Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

29 septembre 2014

Travail des enfants en Bolivie


Par Aïcha SIDI

La situation de travail des enfants en Bolivie peut être dépeinte par l’histoire de Carla ; une jeune fille de sept ans qui vendait toute la journée des cigarettes et des sucreries dans les rues et les bars. Elle avait des amis qui habitaient dans la rue et «sniffaient» chaque jour un tube de colle pour ne pas sentir le froid et la faim. A l’âge de 10 ans, Carla va rencontrer un membre du foyer d’accueil pour fille, la « Casa Kantuta », soutenu par l’UNICEF qui l’aidera à retrouver le chemin de l’école. L’histoire de Carla, bien que datant de l’année 2003 peut être un aperçu de la situation des enfants en Bolivie qui très tôt sont livrés à eux-mêmes.

Le gouvernement bolivien vient récemment d’autoriser le travail des enfants à partie de 10 ans, ce qui contrevient aux conventions internationales. Quel est l’impact potentiel de cette mesure ?
Le travail des enfants en Bolivie est particulièrement important. En effet, en 2008, près de 850 000 enfants travaillent en Bolivie, représentant 25,9% des 5 à 14 ans selon les données l’étude sur les enfants en hors de l’école en 2008 de l’UNICEF. Il va du cirage des chaussures, de la vente de cigarettes ou autres, jusqu’au travail des mines. La mine de Potosi qui été pendant longtemps source de production d’argent est aujourd’hui sinistrée par une pauvreté chronique. Partout, les enfants travaillent, parfois très jeunes, sans grand espoir de s’extraire de ces conditions de vie désastreuses ; rapporte un reportage de France 24.

La carte ci-dessous présente par départements le pourcentage d’enfants de 5 à 14 ans qui travaillent et le nombre d’heures de travail hebdomadaires.

bolivie18Source : Fait par les auteurs à partir des données OOSC 2011 et d-maps pour le fond de carte

Les régions de la paz et de Potosi sont connues pour les exploitations minières où le travail des enfants s’avère dangereux. A Potosi, les enfants travaillent en moyenne 81 heures par semaine, correspondant à plus du double du travail d’un adulte dans la plupart des pays.

En plus de sa prédominance, le travail des enfants en Bolivie se déroule dans des situations difficiles ; il importe de se porter sur les causes de ce phénomène et d’explorer les actions mis en place pour y remédier.

Pour une population vivant dans des conditions précaires, le travail des enfants se trouve être une source de revenu.

La raison majeure qu’évoquent les enfants pour justifier leur travail est le besoin de ressources financières. Pour les enfants sans abris, ce n’est plus un choix mais plutôt une nécessité. Dans les divers témoignages, des enfants qui travaillent veulent aider leurs parents financièrement.

Le travail des enfants serait donc un phénomène qui s’impose aux plus pauvres. Le tableau ci-dessous nous montre le pourcentage de travail des enfants selon les quintiles de richesse.

Tableau1 : Travail des enfants par quintiles de richesses

table1

Source : Fait par les auteurs à partir des données OOSC 2011

Le tableau nous montre que le travail des enfants est prédominant chez les plus pauvres. Plus de 50% des enfants abritant les ménages les plus pauvres travaillent contre 12% des ménages les plus riches.

Le travail des enfants est également plus visible dans le milieu rural (plus de 53%) et modéré dans le milieu urbain (9%). En effet, selon l’ONG Humanium, la Bolivie est l’un des pays les plus pauvres au monde (le plus pauvre d’Amérique Latine) qui connait une situation économique très délicate, en particulier dans les régions rurales. Plus de 60 % des Boliviens vivant dans les zones rurale n’ont pas accès à l’eau potable et plus de 20 % ne disposent pas de toilettes.

Ces conditions des populations seront donc celles qui les poussent à mettre très tôt l’enfant face aux réalités de la vie et à le pousser à ramener des revenus pour participer aux dépenses du ménage et à la survie de la famille.

Fait culturel

En Bolivie, pays de dix millions d’habitants, le travail des enfants est culturellement considéré comme normal, et il existe même un syndicat de jeunes ouvriers créé en 2011, l’Unatsbo, qui milite pour sa régularisation et refuse tout âge légal minimum.

Le pourcentage du travail des enfants dépend aussi du niveau scolaire du chef de famille, lui même bien sûr lié au revenu.

Tableau 2 : Travail des enfants en fonction du niveau d’éducation du chef de ménage

table2

Source : Fait par les auteurs à partir des données OOSC 2011

Plus le chef de famille est avancé au niveau scolaire, moins les enfants travaillent. Toutefois, le travail des enfants n’est pas nul pour les diplômés du supérieur, ce qui montre que malgré le niveau d’études, le travail des enfants reste d’ordre culturel. Le chef de l’Etat Bolivien, Evo Morales lui-même, a commencé à travailler très jeune et soutient que le travail aide à développer la « conscience sociale ».

Un directeur de briqueterie affirme qu’ « il vaut mieux leur inculquer depuis tout petit ce que signifie le travail, ce que signifie les études pour qu’ils prennent conscience de la valeur de qu’ils obtiennent à la sueur de leur front».

Loi autorisant le travail des enfants dès l’âge de 10 ans

C’est dans ce contexte assez propice, que le président bolivien Evo Morales a instauré la Loi autorisant le travail des enfants à partir de l’âge de 10 ans (le 2 Juillet 2014).

Cette loi vise à la fois à améliorer les conditions de travail des enfants mais légalise aussi ce travail en contradiction avec les conventions internationale.

En effet, la Bolivie a adhérer à la convention 138 de l’OIT qui stipule que l’âge minimum légal pour travailler dans les pays en développement est de 14 ans.

Cette loi a été revendiquée par l’Unatsbo qui trouve l’âge légal de travail trop avancé. Selon eux, elle est comme pour en « finir avec l’hypocrisie » et décrire la réalité qui semblerait être la même au Brésil, en Argentine, au Pérou et aux Etat unis.

Les spécificité culturelles nationales ont donc primé sur le droit international, ce qui peut créer un dangereux précédent. En effet, dans les pays où le travail des enfants est peu encadré, l’abaissement de l’âge légal du travail peut avoir des conséquences catastrophiques et légitimer des pratiques qui contreviennent aux droits humains et au principe de scolarisation universielle.

Impact négatif sur les enfants

Le travail des enfants avec un nombre élevé d’heures de travail a surement un impact négatif sur la scolarisation des enfants. Il est clair que la loi visant à autoriser le travail des enfants dès l’âge de 10 ans constitue une entrave à l’atteinte des objectifs du millénaires, l’éducation pour tous.

L’adoption de la dite loi irait dans le sens de l’éradication de la pauvreté extrème qui est le premier pillier de l’agenda patriotique 2025. Cependant, est-il possible de percevoir une réduction de pauvreté sans éducation quand on sait qu’une année d’éducation supplémentaire est associée à un plus grand revenu individuel et collectif (au niveau macro) ? Où l’enfant de 10 ans est-il capable de joindre éducation et travail ? Ce n’est pas l’avis des ONG telles que Anti-Slavery International (contre l’esclavage) et Human Rights Watch qui pensent que cette loi pourrait produire des effets contraires. Il n’est pas possible d’aller à l’école lorsque l’on travaille 80 heures par semaine comme c’est le cas dans la région de Potosi.

Aussi, le travail des enfants dans des zones dangereuses réduisent la durée de vie de la population qui a la plus basse espérance de vie de la sous région (65 ans selon la Banque mondiale), notamment dans les mines où le travail s’avère plus rude. D’après une étude de l’UNICEF, l’espérance de de vie des enfants travaillant dans les mines ne dépasse pas 40 ans surement à cause des condition de travail insalubre, techniques rudimentaires, et l’exposition aux maladies pulmonaires.

Dans cette situation de non valorisation de l’enfance, il serait préférable de lutter contre le travail des enfants en leur apportant de l’aide comme en a bénéficié Carla plus haut. Cette action est plutôt menée par les organismes internationaux et les ONGs sur place.

Démarches entreprises sur place et propositions de solutions

L’organisation Internationale du Travail affiche sa préoccupation par rapport à la nouvelle loi qui va à l’encontre des actions antérieures du gouvernement visant à réduire le travail des enfants et les pires formes de travail. Elle affirme vouloir soutenir les « efforts des autorités boliviennes, des organisations de travailleurs et d’employeurs et de la société civile dans son ensemble, qui visent à éliminer le travail des enfants et à promouvoir le travail décent pour les adultes. »

L’Unicef intervient également dans le parrainage des enfants en les aidant à retrouver le chemin de l’école. Elle a secouru plus de 90 enfants du travail des mines, chiffre modique en rapport avec l’importance du phénomène.

Plusieurs ONGs, dont SOS enfants et Enfants de Bolivie œuvrent pour la réinsertion des enfants dans l’éducation et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Il serait préférable que l’Etat Bolivien s’oriente dans ce sens…

29 novembre 2013

Le travail des enfants et l’éducation au Bénin


Par Aïcha SIDI

Le travail des enfants est l’un des sujets quelque peu tabou, mais qui mérite réflexion de nos jours. En effet, selon l’ONU (2012), plus de 200 millions d’enfants sont travailleurs et 115 millions parmi eux sont soumis aux pires formes de travail. Selon la même source, 5,2 millions d’enfants sont soumis à un travail forcé et asservi dans le monde. Un enfant sur six travaille dans des conditions dangereuses, selon l’UNICEF. Soit dans les mines ou dans l’agriculture avec des produits chimiques et des pesticides ou encore en manipulant des machines dangereuses. En Afrique, à peu près un enfant sur trois travaille, soit environ 69 millions d’enfants. Il est donc clair que la question du travail des enfants nécessite une grande portée d’actions, surtout actuellement où l’on aspire à une éducation primaire universelle.

  • Quelle est la densité du travail des enfants au Bénin ?

Le travail des enfants en Afrique et spécialement au Bénin semble être des plus critiques. Toutes fois, les études sur le sujets sont rares au Bénin ou du moins non accessibles. Les données sur le travail des enfants sont disponibles sur le site de la Banque Mondiale à partir de 2006, où le Bénin se trouve être le pays ayant le plus d’enfants de 7 à 14 ans qui travaillent, parmi les pays pour lesquels les données sont disponibles. Le pourcentage est de 76% pour les filles et de 72,8% pour les garçons, contre 37,43% de filles et 39,84% de garçons pour le Togo. Selon le rapport (VODOUNOU, & al (2008)) de l’Enquête Nationale sur le Travail des Enfants (ENTE), le taux d’enfants économiquement occupés serait de 34%. Comme nous pouvons le voir dans ce tableau, il y a un grand effet des départements du Nord, à savoir la Donga et les Collines.

Nombre et proportion du travail des enfants au Bénin par département

travail-des-enfants4

Source : ENTE (2008)

Parmi les enfants qui travaillent, une grande proportion sont signalés comme exerçant des travaux dangereux ou à abolir. La carte ci-dessous nous montre par département, le pourcentage d’enfants exerçant un travail dangereux ou à abolir, parmi les enfants économiquement actifs.

Travail enfant Bénin2

Source : Auteur à partir des données de l’ENTE 2008

A part le département de la Donga (36,8%), plus de 50 % des enfants qui travaillent effectuent un travail dangereux. Pour ce qui est des travaux à abolir, il n’en est pas moins de 70%, des enfants qui travaillent par département.

Ici, les enfants qui sont considérés comme exerçant des travaux dangereux sont ceux qui :

  • Travaillent dans des branches d’activité désignées dangereuses,
  • Ne travaillent pas dans les branches d’activité dangereuses mais effectuent des professions  réputées dangereuses
  • Ne travaillent pas dans les branches d’activité dangereuses ni n’effectuent des professions dangereuses mais travaillent 40 heures ou plus par semaine (c’est‐à‐dire plus de 8 heures par jour pendant 5 jours ouvrables).

Les enfants effectuant des travaux à abolir englobent ceux qui effectuent des travaux dangereux, en plus des enfants économiquement actifs et qui sont soit âgés de 5 à 11 ans, soit de 12 à 13 ans et travaillant plus de 22,5 heures par semaine (soit 4h ½ ou plus par jour).

L’effet du travail des enfants selon l’ENTE est un phénomène du rural ; parmi les enfants économiquement occupés 64,5% travaillent dans l’agriculture, 6,8% dans l’industrie et 28,7% dans les services.

Selon le Paul Tossouvi (2012),  sociologue, le travail des enfants est une conséquence de la pauvreté. Cela peut se justifier par le taux de chômage élevé du pays. Le travail des enfants est aussi encouragé par des parents qui sont dans les services (menuiserie, mécanicien,  …) et qui encouragent leurs enfants à y travailler pour assurer la relève de leur atelier. Cela s’explique par le taux élevé de services au Bénin (54% en 2010, selon les données de la Banque Mondiale).

L’autre aspect du travail des enfants, comme le souligne Marcus Boni Teiga(2011) dans son article, est le phénomène de « vidomegons » c’est-à-dire d’enfants placés. Il s’agit d’une ancienne tradition qui s’est transformé en « esclavage moderne ». Les familles nanties prennent des enfants socialement défavorisés en charge pour assurer leur éducation et leur insertion professionnelle. Aujourd’hui, ce phénomène s’est complètement métamorphosé, les familles ne s’occupent plus de la vie socioprofessionnelle de ces enfants, mais ils sont plutôt employés à des fins ménagers. Les parents ‘pauvres’ reçoivent une somme dérisoire de la part de la famille d’accueil. Certains enfants ce sont vu parfois livrés en plus à des activités rémunératrices de revenu en faveur de la famille d’accueil, comme le commerce ambulant. D’autres on été le résultat de maltraitance, comme celui dénoncé par Maitre Olga Anasside (2013) dans sa plaidoirie : « esclave malgré elle ».

Dans les pires cas, les enfants sont amenés au Nigéria, venant en majorité du village Zapkota au centre du Bénin, comme le souligne The Gardian. Ces derniers sont souvent maltraités et envoyés parfois dans des mines. Outre le Nigéria, les enfants sont également déportés dans d’autres pays comme le Congo, Guinée équatoriale, le Cameroun, le Gabon.

  • Impact du travail des enfants sur la scolarisation

L’OIT conçoit le travail des enfants ‘conformes aux normes de l’OIT’ comme étant avantageux pour l’enfant. La condition est de ne pas nuire à sa santé, à son développement et à sa scolarité. Il doit être léger et autorisé à partir de 12 ans. Cette forme de travail peut avoir un impact positif sur les capacités intellectuelles des enfants. Le deuxième type de travail des enfants ‘non conforme aux normes de l’OIT’ concerne les enfants de moins de 12 ans travaillant dans n’importe quelle branche de l’économie ou des enfants âgés de 12 à 14 ans et se livrant aux pires formes de travail des enfants. Dans ce dernier cas, il s’agit des enfants réduits en esclavage, recrutés de force, assujettis à la prostitution, victimes de la traite, contraints de se livrer à des activités illicites et devant accomplir un travail dangereux (OIT).

Le graphe ci-dessous présente en 2008 la situation de scolarisation et d’occupation des enfants au Bénin.

répartition enfants

Source : Auteur à partir des données de l’ENTE 2008

Il est en effet alarmant de constater que 31% des enfants âgés de 6 à 11 ans travaillent déjà ; 6 ans étant l’âge officiel d’entrée à l’école. Ceci s’avère être encore plus poussé pour les enfants en milieu rural ; pour la majorité qui vont à l’école, ils concilient travail et école à la fois. Nous voyons également que le taux de scolarisation est plus bas pour les enfants qui travaillent que les enfants qui ne sont pas occupés.

Le taux d’inscription selon cette étude qui s’est faite auprès des ménages est de 76%. Il pourrait aller jusqu’à  89% si le travail des enfants était aboli. Les données du taux brut d’inscription au primaire, émanent notamment de la Banque Mondiale et du PNUD au Bénin n’atteignent pas ce seuil ; ils sont respectivement de 87,6% et de 84,6% en 2008.

Selon le ministère du travail, le travail des enfants peut avoir un impact non seulement sur la santé de l’enfant, mais peut également l’empêcher ou le contraindre à abandonner l’école, soit à la recherche de gains, ou à travers les échecs, car n’arrivant pas à cumuler scolarité et travail.

En ce qui concerne le confiage des enfants en dehors du ménage, la situation peut être différente par rapport au lieu d’habitation ; selon Marc PILON (2003). En effet, dans le milieu rural, le taux de scolarisation des enfants est plus faible pour les enfants vivant avec leurs parents que ceux qui ne vivent pas chez leurs parents. Cela peut s’expliquer par le fait qu’en milieu rural, certaines zones soient très éloignées de l’école et que donc le confiage des enfants ait vraiment pour but de scolariser ces dernier. Cette observation est contraire en ville, surtout en ce qui concerne les filles qui viennent du village et sont adoptées par des familles comme ‘bonne’ ou ‘aide familiale’. Celles-ci même si elles sont scolarisées, abandonnent pour la plupart des cas en raisons du poids des charges ménagères qui leurs sont assignées.

  • Qu’en est-il de la position de l’Etat face au travail des enfants ?

En 1961, le Bénin a été l’un des premiers pays Africains ayant adhéré à une loi contre le trafic humain. C’est la loi du 5 juillet 1961 ; elle interdisait le déplacement de toute personne (enfants ou grands) contre sa volonté (The Protection Project (2010)).

Depuis ce temps, l’Etat a plutôt été actif dans l’ajout ; la ratification de la loi que dans son application. Ce n’est que plus tard (à partir de 2005) que le Bénin a signé des conventions avec le Nigéria et a pu ramener des centaines d’enfants béninois du Nigéria comme le souligne Marcus Boni Teiga(2011). Aussi, comme cela  été le cas avec le Nigéria, le Bénin a signé en 2011 un accord avec le Congo afin de lutter contre ce phénomène, RFI(2011).

Il faut également noter que le Bénin a ratifié un certain nombre de conventions clés sur l’esclavage moderne, mais pas la convention relative à l’esclavage lui-même ou la loi complémentaire de l’esclavage qui interdit aux mineurs de se livrer à des travaux dangereux, selon Walk free (2013).

Le code du travail interdit le travail forcé, mais prévoit seulement 2 mois  à 1 an d’emprisonnement ou le paiement d’une amende.

Enfin, la politique du Bénin pour l’application du code du travail n’à carrément aucun impact, car elle n’est orientée que dans le secteur formel. En effet, 126 inspecteurs du travail sont employés au sein du ministère du travail et ont entre autres pour mission de veiller sur l’application du code du travail dans le secteur formel, alors que l’essentiel du travail forcé a lieu dans l’informel.

  • Le meilleur reste à venir !

La précarité des études sur le travail des enfants rend ce sujet tabou, et donc la société évolue dans l’ignorance de l’impact de ce phénomène. L’Etat béninois devrait investir dans ce sens, ce qui pourrait également faciliter l’intervention de l’aide internationale. Plusieurs décisions sont prises mais les actions manquent, comme le souligne une représentante de l’ONU après une mission récente de 10 jours au Bénin, Maalla M’jid (2013).

L’offre scolaire doit également être améliorée : c’est-à-dire en plus de la gratuité, améliorer les conditions d’apprentissages, les salles de classes, la taille des classes et une meilleure qualité de l’enseignement. Il faudra également faciliter l’accès à l’école surtout dans les zones rurales.

Le phénomène d’enfants placés par exemple a pris naissance par le fait que certains parents, du fait de leur aptitude économique ou intellectuelle était incapable d’assurer un avenir prometteur à leurs enfants, selon un article de Kokouvi EKLOU(2013). Les politiques éducatives doivent alors miser sur l’éducation des adultes, et l’augmentation des possibilités de travail.

Le manque de services sanitaire accessibles financièrement (bonnes) fait que les regards sont plus portés vers les enfants des proches qui n’ont pas de moyens. L’Etat devrait également investir dans ce sens.

Le travail des enfants, surtout des plus jeunes constitue une entrave à la scolarisation universelle visée par le plan décennal. Il s’avère important de lutter contre ce phénomène pour la bonne tenue de celui-ci et de sensibiliser la population sur l’importance de la scolarisation de tout enfant.

Plusieurs ONG travaillent activement dans ce sens par des actions menées sur les terrains ou les études qu’elles réalisent. L’ONG Autre vie a par exemple fait une étude très intéressante sur le confiage des enfants, et a identifié les communes d’Adjohoun, d’Agbagnizoun, des Aguégués, de Bopa, de Dogbo, d’Ifangni, de Kpomassè, de Toviklin et de Za-Kpota, dites zones à risque, comme zones pourvoyeuses d’enfants. Elle œuvre également contre les abus envers les enfants et pour leur éducation. Nous pouvons également citer les ONG Plan Bénin, Mewy-Yovo… Ces structures sont la preuve que l’espoir est permis et qu’un meilleur avenir peut se dessiner pour les enfants béninois.

Les ONG sont généralement subventionnées par les organismes internationaux comme l’UNICEF, l’OIT, l’IPEC pour des projets spécifiques de lutte contre la traite des enfants.

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                      Infographie de synthèse :

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*Travail des enfants de 5 à 17 ans

Chiffres : ENTE (2008)

Références :

VODOUNOU, & al (2008), l’enquête nationale sur le travail des enfants (ENTE), Organisation internationale du travail(OIT) & Institut national de statistique et de l’analyse économique (INSAE), Rapport d’étude, Bénin.

Marc PILON (2003), CONFIAGE ET SCOLARISATION EN AFRIQUE DE L’OUEST : UN ETAT DES CONNAISSANCES, Institut de recherche pour le développement (IRD) & Unité d’enseignement et de recherche en démographie (UERD), Rapport d’étude, Paris.

The Protection Project (2010), A 5 July 1961 Act: prohibited the displacement of men, women and children without their consent, cited in “A Human Rights Report on Trafficking in Persons, Especially Women and Children – Benin” (n.d.), Benin.

Maitre Olga Anasside (2013), Esclave malgré elle, Le mémorial de Caen : Recueil des plaidoiries 2013 pp241-248, Bénin.

 Un mot sur l’auteure :  Aïcha SIDI, de nationalité béninoise, est chargée d’études statistiques à Varlyproject.

1 mars 2012

L’éducation numérique en Françafrique


Dans cet article, tout est sans doute faux et c’est surement tant mieux.

La DIENA (Délégation Interministérielle à l’Education Numérique en Afrique) est dotée d’un budget de 50 millions d’euros ?? (ou 15 millions officiellement). Le projet prolonge quelque peu les inforoutes francophones. Tout internetomobiliste ayant pu circuler sur les fameuses routes est prié de se manifester. Vaste blague.

Dans le milieu français de la coop. (ou ce qu’il en reste) beaucoup s’interrogent sur cette initiative pilotée par Alain Madelin. Cet odieux personnage, au passé fasciste, chantre de l’ultralibéralisme est donc chargé par la Présidence de développer l’éducation numérique en Afrique et d’agir pour les « ch’tis n’enfants ». Agit-il pour le compte de la World Company ?  Voir cette fameuse vidéo des guignols avec le Commandant Sylvestre, « il faut libéraliseeer ».

« Patrick Devedjian et Alain Madelin, fondateurs du mouvement Occident, mouvement étudiant d’extrême droite seront condamnés par le tribunal correctionnel de Draguignan à un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve pour vol et détention d’armes. ». La bande de guignols était complétée par Gérard Longuet, ministre de la Défense, plusieurs fois mis en examen.

Quel est l’objectif de cette DIENA ? La question se pose puisque Madelin (à deux lettres près un cartel colombien) parle de faire des « plus value ». Que fait la DIENA ? Elle distribue des tableaux blancs interactifs en Afrique. C’est sans doute très bien mais on peut s’étonner des moyens mis à disposition, comme un ambassadeur chargé de mission, un VRP-VIP en somme, dans un contexte de réduction drastique des dépenses publiques. Il s’agit de la fameuse RGPP, qui a eu raison de la DGCID (la Coop.), saluée comme un avancée par nos « camarades » de l’OCDE, mais décrié par l’Assemblée Nationale et la Cour des Compte, que l’on incite d’ailleurs à lorgner du côté de la dite DIENA.

D’un côté, on a vendu l’immeuble historique de la coop. « Rue Monsieur », sabré tous les projets FSP (Fonds de Solidarité Prioritaire) et les budgets des instituts culturels (qui équivalent souvent le coût du séjour d’un vulgaire Secrétaire d’Etat de la coop. dans un pays) ; de l’autre on investit dans le numérique. Ca fait bien, moderne, ca fait « in », ca fait AAA, ah non pardon AA+.

Monsieur Madelin se comporte de manière outrancière lors des réunions de la Francophonie (s’invite avec son cigare à la table des ministres), tout comme son collègue Darcos à deux doigts de provoquer un incident diplomatique au Canada. Ils sont la honte de la France. Ces personnages malfaisants et grossiers ont contribué à la mise en œuvre d’une NON politique de coopération et à pourrir les relations franco-africaines.

La DIENA est une sorte de partenariat public-privé très opaque qui : « s’inscrit dans la contribution française au partenariat franco-britannique », lui-même complètement virtuel. Elle se fonde sur les cendres du Fonds Mondial de Solidarité Numérique, qui n’a de mondial que le nom. Là encore sur le site de ce fonds mondial sans le sou, on y vend des TBI Low Cost. Yeah ! Le contenu du site de la DIENA tient sur un post it…Tout ce que l’on sait : « c’est un projet conçu par les africains pour les africains », un langage de gardé à vu présumé innocent.

Une revue des plans de développement de l’éducation des pays africains francophones montre que les priorités « nationales » ne sont pas l’achat de matériel informatique dans les écoles. Rien n’empêche de multiplier les projets d’introduction de l’informatique dans les écoles, mais pourquoi choisir un seul type de matériel, sur quelles bases ces choix ont été opérés ? Y a-t-il eu des évaluations d’impact?

Quelles sont les sociétés qui vendent ces matériels : Bolloré bien sûr !! Voir en dessous de cette vidéo sur les TBI au Niger : « Le Tableau Numérique Interactif en Afrique est une initiative du REPTA (Réseau Éducation pour Tous en Afrique) avec le soutien de SMART Technologies (inventeur du TBI-NDLR) et Le Groupe Bolloré. »

Quel est exactement la part de l’intérêt public et celle du privé dans cette affaire ?

On apprend sur le site du projet Sankoré, qu’on a remis cinq mallettes Sankoré (sic !) au « Collège militaire Eyadéma de Tchitchao, vitrine de l’enseignement secondaire au Togo affichant de brillants résultats aux examens du baccalauréat ». Très intéressant, ma fois révélateur, comment consolider le pouvoir militaire du Togo de générations en générations. Mais bon ne critiquons pas, pour une fois que les mallettes vont dans le bon sens.

Il s’agit également de refourguer les vieux ordinateurs en Afrique, comme on fait avec les voitures. « En France, on incite les entreprises à donner leurs vieux ordinateurs à leurs salariés, sans charges sociales ni fiscales, comme prévu par la loi de Finances 2008, Éric Besson […] vient de signer une charte devant servir de « cadre de mise en oeuvre » à ce projet, ce mardi 24 juin 2008. Cette signature avec des « entreprises pilotes » comme Bolloré… » comme c’est mignon !

Curieusement, l’économie numérique est placée au Secrétariat d’Etat chargé de la Prospective, de l’Évaluation des politiques publiques, qui ferait bien de s’auto-évaluer. En France, la mission sur les TIC pour l’éducation était dirigée par Jean-Michel Fourgous, député UMP, Président de l’amicale France-Congo, qui s’est permis de critiquer les observateurs de l’UE des élections congolaises. Proche de Dassault et grand fan des avions Rafale (« le meilleur avion du monde »), il est également partisan d’un retour (partiel) à la peine de mort !Tout cela semble très mal parti.

Les dispositifs français de coopération éducative et culturelle ont été saccagés par la Présidence Sarkozy, qui a recruté la demi-sœur de Carla Bruni-Sarkozy comme « spécialiste du développement international » (l’information vient du Figaro), Première Dame elle-même mis en cause sur la question de l’utilisation du Fonds Mondial Sida.

Il est légitime de s’interroger sur cette manne de 50 millions d’euros ?, donnée à Alain Madelin comme un os à ronger. A qui cet argent profite t’il : aux petits africains ou aux groupes industriels des amis de la Présidence ?

Par mesure de précaution, il est grand temps de changer ce gouvernement malsain et corrompu, dans l’intérêt de la France et dans celui des africains. Utilisons le seul outil interactif qu’il nous reste : le vote !

 Pierre Varly

1 décembre 2011

Sacmeq research on AIDS/VIH prevention in southern Africa

Filed under: Education et plus encore — Étiquettes : , — education_south @ 17 h 47 min

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA, voici quelques éléments sur la prévention dans les écoles en Afrique Australe, sur le site du Sacmeq.« The alarming feature of these research results was the generally low level of knowledge about HIV-AIDS among Grade 6 pupils »

Accès aux  profils pays.

10 octobre 2011

Une breve histoire de l’informatique en images


Des tablettes de la loi « écrites du doigt de Dieu » à l’iPad, une vision dystopique de l’essor de l’informatique

Un hommage à Steve Jobs et à tous les pionniers de l’informatique.

La concurrence ou la guerre, qu’elle soit entre allemands et monde libre en 1945, entre USA et URSS, entre Apple, Microsoft, Google et Yahoo de nos jours, génère des évolutions technologiques par paliers.Comme les projets informatiques se sont étalés sur plusieurs années ou ont été réalisés en secret, il est délicat de se représenter des points dans le temps. On choisira les dates de commercialisation ou d’opérationnalisation « officielle » des projets/produits pour vous présenter « une » histoire de l’informatique. En bas de la mosaïque, des étapes clés et des liens. Passez au dessus des images avec la souris pour les explications, cliquez pour en savoir plus.  N’hésitez pas à proposer des images, des évènements datés pour compléter la mosaïque. Merci à Sean Daly et Bastien Guerry pour les commentaires et infos.

Une image n’est pas à sa place et n’a pas la bonne étiquette, saurez-vous la trouver ??

Quelques étapes clés:

  • 1936 : Alan Turing décrit une machine qui aidera à conceptualiser l’ordinateur
  • 1945-1946 : premiers ordinateurs
  • 1951 : premier ordinateur commercial aux USA, premier ordinateur soviétique
  • 1959 : premier réseau informatique commercial aux USA
  • 1969/1971 : début d’Arpanet (ancêtre d’Internet)  et d’Unix, premier microprocesseur Intel
  • 1975/1976 : création de Microsoft et d’Apple
  • 1982/1984 : Machintosh, Commodore C64, Minitel, Amstrad CPC 464, les ordinateurs deviennent familiaux
  • 1993 : premier navigateur web
  • 1997/1998 : l’ordinateur Deep Blue gagne aux échecs/explosion Internet, création de Google
  • 2005/2007 : projet One Laptop Per Child/Iphone/ explosion de facebook et des réseaux sociaux
  • 2010/2011 : Ipad et tablettes tactiles, les Smartphone se banalisent

Quelques liens :

Pierre Varly avec l’aide de Mohammed Miloudi

9 juin 2010

Schooling ain’t no rock and roll

Filed under: Education et plus encore — Étiquettes : , — education_south @ 17 h 34 min

La plupart des groupes de rock se sont formés dans les écoles, collèges et lycées. Les artistes n’ont donc pas suivi d’études supérieures en dehors de quelques exceptions comme Mick Jagger (London School of Economics), dont le père était enseignant, et des Pink Floyd, étudiants en architecture à la Regent Street Polytechnic. Mick Jagger et Keith Richard se sont connus à l’école primaire de Dartford.

Les Rolling Stones et les Pink Floyd ont une carrière fort longue et fort bien managée…

La rébellion contre le système éducatif est à la base même du rock. Les chansons rock fustigent l’école. Voir ici une petite liste de chansons sur la question. « One book and forty odd stuffed in a room Ah, the school as a tomb » Rage against the machine.

L’exemple emblématique est bien sûr Another Brick on the Wall des Pink Floyd.

« We don’t need no education. We dont need no thought control. No dark sarcasm in the classroom. Teachers leave them kids alone

All in all it’s just another brick in the wall. »

Van Halen, dans la chanson Hot for Teachers «  I think of all the education that I’ve missed. But then my homework was never quite like this ! I’m hot for teachers » nous propose des solutions pour améliorer l’ordinaire et la pédagogie.

Bob Marley nous dit « Don’t let them school you, Don’t let them change you» et semble être entendu à en croire les problèmes spécifiques de scolarisation des garçons en Jamaïque., selon l’UNICEF. Move away Babylone

Angus Young, guitariste d’AC/DC, se produit toujours en tenue d’écolier et nous résume très bien l’histoire du Rock :

« In the beginning Back in nineteen fifty-five Man didn’t know about a rock ‘n’ roll show
And all that jive The white man had the smoltz The black man had the blues
No one knew what they was gonna do But Tchaikovsky had the news
He said –
« Let there be light », and there was light
« Let there be sound », and there was sound
« Let there be drums », and there was drums
« Let there be guitar », and there was guitar
« Let there be rock »
And it came to pass
That rock ‘n’ roll was born »

Et pis c’est tout.

Le rock est repris des standards du blues (voir The Death of JB Lenoir de John Mayall). Il suffit d’écouter à vitesse réduite les chansons d’AC/DC ou de dénicher des perles de leur concerts, comme celle-ci High Voltage.

La plupart des chansons de Led Zepellin sont également aussi des blues. Le Blues est né au sein de la communauté afro-américaine au début du XXe siècle et raconte la souffrance du peuple noir. Les blancs ont électrifié le blues, mais n’ont rien inventé et Jimmy Hendrix (par ailleurs fan de Elvis Presley) est venu remettre les pendules à l’heure.

Tous ces artistes ont quitté l’école pour faire des riff et on les en remercie.

Certains artistes ont eu semble-t-il moins de conflit avec l’éducation et une approche plus académique tels Jo Satriani, nommé professeur à Berkeley (Californie) et qui enseigne à des guitaristes qui ne tarderont pas à être célèbres, tels Kirk Hammet (Metallica) et surtout Steve Vai. Mais si Joe Satriani est un excellent guitariste, qui a un moment fondé une école, désolé mais sa musique est chiante ! Sorry Joe.

D’autres artistes comme lui s’investissent dans l’éducation, au Rock & Roll bien sûr, à travers le programme Little Kids Rock http://littlekidsrock.org/ qui propose une pédagogie intéressante.  Voir aussi les initiatives du Rock & Roll hall of Fame.

Le saviez-vous ? : Kids who play a musical instrument are 52% more likely to go on to college
Voir ici les bénéfices de la musique ! ou regarder ce petit film très drôle avec Jack Black, Rock academy.

What about Vincent Furnier (otherwise known as Alice C.) and his ‘Schol’s Out’?
« No more pencils, no more books, no more teachers’ dirty looks »
« School’s out for summer. School’s out forever. »

Le petit Alice passa tout de même son bac avant de se lancer dans le show business…

Alice Cooper chantera également sur ‘Be Chrool To Your Scuel’ des Twisted Sister (jouent aussi Billy Joel, Brian Setzer et Clarence Clemons), dont la vidéo, montrant des élèves « zombies » sera interdite de diffusion sur MTV – qui passe régulièrement le hachoir à élèves des Pink Floyd… Un standard est intouchable! By the way: Dee Snider a quitté l’école avec un bac.

Aussi ‘Baggy Trousers’ de Madness « All I learnt at school/Was how to bend not break the rules/Oh what fun we had/But at the time it seemed so bad/Trying different ways/To make a difference to the days » Suggs lui-même indique qu’il n’est resté au lycée après 16 ans que pour la sécurité sociale…

Brian Wilson, en Beach Boy typique se souvient avec nostalgie des années lycée dans ‘Graduation Day’

Un autre artiste sans bac, Kurt Cobain se plaint dans ‘School’ qu’il n’a pas de récréation…

Une autre ‘School’, de Supertramp cette fois, dénonce le côté « normalisateur » de l’école.
Attention aux faux-amis: ‘I Don’t Like Mondays’ des Boomtown Rats parle d’une jeune américaine qui s’est mise à tirer sur une cour d’école. Bob Geldof a quitté le lycée sans le bac, avant de jouer dans « The Wall » (again!)

Nos amis germanophones ne sont pas en reste avec le ‘Nie Mehr Schule’ de Falco où il nous indique que « C’est bien connu/Trop d’école rend malade ». Falco quitta l’école à seize ans pour absentéisme; il ne fut donc pas trop malade. Par contre on ignore si le bus qui l’a tué en République dominicaine était un bus scolaire ou pas…

Quand des rockers ont fait la fac (dont un pour être prof), cela donne une chanson sur un aspect particulier de l’école avec ‘Don’t Stand So Close To Me’: les relations « inapropriées » disent les Américains entre un prof et une jeune éléve. Quels pervers ces universitaires!

On le constate aussi chez Abba avec ‘When I Kissed The Teacher’: l’un des compositeurs a fait droit et éco à la fac…

Plus directs dans la sexualité, Aerosmith (encore des élèves buissoniers) raconte dans ‘Walk This Way’ comment un lycéen perd sa virginité… On est plus loin des discussions sur les rythmes scolaires.

En l’état, schooling ain’t no rock & roll.

Pierre Varly & « Alasdair » Pierre Stjepanovic

11 mars 2010

Les ultras de l’éducation


Tout club de foot a ses ultras, des supporteurs extrémistes souvent violents, bien organisés et qui ne font jamais gagner leur équipe. La plupart des supporteurs préfère sagement bouffer des hot dog et se lever quand il y a un but, vu de loin. Les écologistes se sont dès le départ illustrés par des approches révolutionnaires et ultras, la figure de proue étant les Sea Shepperd (les bergers ou gardiens de la mer), qui n’hésitent pas à éperonner et couler les baleiniers, plutôt japonais d’ailleurs.  Ils font passer Greenpeace pour des marins d’eau douce. Voir une vidéo.

Lire le Parfum d’Adam de Jean-Christophe Ruffin sur l’écologie radicale. Sinon vous pouvez aussi écouter Rage against the machine en dégustant un sandre au beurre (marin d’eau douce oblige) et regarder une vidéo des Sea Shepperd. Tous les liens sont dans le post.

Mais les écologistes ne sont au pouvoir dans aucun pays (?), il n’y a pas d’organisation mondiale de l’environnement et le sommet de Copenhague s’est fracassé sur les rochers économiques et diplomatiques. La taxe ou les crédits carbone sont ceux de la bonne conscience. Au départ, les écologistes ont choisi d’agir contre les institutions et gouvernements plutôt qu’avec. Ce parti pris idéologique a-t-il permis d’éviter que le thon rouge finisse au fond des filets, pour reprendre la métaphore footbalistique ?

En réalité, les cétacés sont autant victimes de la pollution chimique et sonore (notamment les orques) que de la pêche. Cette pollution est le résultat de politiques anti-environnementales qui n’ont pas pu être infléchies par les actions spectaculaires de nos « bergers-loups de mer ». Les baleines sont donc victimes d’actions plus globales, à un effet plus … maquereau.

Peu de sphères de la vie publique et politique échappent aux ultras, que ce soit la lutte contre l’avortement, la défense des animaux, les féministes…

En éducation qu’en est-il ? Trouve-t-on des gens qui luttent pour un moratoire des réformes en éducation en s’écriant c’est assez! comme pour la pêche à la baleine, ou au contraire la conduite du changement ou change making peut-il être à l’origine de certaines déviances à force de vouloir en faire trop ? Qui sont les ultras en éducation ?

En France, les enseignants et parents d’élèves sont très bien rodés aux manifestations et acting en tous genres, cadennassage des établissements, et autres modes d’action quasi institutionnalisés au niveau des syndicats. Mais globalement, il y a peu de débordements et les discussions sur les réformes éducatives prennent souvent la forme de gentilles lettres ouvertes dans le journal Le Monde en France ou de posts enflammés sur de nombreux blogs et a l’odeur de merguez de manifs.

Peut être suis-je trop jeune pour me souvenir des manifestations pour le maintien de l’école privée en 1983… mais je me souviens de Malick Oussekine (1986). Ce sont plutôt des manifestations de masse que des actions de petits groupes, il n’y a généralement pas d’ultras. Ah si en 1986, mais c’était les brigades motorisées de la police…

Par contre, les discussions sur les réformes des curricula (approche par les compétences, APC par exemple) prennent dans les pays du Sud et en Afrique notamment une tournure assez radicale. En quoi cette tournure est-elle reliée au peu de recherche endogène en éducation dans les pays du Sud ? De plus les mouvements sociaux des enseignants sont longs et rudes et parfois ultra-politisés, les enseignants exprimant un ras le bol social. Les querelles d’experts pédagogiques sont fréquentse.

Au cours de mes missions, j’ai déjà entendu dire qu’il fallait « faire un autodafé des manuels », que les pays qui refusaient de mettre en l’oeuvre l’APC étaient « rétrogrades politiquement » ou que des enseignants étaient prêts à s’immoler par le feu pour revenir sur une réforme pédagogique…. Fort heureusement, personne n’a encore une telle rage against the machine.

La France via le CIEP a pris l’initiative de commanditer des études scientifiques sur la question, qui ont pu apaiser le débat, du moins entre experts, les actes n’étant pas encore disponibles pour le public. Encore une fois, la recherche en éducation forme une espèce de zone tampon ou les idées s’affrontent, plutôt que les personnes.

Cette situation est d’autant plus paradoxale que les politiques éducatives suivent en fait rarement les recommandations de la recherche et obéissent à d’autres schémas. Les syndicalistes non plus ne sont pas forcément de grands lecteurs ou dégustateurs d’articles scientifiques. Il y a un décalage entre les séminaires de recherche et les débats journalistiques et des quidams sur l’éducation. En quoi la recherche en éducation permet d’éviter les positions extrémistes et la violence comme mode d’action politique ? Ces travaux scientifiques forment une cuisine élaborée et raffinée qui abouti rarement dans l’assiette des décideurs, qui leur préfère encore les plats de cantine et les recettes surgelées, les poissons Findus éducatifs (nouveaux manuels, formation des enseignants, cours d’instruction civique, …). A titre anedoctique, lors d’un entretien avec un ministre, qui s’était fort mal passé, celui-ci me dit : « Si vos études servent à quelque chose, pourquoi le taux de réussite aux examens est-il toujours de 60 % ?». Il n’avait pas tort. Les Etats Unis sont la source d’une masse gigantesque de travaux scientifiques sur l’éducation proprement ahurissante. L’American Educational Research Assocation rassemble 25000 membres ! Les évaluations sont servies à toutes les sauces, ce qui provoque un certain effet de saturation et les Etats Unis occupent une position moyenne dans les enquêtes internationales. Si la recherche est la panacée, pourquoi on est-on arrivé là ? Ces investissements sont-ils justifiés ?

Aux USA, il y a semble-t-il peu de culture de grève dans l’éducation, peu d’actions d’enseignants ou parents d’élèves violentes et la communauté éducative incluant les enseignants a accès à de nombreux travaux scientifiques, via Edweek par exemple. Le dialogue politique y est plus nourri, est-ce la un effet de la masse de recherches et de leur accès ? Dans l’espace francophone, il y a peu de revues spécialisées et la recherche est réduite à la portion congrue même si elle a eu ses heures de gloire, avec Piaget ou Binet. Voir ici pour un bref état des lieux pour la France.

En Suisse, selon un site canadien :

« sont laissés de côté, autant dans les départements des sciences de l’éducation que dans les hautes écoles pédagogiques, des sujets d’intérêt politique et social marqué tels que l’éducation des jeunes enfants, la formation des adultes et l’enseignement axé sur les besoins de la communauté. »

La Belgique a pu mieux s’organiser et a crée des cabinets de conseil influents (le BIEF). Est tenu à  jour un blog de l’association des chercheurs belges en éducation.

Dans l’espace francophone, plusieurs groupes ou tribus d’experts et d’éducateurs se sont créés et organisés : les économistes, les psychopédagogues, les tenants de l’évaluation, les gourous de l’approche par les compétences, les fans des nouvelles technologies (TICE)… Les lignes de partage des eaux étant souvent davantage situées au niveau des outils (quantitatifs ou qualitatifs, science dure contre science molle) que sur le fond. Ces clivages se répercutent dans les pays du Sud, sur lesquels ruissellent les eaux de la recherche du Nord, bon gré mal gré.

En effet, on n’a pas encore inventé le médicament contre l’ignorance et on peut considérer que la recherche en éducation et les sciences cognitives en sont à leur balbutiement. En France et en Angleterre entre 15 et 20% des élèves ont de graves difficultés de lecture en fin de cycle primaire, on est loin du compte. Si ces deux pays ont éliminé le choléra au milieu du XIXème siècle, la disparition de l’échec scolaire est prévue pour 2147…

Les chercheurs réfutent l’idée de preuve en éducation, il n’y a pas de recette miracle. Leurs travaux ne conduisent pas potentiellement à mort d’homme et on ne soucie guère de l’innocuité des réformes éducatives. Alors que les méthodes de recherche en éducation posent le problème de l’expérimentation, dans le domaine de la santé, les protocoles de tests médicamenteux par exemple sont très normalisés. Pour accéder au fonds mondial santé, il y a un ensemble de règles à suivre. En éducation, on est loin de cette situation même si les évaluations d’impact tendent à se généraliser et à devenir une conditionnalité aux financements internationaux de projets.

C’est un autre paradoxe, si les parents d’élèves et enseignants discutent de manière systématique toute réforme éducative, ils sont prêts à avaler un médicament sans se poser la question de savoir si benzetriclo_machin est mieux que le diethylacide_truc. Etes-vous capable de dire quel est le principe actif de l’aspirine et comment cela agit?

Tout médicament est une drogue et une forme de poison, dans le domaine de l’éducation on préfèrerait voir tester la pilule plutôt chez le voisin, même si les conséquences sont potentiellement moins désastreuses ou moins visibles que dans la santé. Cette peur peut s’expliquer par le rebus que l’on éprouve encore à sonder l’esprit humain, jugé sacré, comme au Moyen Age on ne permettait pas de disséquer les cadavres, pour des motifs religieux.

Malgré cela, les mouvements éducatifs restent bon enfant et on observe peu d’activistes fanatiques, personne n’ayant encore la prétention de détenir l’élixir miracle. Mais la situation évolue…

Au niveau mondial, la répartition des diplômés (niveau Master ou Dea ou plus si affinités) par discipline nous permet de voir si le rapport de force change et si certains pays investissent plus que d’autres la recherche en éducation et comment. Pour cela, on va mobiliser les données de l’OCDE sur les diplômés par discipline ou champ (field of study). Les données sont assez parcellaires et je n’ai pas pris soin de lire toutes les footnote. Parmi les champs, on trouve les maths et statistiques, les sciences de l’éducation et Sciences sociales ou du comportement entre autres disciplines mères. Est-ce qu’un changement des forces en présence peut être susceptible de rendre minoritaires une école de pensée, un camp plutôt qu’un autre et générer des générer des comportements de guérilleros éducatifs ?


Malgré les discours de l’OCDE sur les compétences du XXIème siècle, l’adéquation emploi-formation, la flexibilité du marché du travail et l’économie de la connaissance, on constate globalement très peu de changements relatifs dans les effectifs des différentes disciplines concernées ! Ci-dessous la part des diplômés en sciences de l’éducation, les données sur les USA ne sont pas malheureusement pas désagrégées, et sont intégrées dans Education, au sens large. C’est une indication…

Globalement la situation évolue peu mais les pays du Nord de l’Europe semblent davantage investir ce champ de la recherche.

Les matheux forment 3% des effectifs des diplômes avancés contre 9% pour les scienceux de l’éducation et tous les statisticiens ne travaillent pas l’éducation. Il faudrait creuser davantage pour savoir à quel degré sont enseignées les statistiques dans les sciences de l’éducation entre pays et combien de statisticiens s’occupent d’éducation plutôt que du CAC 40, pour juger des forces en présence. La régression linéaire va-t-elle pourfendre le blob psychopédagogique ou celui-ci va-t-il avaler les méchants statisticiens?

En termes d’effectifs de chercheurs en éducation, ceux-ci ont doublé en Allemagne, les mauvaises langues diront que c’est la conséquence des mauvais résultats PISA, dirigé d’ailleurs par un allemand… La encore la proportion importante des diplômés en sciences de l’éducation en Allemagne n’est pas un gage de performance dans les enquêtes internationales… mais les chercheurs allemands ne seraient-ils pas moins écoutés que leurs collègues danois ?

En dehors du nombre des soldats, il faut juger des armes et de leur portée, que sont pour le chercheur, malgré tout, la proximité ou la capacité à infléchir la politique, la vie de la cité. Pour en revenir à nos métaphores à deux francs six sous, sa capacité à changer le menu des politiques éducatives, du poisson Findus au sandre au beurre. Si La Belgique investit dans la recherche en éducation, c’est aussi car parce que c’est un enjeu de coopération internationale et que cela permet l’exportation de services d’ingénierie éducative. Ces arguments pèsent auprès du pouvoir politique davantage que la beauté du geste scientifique. Voir ici une recette belge de sandre au beurre…pour détendre l’atmosphère.

Si la recherche en éducation n’est pas prise au sérieux par les pouvoirs publics, des attitudes plus radicales peuvent en découler, voire des comportements messianiques de la part de personnes réputées cartésiennes. Tous les chercheurs n’ont pas la patience de Pasteur qui a dit : « je ne publiai pas ces expériences; les conséquences qu’il fallait en déduire étaient trop graves pour que je n’eusse pas la crainte de quelque cause d’erreur cachée, malgré le soin que j’avais mis à les rendre irréprochables»

C’est dans des termes extrêmes qu’est dépeint Nicholas Negroponte, le père de l’initiative OLPC, on parle même de Negropontisme…. pour décrire notre loup de mer numérique. C’est au niveau de la communauté OLPC que l’on trouve actuellement le discours le plus radical qui fait écho à une certaine frustration de ne pas avoir vu pris en compte la thèse socioconstructiviste dans la pédagogie. Voir ici le blog OLPC News très fourni.

Le gap entre la diffusion des informations, la masse des ressources libres et les équipements en nouvelles technologies dans les écoles du Sud est criant et le fossé numérique se creuse, ce qui contribue à l’exaspération. Voici un article sur l’épidémiologie des logiciels libres.

Le virus des Technologies de l’Information et de la Communication en Education n’a pas pris partout, il est parfois rejeté par le système éducatif qui n’a pas pris le tic. Est-ce là un problème des ONGS ou des gouvernements ? Les ONGS ou les projets volontaires sont-ils là pour amortir la crise numérique en cours de gestation ? N’y a-t-il pas lieu de rejeter la balle numérique de l’autre côté du fossé ? Les gouvernements peuvent-ils être vraiment solidaires ? En quoi un certain silence rend possible, sans les justifier, les coups d’éclats ?

Au sein de la communauté OLPC, qui fonctionne en réseau, sans hiérarchie, à partir d’objectifs initiaux, on parle de volontaires de l’OLPC Corps comme des marines, de déploiement XOs, soit d’armes d’instruction massive. Le leadership initial est remis en question, ainsi que le point d’entrée du projet qui est de travailler avec les gouvernements. Ce sont des opérations commando de dotation d’ordinateurs gratuits dans les écoles. Des ultras comme on aimerait en voir plus souvent.

Voici une photo du premier homme a avoir complètement assimilé les nouvelles technologies en éducation après avoir avalé un ordinateur XO. Quand je vous dis qu’il y a des ultras…

Vous pouvez aussi cliquer à droite sur la bannière OLPC et faire don d’un ordinateur a un enfant ou cliquer ici

19 janvier 2010

Nouveau : Blog sur l’éducation dans les pays du Sud

Filed under: Education et plus encore — Étiquettes : , , , — education_south @ 20 h 56 min

Bienvenue !

Voici un blog consacré aux questions d’éducation dans les pays en développement.Les débats sur le développement restent encore trop confinés dans les cercles d’experts. Ainsi, fiches de lecture, synthèses, actualités sur les politiques publiques et l’aide au développement seront diffusés et commentés sur ce blog… de la maternelle à l’université, de Pékin à Bujumbura.

Sur Internet, les idées les plus courtes sont souvent les meilleures. Ici les posts sont un peu longs et on espère documentés à partir de ressources disponibles en ligne principalement. Le blog se veut grand public.

Les commentaires peuvent servir à compléter les informations, donner de nouvelles pistes et prolonger la discussion. Pas d’insultes, de noms, de messages personnels ou de propos racistes sur ce blog !

Un post par semaine est prévu, d’abord en français puis en anglais. J’accepte volontiers des propositions de post, avec un droit d’édition.

Un site est aussi disponible à l’adresse http://www.varlyproject.com/

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