Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

14 octobre 2015

Les ressources pour la lecture en arabe au Maroc

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Par Naji Boumzough & Pierre Varly

Introduction

En 2014 et 2015, l’USAID/Maroc a financé cinq études sur la lecture afin d’appuyer le MENFP (Ministère de l’Education et de la Formation Professionnelle) pour l’élaboration de sa stratégie de réforme de la lecture en arabe dans les trois premières années du primaire. Ces études ont été réalisées par RTI International, Varlyproject et l’Université Al Akhawayn. Les études ont traité des thèmes suivants : curriculum et des manuels scolaires, la formation initiale des enseignants, perceptions et pratiques des enseignants, manuels scolaires de l’éducation non formelle. La dernière étude (à partir de p.56) a analysé la chaîne d’approvisionnement des manuels scolaire et le marché du matériel supplémentaire en lecture en langue arabe. Un matériel est dit supplémentaire lorsqu’il ne s’agit pas d’un manuel scolaire ou d’un cahier d’exercice au programme officiel (par exemple, livres, cahiers d’exercices, abécédaires, posters et autres supports). Le précédent article du blog donne des éléments sur la lecture en arabe au Maroc.

Effet des matériels de lecture sur les acquisitions scolaires

La possession des livres à domicile pour les élèves des premières années est systématiquement corrélée avec leurs résultats en lecture. À partir d’un échantillon d’études qui a été réalisé par RTI dans plusieurs pays, on conclut que les enfants qui ont des livres dans leurs maisons ont pu lire correctement entre 6 à 8 mots par minute de plus que leurs pairs qui n’en ont pas. Cela équivaut à environ six mois d’instruction dans ces mêmes pays. L’USAID a donc commandé une étude sur le marché des matériels de lecture au Maroc afin d’identifier les ressources disponibles et les voies et moyens d’en doter toujours plus les enfants et les écoles.

L’étude avait pour but d’analyser le marché pour les matériels supplémentaires (offre et demande), de décrire les mécanismes de soutien de ce secteur par les pouvoirs publics et d’identifier les caractéristiques de ces matériels (contenu).

Méthode

Varlyproject a donc collecté et analysé des ressources supplémentaires sur la lecture en arabe et a réalisé des entretiens avec tous les intervenants de la chaîne de production et conception du matériel supplémentaire. A savoir : les responsables au sein du MENFP et MOC (Ministère de la culture), auteurs, directeurs des maisons d’édition, distributeurs, imprimeurs, libraires et vendeurs au détail et les associations qui sont actives dans ce domaine. Varlyproject a aussi réalisé une brève enquête auprès des visiteurs du salon international du Livre à Casablanca, qui s’est tenu du 12 au 22 février 2015.

Un large échantillon de matériels supplémentaires de lecture en arabe pour les enfants disponibles sur le marché marocain a été catalogué pour cette étude (188 supports). Ces matériels ont été obtenus dans divers points de vente (librairies, supermarchés) et principalement au Salon du Livre.

Un échantillon de ressources pour la lecture en arabe

Matériels

Source : ©Varlyproject

Quelques ressources numériques ont également été collectées et les rares applications dédiées à l’apprentissage de la lecture sur l’Apple store recensées. Une partie de cet échantillon a été analysé plus en détail (71 supports) comme suit :

  1. La date et le lieu de la collecte / achat
  2. L’éditeur (y compris le pays d’origine, site web, et si un catalogue est disponible)
  3. Le prix du livre
  4. Le type et la taille du livre
  5. Le contenu pédagogique des livres
  6. Des indications sur l’âge/le niveau scolaire visé

Les catalogues des éditeurs ont été téléchargés à partir de leur site Web ou obtenus à la 21ème édition du Salon International de l’Edition et du Livre à Casablanca. Les supports choisis pour l’analyse sont variés en termes de lieu d’achat, d’éditeur, de pays d’origine, de type, de prix et qualité. L’échantillon n’est pas représentatif mais fournit une description de ce qui est disponible sur le marché. Avant de rentrer dans le détail de ces matériels, tâchons de comprendre quelle est la problématique de la lecture au Maroc.

Culture de la lecture

Selon M. Abdesselam El Ouazzani, le problème réside dans les foyers, car les jeunes ont peu de chance de voir leurs parents en situation de lecture. La règle étant qu’on ne lit pas dans la maison, la probabilité d’acquérir l’habitus de la lecture au bas âge devient presque nulle. La lecture ne fait pas partie de la tradition culturelle du foyer familial. D’après une étude réalisée par le MOC en 2001, 50% des Marocains lisent entre 2 et 5 livres par an et 1 Marocain sur 10 ne lit aucun livre.

Plus récemment, selon l’étude menée par le Centre des Etudes Sociales, Economiques et Managériales, chaque Marocain(e) dépenserait en moyenne 1 dirham par an dans l’achat de livres (dépenses privées), alors que la moyenne mondiale est d’environ 25 DH. La dépense publique dans ce domaine est également relativement faible, comme nous allons le voir.

Disponibilité des matériels de lecture au Maroc

En conséquence, au Maroc, peu de livres sont disponibles pour les élèves à la maison et dans les écoles publiques. Selon les résultats de l’étude PIRLS, 53% des enfants ont déclaré qu’ils n’ont aucun ou peu de livres à la maison et 24% ont une étagère de livres. 65% des écoles ne disposent pas de bibliothèque scolaire, tandis que 27% ont une petite bibliothèque (500 titres ou moins).

Acteurs publics en charge de la gestion des matériels de lecture

Actuellement, le soutien pour les matériels supplémentaires est concentré au Ministère de la Culture qui dispose d’une dotation budgétaire relativement modique. Le budget de soutien à l’édition et au livre a été fixé à 10 Millions de dirhams au titre de la deuxième session de l’année 2015. Le budget pour l’achat de livres pour les bibliothèques publiques est du même ordre de grandeur.

Budget du soutien à l’édition et au livre (Ministère de la Culture)

DOMAINES CIBLES Montant de la subvention en % Montant de la subvention en MAD
Création et modernisation de revues culturelles électroniques 30% 3 000 000
Participation des auteurs marocains aux résidences d’auteurs 25% 2 500 000
Edition réservée aux personnes à besoins spécifiques (Les déficients visuels) 10% 1 000 000
Création, modernisation et animation des librairies 10% 1 000 000
Edition de revues culturelles 10% 1 000 000
Sensibilisation à la lecture 5% 500 000
Edition du livre 5% 500 000
Participation aux salons du livre nationaux et internationaux 5% 500 000
Total 100% 10 000 000

Source : Ministère de la Culture

En ce qui concerne les bibliothèques scolaires, les délégations en charges de l’éducation se retrouvent avec la responsabilité de déterminer le budget à allouer à l’achat de livres. La Direction de l’évaluation, de l’organisation de la vie scolaire et des formations communes entre les académies a la responsabilité du contrôle des bibliothèques scolaires et la suggestion des mesures pour améliorer leur efficience, selon les textes.

Les élèves, les associations de parents et les organisations non gouvernementales locales peuvent acheter des livres et les fournir aux bibliothèques scolaires. Il y a plusieurs manières de gérer les livres dans une école, à travers des coins lecture dans les classes et sous la supervision de l’enseignant ou des bibliothèques scolaires qui selon leur taille nécessitent des personnels pour la gestion et l’animation. Les enfants peuvent lire les ouvrages sur place ou participer à des animations lectures (ce qui suppose des ressources humaines qualifiées) ou peuvent les emprunter (ce qui nécessite un système de suivi). Il est également possible de donner et non prêter les livres aux enfants. Chaque stratégie a ses avantages et inconvénients et doit être adaptée au contexte local.

A l’heure actuelle, il n’y a pas une mode de gestion qui soit systématisé pour les ressources complémentaires et c’est au niveau local que les initiatives sont prises.

Offre de matériels

L’offre est-elle suffisamment variée en termes de qualité des produits et prix ? Est-ce que les produits permettent de viser toutes les classes d’âge ? Est-ce que le produit mentionne l’âge ou le niveau scolaire ou le niveau de lecture ?

Certains éditeurs vendent des cahiers d’exercices associés ou non aux manuels officiels, même si ceux-ci ne sont pas utilisés dans les salles de classe (non achetés par le Ministère de l’Education Nationale). Ces matériels sont utilisés principalement dans les écoles privées. Il y a peu d’offre sur le marché pour les matériels qui soutiennent le développement de la lecture chez les enfants. Il y a soit des ressources visant les jeunes enfants (âge du préscolaire) sous la forme d’abécédaire par exemple, soit des livres ce qui suppose que l’enfant sache déjà lire. Les ressources visent à consolider la pratique de la lecture principalement mais n’appuient pas l’apprentissage de la lecture.

Parmi les 71 ressources analysées plus en détail, 42 proviennent du Maroc, six sont en deux langues et 20% sont des traductions.Les ressources portent peu sur la grammaire et le vocabulaire. Ces proportions se retrouvent dans l’ensemble documents collectés (188).

Contenu

Source : RTI International et Varlyproject

Le marché du lecteur débutant reste quelque peu limité en termes de types et de niveau de difficulté des livres. Bien qu’il existe des ouvrages généraux de lecture (les dictionnaires, les encyclopédies pour enfants), il n’y a pas une abondance de choix des ouvrages généraux pour les lecteurs débutants. Les productions littéraires pour la lecture précoce sont souvent des légendes importées et traduites en arabe plutôt qu’écrites pour le public local.

Quelques photos de ressources supplémentaires

ressource1 ressource2Ressource3

Le prix est-elle un frein à la massification des ressources sur la lecture ?

En moyenne dans les ressources analysées, le prix d’une production marocaine était de 19 Dirhams mais de 12 dirhams en dehors du Maroc, notamment en Egypte vu la taille du marché et l’historique de l’édition dans ce pays, qui a commencé en 1798. Ces coûts élevés sont en partie tributaires de l’historique du développement des capacités marocaines d’édition et d’impression avec une forte présence, encore de nos jours, des éditeurs internationaux sous la forme de filiales locales.

Il y a beaucoup de facteurs qui ont un impact sur le prix d’un livre, par exemple la taille et le type tu papier. Cependant, le facteur le plus important est la quantité de production ; plus on imprime, moins cher sera le prix. Le point essentiel pour obtenir un bon prix est de produire environ 3000 livres, d’après les éditeurs. Par conséquent, les éditeurs doivent également élargir leur capacité à stocker et à distribuer les livres et pouvoir réaliser les investissements nécessaires (machines d’impression) dans un contexte de faible commande publique.

La part du chiffre d’affaire du secteur de l’édition et de l’imprimerie au Maroc est environ 2% du chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur industriel, selon les dernières statistiques du ministère de l’Industrie du Commerce et des Nouvelles technologies, il s’élevait à 3,52 milliards de DH en 2011. En plus, d’après le Ministère de la Culture, le chiffre d’affaires du secteur de l’édition et de l’imprimerie a connu, entre 2003 et 2011, une évolution d’à peine 0,2%, bien que les investissements aient quasiment quadruplé passant de 33 à 122 millions de DH.

Comme le relève l’étude sur les manuels, le Maroc a pu se doter ces 30 dernières années d’un système efficace de distribution des manuels scolaires à travers une collaboration des acteurs privés et saura certainement parvenir à renforcer son secteur de l’édition/impression scolaire, avec un léger coup de pouce des pouvoirs publics.

Demande pour les ressources en arabe

Un secteur du livre plus rentable exige une demande très forte de la part des acheteurs des livres. La plupart des éditeurs hésitent à imprimer en arabe, en particulier les livres pour enfants, parce que la demande est faible. Les particuliers qui achètent des livres pour la maison sont ceux qui envoient leurs enfants dans des écoles privées, mais leurs achats sont concentrés sur des livres en français. En outre, les livres en général sont considérés comme un marché pour les adultes. Ces informations obtenues auprès des éditeurs sont corroborées par une brève enquête auprès des consommateurs interrogés au Salon du livre.

Parmi les 79 personnes interrogées, 92% avaient acheté des livres pour enfants. 86% des acheteurs étaient essentiellement des parents d’élèves dans des écoles privées (y compris écoles internationales). Les libraires ont également mentionné que les parents se soucient généralement peu du contenu ou la qualité de l’ouvrage, car leur sélection est basée sur le prix et la taille de la publication (nombre de pages).

Perspectives et scénarios

Notre étude suggère plusieurs scénarios pour encourager à améliorer le niveau de lecture chez les enfants. L’objectif du scénario principal est d’offrir davantage de possibilités pour les enfants de lire au sein et en dehors de l’école ainsi qu’un large éventail de livres en termes de difficulté et de contenu (objet, fiction / non-fiction, etc.). Comme dit précédemment, on trouve soit des ressources « trop simples » visant le pré scolaire et qui portent sur l’apprentissage des lettres, soit des livres qui se focalisent sur le contenu des histoires (contes) mais pas sur la lisibilité des textes. Ces ouvrages visent les lecteurs sachant déjà lire avec facilité et ayant un minimum de vocabulaire.

Pour la réalisation de ce scénario le Ministère de la Culture et le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle pourraient travailler ensemble pour accroître l’offre de matériels supplémentaires de la lecture. Cela pourrait prendre la forme d’ateliers d’écriture pour apprendre aux auteurs et éditeurs à écrire des livres plus adaptés au niveau des lecteurs débutants.

Ensuite, on peut envisager plus de coins lecture en classe ou dans les bibliothèques des écoles avec une liberté pour les enfants de choisir des livres qui les intéressent et la possibilité de les emprunter à la maison. Avec 17 millions de Dirhams par an et avec un prix unitaire de 10 dirhams par livre, il serait possible de doter chaque enfant de la 1ère à la 3ème année du primaire public d’un livre en arabe, en plus des manuels officiels. L’idée est d’introduire une rotation dans l’utilisation des ouvrages.

Cela pourrait générer des gains substantiels en termes de compétences de lecture et encourager la culture de la lecture mais poserait inévitablement des défis en termes de gestion de la commande publique et de gestion des ressources dans les écoles. Il resterait aussi à formaliser le processus de sélection/vérification des ressources en lecture destinées aux écoles, afin de s’assurer de leur qualité et pertinence au regard des orientations pédagogiques données.

Mesures prévues par le Conseil Supérieur de l’Enseignement

La vision stratégique de la réforme 2015-2030 du CSEFRS (Conseil Supérieur de l’Education de la Formation et de la Recherche Scientifique) au Maroc, s’appuie sur trois importants fondements qui sont l’équité et garantir l’égalité des chances entre les élèves, garantir la qualité d’enseignement et intégration de l’apprenant dans le tissu économique et social. Ces trois fondements passent par l’activation de 23 leviers clairement identifiés et détaillés dans son rapport.

Conscient du fait que le principal dysfonctionnement de l’école réside au niveau de la qualité de ses prestations et de son rendement, le CSEFRS accorde une place de choix à la maîtrise des langues. Le Conseil recommande une nouvelle architecture linguistique fondée sur le plurilinguisme et l’alternance des langues. Plusieurs mesures d’accompagnement sont requises pour mettre en œuvre cette architecture :

  • L’élargissement du réseau des bibliothèques et des centres de ressources au niveau local et régional et leur connexion aux établissements et centres d’éducation, de formation et d’information, ainsi que le renforcement des ressources humaines en cadres spécialisés dans la documentation et l’animation pédagogique et culturelle,
  • La réhabilitation des bibliothèques scolaires et des médiathèques en leur fournissant les ressources adaptées aux apprenants de différents âges et niveaux et aux différents acteurs,
  • la dotation des établissements en bibliothèques scolaires et en médiathèques, en équipements, matériels didactiques nécessaires pour encourager la lecture, l’expression et la créativité par l’écrit.

Défis à relever

D’après les informations disponibles, dans de nombreuses écoles primaires publiques qui disposent de bibliothèques scolaires, celles-ci sont non fonctionnelles ou fermées, ou il y a peu des livres en termes de quantité et de qualité. Cela est dû à l’absence de personnes spécialisées capable de gérer efficacement ces bibliothèques, à la transformation des bibliothèques scolaires en classes de cours à cause du surpeuplement excessif et la non-attribution au niveau des délégations d’un budget bien déterminé annuellement pour cet aspect.

L’approvisionnement de ces bibliothèques et coins de lecture se base encore sur l’initiative des associations de parents d’élèves, élèves et enseignants, ce qui est susceptible de creuser encore plus les inégalités. Les enseignants se plaignent de l’absence de séances réservées à la lecture libre dans le programme officie, malgré les efforts et les initiatives individuelles de certains enseignants qui utilisent les coins de lecture pour encourager et améliorer la lecture chez leurs élèves. L’absence des filières spécialisées au sein des institutions universitaires dans le domaine de la science des bibliothèques et des informations constitue également un frein, malgré l’existence de l’ESI (Ecole des Sciences de l’Information) spécialisée dans ce domaine à Rabat.

L’ESI est un établissement d’enseignement supérieur public ne relevant pas des universités. C’est l’unique établissement de formation et de recherche dans les domaines de la gestion de l’information, de la connaissance et du contenu au Maroc. Depuis sa création décembre 1975, l’ESI a délivré 2600 diplômes d’Informatiste (Bac+4) et 300 diplômes d’Informatiste Spécialisé (2 ans de formation ouverte aux licenciés ou équivalent ayant au moins 3 ans d’expérience). Il existe une filière Bibliothéconomie et Documentation mais la plupart des diplômés semblent s’orienter vers d’autres métiers que bibliothécaires, notamment dans le conseil et la gestion de données. L’ESI a réalisé pour le Ministère de la Culture un guide pour la gestion des bibliothèques publiques.

En attendant que les orientations prises par le CSE se transforment en actions concrètes, ce qui suppose les structures et budgets adéquats, il est également possible à chacun d’agir. On notera d’ailleurs que plusieurs institutions parapubliques et privées contribuent à l’achat des manuels scolaires officiels à travers l’Opération Un Million de cartables.

L’apport de la société civile

Pour les matériels supplémentaires la société civile a pris un certain nombre d’initiatives que nous présentons ici (sans être exhaustif bien sûr) :

La Fondation Banque Populaire est née en 1984. Une demande de citoyens se retrouve d’ailleurs à l’origine de sa création, celle d’un groupe de MRE aspirant à faire étudier leurs enfants au Maroc dans une école conçue spécialement pour eux. Le Groupe Banque Populaire institua la Fondation Banque Populaire (FBP) avec pour mission d’œuvrer, à Agadir et Tanger. Elle dispose de 7 camions qui sillonnent le Maroc pour servir de bibliothèques locales et distribuer des livres pour enfants.

– Le RLM (Réseau de la lecture au Maroc), une ONG récemment créée, est un collectif d’associations qui milite pour enraciner et promouvoir le livre et la lecture dans la vie courante des Marocains. Pour sa présidente du RLM, Rachida Roky, enseignante à la Faculté des Sciences Université Hassan II Casablanca, la question primordiale se trouverait plutôt dans l’animation permanente autour du livre et de la lecture pour inciter les jeunes à lire.

Photo d’une séance de lecture des enfants dans un jardin public :

Séance lecture

A travers de nombreuses initiatives, le RLM s’est fait connaître par des manifestations spectaculaires avec organisation de séances de lecture dans des espaces publiques, jardins, campus universitaire, les camps d’été, par des activités régulières de rencontres avec des auteurs, par l’organisation des caravanes pour la lecture, ainsi que par l’organisation des colloques nationaux et d’ateliers sur la lecture et le livre.

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13 mars 2015

L’école tunisienne apprend-elle encore à lire?

Filed under: Uncategorized — Étiquettes : , , , , , , — education_south @ 15 h 58 min

A la suite de notre article sur l’apprentissage de la lecture en arabe au Maroc, Chadia Mhirsi, ex-Inspectrice Générale de l’éducation, nous fait part de ses analyses sur la situation tunisienne.

Par Chadia Mhirsi L’importance de l’apprentissage de la lecture La compétence de lecture est un facteur d’émancipation qui permet aux citoyens d’être autonomes et d’avoir la possibilité de contribuer plus efficacement au développement de leur pays. Aujourd’hui, plus que jamais, la compétence de lecture est une priorité, d’autant que le développement des TICS nécessite la maîtrise d’une grande variété d’écrits et de supports ainsi que le développement de compétences de sélection, de hiérarchisation, d’analyse et de synthèse. D’après une étude récente de l’ALECSO, les pays arabes souffrent d’un fort taux d’analphabétisme, 30% en moyenne, sachant que le taux mondial est de 18% actuellement. Une école qui ne permet pas à tous ses élèves d’apprendre à lire se doit de s’interroger sur ses programmes, son fonctionnement et ses résultats. En Tunisie, nous avons pu constater par des données chiffrées, un échec massif des élèves en matière de lecture. D’après la dernière session de l’enquête internationale PISA, plus de 50% des élèves tunisiens n’ont pas acquis le seuil de compétences nécessaires à la compréhension de l’écrit, ce qui correspond à un retard de trois ans d’études par rapport à la moyenne de l’OCDE. S’agissant d’élèves de 15-16 ans qui sont en général à la fin de l’enseignement obligatoire, il y a lieu de s’inquiéter face à ces résultats. Les examens nationaux confirment le même phénomène, ce qui explique sans doute l’incapacité d’un nombre important d’élèves à se maintenir dans le système éducatif. Ainsi, en 7ème année de Base, les taux de redoublement et de décrochage scolaire sont alarmants : en 2012, seuls 62,8% des élèves passent en 8e année, 22,8% redoublent et 14,4% quittent l’école. Ces données révèlent en outre une aggravation de la situation par rapport à l’année dernière.

Nos programmes sont-ils encore d’actualité ? En vue de trouver des explications et des pistes d’amélioration face à ce qu’il faut bien appeler « la problématique de la lecture », il faudrait examiner la méthode d’apprentissage qui est pratiquée au primaire et qui est préconisée par les textes officiels. Dans les programmes officiels, la lecture à haute voix du maître (ou lecture magistrale) est formellement déconseillée au deuxième cycle du primaire (3ème et 4ème années). Pas un mot sur les difficultés d’apprentissage dans les programmes du 3ème cycle (5ème et  6ème années). En 6ème année on ambitionne même d’apprendre aux élèves « la lecture rapide/ experte » alors même que beaucoup d’entre eux ont des difficultés de déchiffrage et de compréhension. Les choix méthodologiques en matière de lecture ne sont pas très différents pour l’arabe et le français. Rien ou presque n’est fait pour aider l’élève en difficulté. Privilégiant la perception visuelle, on fait simplement l’impasse sur la lecture à haute voix et ses multiples avantages (Mhirsi Chedia, La lecture à haute voix, 2006). Seule la lecture silencieuse est recommandée, la lecture à haute voix étant souvent considérée comme inutile, « Kiraa majania. Certains enseignants ont eux-mêmes désappris à lire à haute voix. Un tour d’horizon des différentes expériences de par le monde permet de constater que nos références en matière d’apprentissage de la lecture en vigueur en Tunisie sont dépassées : il s’apparente en fait à une méthode qui avait suscité un certain engouement dans les années 80 dans les cercles de formation continue mais qui a très vite montré ses limites en matière d’apprentissage de la lecture. Elle se réfère en effet à l’activité du lecteur expert qui appréhende le mot ou la phrase comme des images et qui procède à la reconnaissance automatique des mots ou de groupes de mots pour lire avec une certaine vitesse.

Photo Manuel Tunisie 1

Extrait du manuel tunisien 1ère année

Ainsi, les inspecteurs et les formateurs ont survalorisé une pratique lettrée et précoce de la lecture qui est loin des capacités réelles de l’élève. L’importance de l’enseignement des procédures de déchiffrage des mots a été largement sous-estimée: les recherches actuelles montrent que l’intervention explicite de l’adulte est nécessaire pour préserver l’accès au sens et l’intérêt de l’élève en phase d’apprentissage, soulignant par ailleurs que les élèves qui réussissent le mieux sont ceux qui ont bénéficié aussi de l’accompagnement de leurs parents lors de l’apprentissage de la lecture. Abandonnés à leur sort, les élèves qui ne bénéficient pas d’un soutien familial vivent une situation préoccupante qui se met en place dès les apprentissages premiers. En effet, dans les guides méthodologiques, y compris celui de 4e année, l’approche du texte commence par des hypothèses de lecture suivies d’une lecture silencieuse. Aucune mention de la lecture magistrale pour les textes d’apprentissage (p 34). L’acte de lire ne fait pas sens à leurs yeux. D’où une démobilisation croissante qui explique sans doute le décrochage scolaire.

Le manuel de 1ère année Il y a un seul manuel officiel au programme en 1ère année, accompagné d’un cahier d’exercices, donc une seule méthode. Helen Abadzi souligne que le manuel de la première année n’aide pas les élèves à lire. Il commence avec une chanson. La chanson commence avec le mot soulahfetoun, que les enfants tunisiens n’utilisent pas.  Les pages prochaines se focalisent sur certains lettres, mais le texte se base sur l’hypothèse que les enfants savent déjà non seulement lire, mais connaissent aussi la grammaire et le vocabulaire. Le livre part du principe que la plupart des enfants ont fréquenté le pré scolaire. Dans la pratique, ce sont les ménages les plus aisés qui peuvent y envoyer leurs enfants. Les plus pauvres peuvent savoir nommer les lettres mais pas des sons. L’utilisation de la langue arabe classique pose des difficultés aux enfants, parce qu’ils ne la comprennent pas beaucoup. Il est possible de simplifier la typographie mais aussi de rendre la langue plus adaptée au contexte tunisien.

Extrait d'une histoire assorties de questions de compréhension)

Extrait d’une histoire assortie de questions de compréhension)

La lecture de l’enseignant(e), pour quoi faire ?

Actuellement nos enfants sont privés d’un accompagnement dans la découverte du sens. Or, la lecture de l’enseignant(e), joue un rôle fondamental dans l’apprentissage de la lecture. La lecture à haute voix faite par l’enseignant constitue un moyen de mobiliser l’attention des élèves et de les fédérer autour d’un projet de lecture. Le maître joue ainsi le rôle du chef d’orchestre qui signe le début d’une partition, d’un vécu partagé. Pour mesurer l’importance du rôle du chef d’orchestre, imaginons un seul instant des apprentis-instrumentistes qui, la partition sous les yeux, commencent à jouer chacun de son côté et la cacophonie qui peut en résulter ! La lecture magistrale représente également un moment privilégié dans le vécu de la classe, qui partage une découverte et des émotions souvent intenses, s’assurant ainsi une mémoire et une culture communes. L’élève n’est plus seul face à un texte inconnu, il se sent en quelque sorte porté par l’ensemble du groupe-classe, en communion avec les autres. La lecture du maître dédramatise l’acte de lire, elle incite l’élève à lire tout seul et à aller de l’avant dans le cadre d’une lecture silencieuse, sans compter qu’elle prévient les erreurs de prononciation et aide à faire face aux mots nouveaux. En lisant, l’enseignant fait ressortir la tonalité et la progression du texte, ce qui donne à l’élève la possibilité d’accéder à un premier niveau de compréhension. Les variations de son intonation éclairent l’élève et le renseignent sur des composantes du texte, le suspense, par exemple. Elles facilitent l’identification des personnages et des particularités syntaxiques ou rythmiques. Comme on peut le constater, la lecture magistrale prépare la lecture silencieuse. Elle favorise la mémorisation d’éléments significatifs du texte qui seront réactivés lors de la lecture silencieuse et employés pour une compréhension plus fine, plus approfondie. Suivie d’un bref échange, la lecture magistrale stimule l’intérêt des élèves et facilite la construction collective du sens : chacun s’exprime sur le texte et y revient en vue d’un questionnement et d’une compréhension plus approfondis. En somme, il est possible d’affirmer que grâce à la lecture magistrale, on met en place une nouvelle relation au texte ! On aura remarqué aussi qu’elle apprend à écouter et à se familiariser avec le fonctionnement de la langue. Ainsi, l’élève apprendra à mieux lire. A noter que la lecture de l’élève permet la vérification du déchiffrage et de la compréhension globale du texte (discriminations auditives, articulation, respiration, débit, ton…). Cette activité peut aussi être vécue comme un moment de plaisir et de partage. La désaffection que la lecture à haute voix connaît aujourd’hui sous nos cieux explique sans doute en grande partie celle des jeunes pour la lecture en général. S’agissant d’un formidable outil d’apprentissage et d’une compétence essentielle aussi bien pour l’élève que pour l’enseignant, dans la vie scolaire et professionnelle, la lecture à haute voix devrait trouver sa place dans nos pratiques de classes et dans nos instructions méthodologiques. D’où la nécessité d’un apprentissage en vue d’en faire une pratique maîtrisée, pour l’enseignant aussi bien que pour l’élève.

Réagir rapidement

Un examen des programmes est nécessaire pour mettre fin à une situation préoccupante. Bien entendu, les adversaires et les partisans de chaque méthode de lecture n’auront de cesse de défendre leur point de vue mais les chiffres sont là, nous incitant à réagir vite, car nous avons une obligation de résultat. Il est primordial de remettre à l’honneur la méthode syllabique et la lecture à haute voix. Sachant que la lecture est une compétence transversale qui conditionne l’avenir de l’élève, la représentation de la lecture ainsi que sa place parmi les autres activités de la classe devraient être révisées en fonction des finalités de l’apprentissage des langues et des besoins des apprenants en tant que futurs citoyens. De façon générale, la révision des programmes et des instructions officielles est une opération coûteuse que l’Institution répugne à entreprendre dans des délais inférieurs à dix ans. En fait, c’est ce dispositif figé qui serait à réexaminer afin de créer une dynamique de régulation, impliquant plus de réactivité à la lumière d’objectifs et d’indicateurs déterminés. Mettre en place un plan d’action pour la formation continue à destination des différentes catégories d’intervenants est également indispensable, ce qui devrait aussi permettre de développer la mise en commun de bonnes pratiques en utilisant les TIC (expériences pédagogiques, leçons-témoins en vidéo…) et de réagir avec plus de flexibilité au moyen de documents annexes sachant qu’un programme sera toujours perfectible. Pour assurer à notre système éducatif une certaine efficacité, il ne suffit pas d’apporter une aide ciblée face à des élèves en difficulté, il serait important de reconsidérer nos programmes et nos pratiques. Former et réformer sont deux impératifs si nous voulons que notre école progresse.

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