : les châtiments corporels à l’école : http://www.portail-eip.org/SNC/eipafrique/senegal/2010/Chatiment.pdf

Pierre Varly

Une pensée pour mes amis/collègues burundais qui ne peuvent gribouiller un tel article.

29 septembre 2014

Travail des enfants en Bolivie


Par Aïcha SIDI

La situation de travail des enfants en Bolivie peut être dépeinte par l’histoire de Carla ; une jeune fille de sept ans qui vendait toute la journée des cigarettes et des sucreries dans les rues et les bars. Elle avait des amis qui habitaient dans la rue et «sniffaient» chaque jour un tube de colle pour ne pas sentir le froid et la faim. A l’âge de 10 ans, Carla va rencontrer un membre du foyer d’accueil pour fille, la « Casa Kantuta », soutenu par l’UNICEF qui l’aidera à retrouver le chemin de l’école. L’histoire de Carla, bien que datant de l’année 2003 peut être un aperçu de la situation des enfants en Bolivie qui très tôt sont livrés à eux-mêmes.

Le gouvernement bolivien vient récemment d’autoriser le travail des enfants à partie de 10 ans, ce qui contrevient aux conventions internationales. Quel est l’impact potentiel de cette mesure ?
Le travail des enfants en Bolivie est particulièrement important. En effet, en 2008, près de 850 000 enfants travaillent en Bolivie, représentant 25,9% des 5 à 14 ans selon les données l’étude sur les enfants en hors de l’école en 2008 de l’UNICEF. Il va du cirage des chaussures, de la vente de cigarettes ou autres, jusqu’au travail des mines. La mine de Potosi qui été pendant longtemps source de production d’argent est aujourd’hui sinistrée par une pauvreté chronique. Partout, les enfants travaillent, parfois très jeunes, sans grand espoir de s’extraire de ces conditions de vie désastreuses ; rapporte un reportage de France 24.

La carte ci-dessous présente par départements le pourcentage d’enfants de 5 à 14 ans qui travaillent et le nombre d’heures de travail hebdomadaires.

bolivie18Source : Fait par les auteurs à partir des données OOSC 2011 et d-maps pour le fond de carte

Les régions de la paz et de Potosi sont connues pour les exploitations minières où le travail des enfants s’avère dangereux. A Potosi, les enfants travaillent en moyenne 81 heures par semaine, correspondant à plus du double du travail d’un adulte dans la plupart des pays.

En plus de sa prédominance, le travail des enfants en Bolivie se déroule dans des situations difficiles ; il importe de se porter sur les causes de ce phénomène et d’explorer les actions mis en place pour y remédier.

Pour une population vivant dans des conditions précaires, le travail des enfants se trouve être une source de revenu.

La raison majeure qu’évoquent les enfants pour justifier leur travail est le besoin de ressources financières. Pour les enfants sans abris, ce n’est plus un choix mais plutôt une nécessité. Dans les divers témoignages, des enfants qui travaillent veulent aider leurs parents financièrement.

Le travail des enfants serait donc un phénomène qui s’impose aux plus pauvres. Le tableau ci-dessous nous montre le pourcentage de travail des enfants selon les quintiles de richesse.

Tableau1 : Travail des enfants par quintiles de richesses

table1

Source : Fait par les auteurs à partir des données OOSC 2011

Le tableau nous montre que le travail des enfants est prédominant chez les plus pauvres. Plus de 50% des enfants abritant les ménages les plus pauvres travaillent contre 12% des ménages les plus riches.

Le travail des enfants est également plus visible dans le milieu rural (plus de 53%) et modéré dans le milieu urbain (9%). En effet, selon l’ONG Humanium, la Bolivie est l’un des pays les plus pauvres au monde (le plus pauvre d’Amérique Latine) qui connait une situation économique très délicate, en particulier dans les régions rurales. Plus de 60 % des Boliviens vivant dans les zones rurale n’ont pas accès à l’eau potable et plus de 20 % ne disposent pas de toilettes.

Ces conditions des populations seront donc celles qui les poussent à mettre très tôt l’enfant face aux réalités de la vie et à le pousser à ramener des revenus pour participer aux dépenses du ménage et à la survie de la famille.

Fait culturel

En Bolivie, pays de dix millions d’habitants, le travail des enfants est culturellement considéré comme normal, et il existe même un syndicat de jeunes ouvriers créé en 2011, l’Unatsbo, qui milite pour sa régularisation et refuse tout âge légal minimum.

Le pourcentage du travail des enfants dépend aussi du niveau scolaire du chef de famille, lui même bien sûr lié au revenu.

Tableau 2 : Travail des enfants en fonction du niveau d’éducation du chef de ménage

table2

Source : Fait par les auteurs à partir des données OOSC 2011

Plus le chef de famille est avancé au niveau scolaire, moins les enfants travaillent. Toutefois, le travail des enfants n’est pas nul pour les diplômés du supérieur, ce qui montre que malgré le niveau d’études, le travail des enfants reste d’ordre culturel. Le chef de l’Etat Bolivien, Evo Morales lui-même, a commencé à travailler très jeune et soutient que le travail aide à développer la « conscience sociale ».

Un directeur de briqueterie affirme qu’ « il vaut mieux leur inculquer depuis tout petit ce que signifie le travail, ce que signifie les études pour qu’ils prennent conscience de la valeur de qu’ils obtiennent à la sueur de leur front».

Loi autorisant le travail des enfants dès l’âge de 10 ans

C’est dans ce contexte assez propice, que le président bolivien Evo Morales a instauré la Loi autorisant le travail des enfants à partir de l’âge de 10 ans (le 2 Juillet 2014).

Cette loi vise à la fois à améliorer les conditions de travail des enfants mais légalise aussi ce travail en contradiction avec les conventions internationale.

En effet, la Bolivie a adhérer à la convention 138 de l’OIT qui stipule que l’âge minimum légal pour travailler dans les pays en développement est de 14 ans.

Cette loi a été revendiquée par l’Unatsbo qui trouve l’âge légal de travail trop avancé. Selon eux, elle est comme pour en « finir avec l’hypocrisie » et décrire la réalité qui semblerait être la même au Brésil, en Argentine, au Pérou et aux Etat unis.

Les spécificité culturelles nationales ont donc primé sur le droit international, ce qui peut créer un dangereux précédent. En effet, dans les pays où le travail des enfants est peu encadré, l’abaissement de l’âge légal du travail peut avoir des conséquences catastrophiques et légitimer des pratiques qui contreviennent aux droits humains et au principe de scolarisation universielle.

Impact négatif sur les enfants

Le travail des enfants avec un nombre élevé d’heures de travail a surement un impact négatif sur la scolarisation des enfants. Il est clair que la loi visant à autoriser le travail des enfants dès l’âge de 10 ans constitue une entrave à l’atteinte des objectifs du millénaires, l’éducation pour tous.

L’adoption de la dite loi irait dans le sens de l’éradication de la pauvreté extrème qui est le premier pillier de l’agenda patriotique 2025. Cependant, est-il possible de percevoir une réduction de pauvreté sans éducation quand on sait qu’une année d’éducation supplémentaire est associée à un plus grand revenu individuel et collectif (au niveau macro) ? Où l’enfant de 10 ans est-il capable de joindre éducation et travail ? Ce n’est pas l’avis des ONG telles que Anti-Slavery International (contre l’esclavage) et Human Rights Watch qui pensent que cette loi pourrait produire des effets contraires. Il n’est pas possible d’aller à l’école lorsque l’on travaille 80 heures par semaine comme c’est le cas dans la région de Potosi.

Aussi, le travail des enfants dans des zones dangereuses réduisent la durée de vie de la population qui a la plus basse espérance de vie de la sous région (65 ans selon la Banque mondiale), notamment dans les mines où le travail s’avère plus rude. D’après une étude de l’UNICEF, l’espérance de de vie des enfants travaillant dans les mines ne dépasse pas 40 ans surement à cause des condition de travail insalubre, techniques rudimentaires, et l’exposition aux maladies pulmonaires.

Dans cette situation de non valorisation de l’enfance, il serait préférable de lutter contre le travail des enfants en leur apportant de l’aide comme en a bénéficié Carla plus haut. Cette action est plutôt menée par les organismes internationaux et les ONGs sur place.

Démarches entreprises sur place et propositions de solutions

L’organisation Internationale du Travail affiche sa préoccupation par rapport à la nouvelle loi qui va à l’encontre des actions antérieures du gouvernement visant à réduire le travail des enfants et les pires formes de travail. Elle affirme vouloir soutenir les « efforts des autorités boliviennes, des organisations de travailleurs et d’employeurs et de la société civile dans son ensemble, qui visent à éliminer le travail des enfants et à promouvoir le travail décent pour les adultes. »

L’Unicef intervient également dans le parrainage des enfants en les aidant à retrouver le chemin de l’école. Elle a secouru plus de 90 enfants du travail des mines, chiffre modique en rapport avec l’importance du phénomène.

Plusieurs ONGs, dont SOS enfants et Enfants de Bolivie œuvrent pour la réinsertion des enfants dans l’éducation et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Il serait préférable que l’Etat Bolivien s’oriente dans ce sens…

4 avril 2011

Etudier en plein conflit, un étudiant raconte

Filed under: Education et conflits, Uncategorized — education_south @ 18 h 10 min

H., étudiant en école d’ingénieurs, nous raconte sa vie quotidienne à Abidjan.

Etudier en période de crise socio-politiquede conflit ou de guerre est non seulement un défi ardu mais aussi une aventure périlleuse. Depuis les élections présidentielles de décembre 2010, la Côte d’Ivoire traverse une période sombre de son histoire marquée par de graves troubles socio-politiques.

Dans le but d’éviter une année blanche (sans cours), mon Ecole revoit les horaires des cours. Autrefois prévus de 7h 45 à 12h, les cours matinaux commencent désormais à 8h 30 et prennent fin à 12h 45. Ce réaménagement devrait permettre aux responsables de l’Ecole de se faire une idée du climat socio-politique qui prévaut dans la ville avant de demander aux élèves de venir au cours. Quant aux cours de l’après-midi qui se déroulaient initialement entre 13h 30 et 17h 30, ils débutent maintenant à 14h et se terminent à 16h GMT. L’idée est de permettre aux étudiants de s’approvisionner en vivres le plus tôt possible afin de limiter au maximum les sorties nocturnes pouvant s’avérer suicidaires. Il convient de souligner au passage que lorsque l’Ecole estime que la situation socio-politique est inquiétante, elle mobilise ses cars pour assurer le transport des élèves.

Après ce détour par la façon dont l’Ecole s’organise pour dispenser les cours dans cette période de crise post-électorale, voyons comment, au niveau individuel ou collectif, les élèves s’organisent pour étudier. Compte tenu de la conjoncture, nous sommes psychologiquement affaiblis. De fait, il nous est difficile voire impossible de nous concentrer sur les études face à un avenir compromis et hypothétique. Les tirs à l’arme lourde, les crépitements de fusils, les détonations assourdissantes d’obus sont autant d’éléments qui cassent le moral et inhibent l’apprentissage. Pour preuve, dans la nuit du jeudi au vendredi 1er avril, les combats ont été rudes au point qu’on se demandait si on pourrait assister au lever du jour. Dans cet état de psychose provoqué par un flirt permanent avec la mort, qui peut penser ne serait-ce qu’une seconde aux études ? Cela étant, nous n’arrivons pas à étudier jusqu’alors parce que le moral est bas. De temps à autre, nous suivons des films d’humour ou nous nous connectons à Internet, histoire de nous relaxer et de nous déstresser.  Cependant, dès qu’un calme apparent revient, nous reprenons courage et nous nous organisons pour travailler soit individuellement soit en groupe. Nous estimons que dans des périodes de troubles, un travail en groupe motive plus qu’un programme d’apprentissage individuel.

En fait, les élèves sont disposés à étudier mais ils ont besoin, tout comme l’investisseur, d’un signal, d’une garantie qu’il y aura une stabilité socio-politique.

H.

28 février 2011

One Laptop per Child en Afghanistan

Filed under: Education et conflits — Étiquettes : , , — education_south @ 19 h 05 min

Un article sur le projet OLPC en Afghanistan.

Sinon voir un rapport sur la situation en Afghanistan et 3 autres pays ici.

Propulsé par WordPress.com.