Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

15 février 2016

Est-ce que les sciences cognitives détiennent la solution pour le retard en éducation dans le monde arabe?

Filed under: Uncategorized — Étiquettes : , , , , — education_south @ 10 h 23 min

Par Helen Abadzi

Traduit de l’anglais par Pierre Varly depuis : http://www.al-fanarmedia.org/2016/02/does-cognitive-science-hold-the-solution-for-the-arab-education-lag/

La version en langue arabe se trouve ici : http://www.al-fanarmedia.org/ar/category/opinion-ar/

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C’est un problème bien connu : les élèves des pays arabes sont à la traîne du reste du monde. Une nouvelle approche, tirée des neurosciences cognitives, pourrait enfin constituer un moyen de renverser cette tendance. Il semble que les jeunes élèves peuvent lire la langue arabe trop lentement au niveau de leur « mémoire de travail » pour contenir les informations assez longtemps pour y réfléchir et les traiter, ce qui peut nuire à l’apprentissage précoce. La recherche de nouvelles méthodes d’apprentissage pourrait être la réponse.

Dans le monde arabe, l’éducation a été difficile à obtenir. Les pays arabes ont largement investi pour l’accès universel à l’éducation, mais ils ont obtenu des résultats décevants. Les populations pauvres et rurales sont à plus grand risque et une faible performance semble affecter tous les pays. C’est un mystère qui mérite une explication.

En comparaison avec les élèves de nombreux autres pays, en moyenne les élèves arabes semblent prendre du retard dès le début de la scolarité. Les tests de lecture à l’oral promus par l’Agence américaine pour le développement international en Jordanie, au Yémen, au Maroc et en Egypte ont montré l’incapacité très répandue de comprendre un texte écrit, même après trois ou quatre années d’études. Les tests internationaux offrent des comparaisons encore plus inquiétantes avec les élèves de classes et d’âges similaires à travers le monde. Plusieurs pays ont participé à des évaluations par les centres de recherche telles que TIMSS (Trends in International Mathematics and Sciences), PIRLS (Progress in International Reading and Literacy Study) et PISA (Programme for International Student Assessment). Les élèves de quatrième année de tous les pays arabes participants ont des scores situés au bas de la distribution pertinente en lecture, mathématiques et sciences en quatrième année. Pour la compétence «lire pour apprendre», la plupart des étudiants arabes des échantillons sont classés comme performants à un bas niveau par rapport aux repères internationaux.

Les blogs et les articles sur ce sujet se réfèrent à des incitations économiques, aux facteurs sociologiques, à l’ennui dans les écoles traditionnelles et à la culture orale présumée du monde arabe. Mais si que ces questions semblent être importantes, elles sont en réalité périphériques. Les élèves prennent du retard au début en raison de facteurs qui sont plus étroitement liées à la biologie humaine, et en particulier aux opérations de « bas niveau » de perception et de mémoire qui permettent aux humains de traiter l’information. C’est pourquoi cela est d’un intérêt particulier pour les élèves arabes.

La lecture et les défis de la mémoire humaine

En tant que gens instruits, nous ne faisons aucun effort mental apparent lorsque nous prenons un journal. Nous ne percevons pas vraiment les lettres; nous reconnaissons instantanément l’écriture et la langue et nous passons la plupart de notre temps conscient à penser à ce que nous lisons. Mais en réalité, nous passons les premières millisecondes dans un univers parallèle. Cela se produit quand nous utilisons notre mémoire procédurale, qui contient la connaissance de l’aspect des lettres, de la manière dont les sons leur correspondent, ce que la langue dit et quelle combinaisons sont possibles et impossibles. Nous ne remarquons même pas ces éléments car la mémoire procédurale est inconsciente et rapide, et nous ne sommes pas faits pour suivre ses effets neurologiques.

Le rappel des règles de lecture et de la langue doit être instantané. L’information doit entrer dans notre « mémoire de travail » -le type de mémoire qui détient nos pensées- et son espace-temps est très limité. Selon certaines estimations, elle ne peut contenir qu’environ sept items pour environ 12 secondes. L’écriture doit être interprétée correctement dans ce délai ou la mémoire de travail s’efface. Nous perdons le fil de notre pensée et nous ne pouvons pas continuer.

Il est plus facile d’apprendre à lire dans les langues qui représentent toujours des sons avec des lettres. Nous sommes également plus efficaces pour conserver la mémoire de formes simples fréquemment trouvés dans la nature, puisque des circuits visuels ont été mis en place pour les reconnaître à travers l’évolution humaine. Avec la pratique, le cerveau relie des séquences de symboles pour former des motifs. Initialement les apprenants lisent lettre par lettre, mais après plusieurs heures de pratique une partie du cerveau est activée et reconnaît les mots comme s’ils étaient des visages. Cela semble se produire aux alentours de 45-60 mots par minute. Après cela, nous lisons sans effort automatiquement et nous pouvons traiter de grands volumes de texte.

Les points, boucles et les formes grammaticales façonnent les connaissances des élèves arabes

Alors que l’orthographe anglaise prend environ trois ans à maîtriser, l’écriture arabe avec voyelles représente adéquatement la plupart des sons et peut être apprise rapidement, en 100 jours de scolarité. Mais il y a un certain nombre de complications dans l’écriture arabe liée à son évolution à partir d’un alphabet sémitique ancien. À un âge où les supports de papier ou d’écriture étaient rares, l’espace était un luxe et lettres étaient nécessairement denses. Les inscriptions en pierres anciennes suggèrent que certaines lettres étaient difficiles à distinguer, donc au fil du temps, elles ont acquis des points. Pour créer une séparation entre les mots, de nouvelles formes initiales et finales des lettres ont été développés.

Ce ne fut pas un problème plus tôt dans l’histoire, car les lecteurs nécessaires n’avaient qu’à traiter seulement quelques lignes à la fois: des inscriptions, des missives/lettres ou des textes religieux. Ils pouvaient lire lentement et à travers des lectures répétées et pouvaient donner un sens aux messages. En revanche, nous traitons maintenant un grand nombre de pages chaque jour et de nouvelles informations doivent circuler efficacement dans notre mémoire de travail et être interprétées. Maintenant tout le monde dans un pays doit apprendre à lire, de sorte que les systèmes d’écriture doivent être optimisés pour le système visuel humain. Cela crée des problèmes pour les pays qui utilisent des systèmes d’écriture avec des complexités visuelles, tels que l’Inde du Sud ou d’Asie de l’Est, comme le Khmer.

La recherche suggère que l’ensemble des caractéristiques visuelles accumulées au fil du temps dans l’écriture arabe fatigue le système de détection des caractères dans le cerveau. Les caractères similaires avec des lignes et des points déconnectés ralentissent les lecteurs. Tandis que la différence de vitesse est imperceptible pour les lecteurs compétents, elle affecte les jeunes élèves. L’effet est plus prononcé quand il y a des points au-dessus et en-dessous les lettres, comme ينبغي  (devraient), ou une série continue de lettres similaires, telles que ينتشر  et ينتثر (publier et disperser). Les signes des voyelles courtes sont utiles pour l’identification, mais elles impliquent une superposition de lignes déconnectées qui ralentissent le traitement visuel. Il est plus rapide de traiter le texte sans voyelles, mais les élèves doivent d’abord apprendre à prédire les voyelles courtes. Cela exige de la vitesse, des réponses automatiques, et l’identification instantanée de mots.

Les facteurs visuels des lettres ne sont que le début du problème. L’autre élément est la langue. Personne ne parle l’arabe standard à la maison; les élèves ont besoin d’apprendre la grammaire, le vocabulaire et la syntaxe pertinente pour leur travail scolaire. La recherche suggère que les élèves traitent l’arabe comme une langue étrangère et la difficulté de la maîtriser dépend fortement de la distance linguistique entre la langue maternelle et l’arabe standard.

En principe, les élèves de première année devraient être en mesure de conjuguer les verbes dans les 10 formes du présent et passé, dans les types masculin, féminin et nombres duaux. Les enfants sont très bons pour la reconnaissance de formes, de sorte que l’enseignement systématique de cette tâche pourrait être réalisable. Mais les gouvernements et les spécialistes ne savent pas comment enseigner les compétences de base en lecture et en écriture.

Les pédagogues «modernes» préconisent l’apprentissage naturel du langage à travers des textes authentiques, les pays arabes enseignent souvent la lecture à travers des mots entiers (méthode globale) et la langue à travers des événements du monde réel. Cela pourrait fonctionner pour la langue anglaise, car elle a relativement peu de grammaire. Cela pourrait fonctionner dans les écoles arabes de la classe moyenne, mais la multitude de motifs de la langue arabe signifie que les étudiants ont besoin de beaucoup d’exposition pour former des règles sur ces modèles et pour les insérer dans la mémoire implicite. Toutefois, les étudiants issus de familles pauvres avec une éducation et une capacité d’aide limitées peuvent accuser un retard. D’autre part, l’enseignement de la grammaire « traditionnelle » est également inefficace. Les étudiants doivent commencer par apprendre une grande quantité de terminologie grammaticale (par exemple la définition d’un terme comme idafa, qui montre la possession) qui peuvent nuire à l’utilisation des langues et est largement détesté.

En conséquence, peu d’élèves aiment lire en langue arabe et ne s’engagent pas volontiers dans cet exercice. La charge cognitive et l’effort créent un cercle vicieux, c’est difficile et pas agréable et les enfants résistent à pratiquer la lecture, qui reste difficile faute de pratique. En conséquence, les vitesses de traitement visuel et linguistique qui sont nécessaires pour comprendre des volumes de texte peuvent être en retard pendant des années. Pour être intégrés dans les réseaux de mémoire à long terme, l’information doit d’abord passer à travers la mémoire de travail. Et sa capacité est impitoyable. Il semble que de nombreux élèves apprennent peu d’informations à partir de texte écrit.

Globalement, les lecteurs arabes doivent immédiatement et correctement identifier des lettres et des mots individuels, lire des phrases entières, leur donner un sens, et prendre des décisions. Tout cela doit avoir lieu dans environ dans les 12 secondes de la durée de mémoire de travail. Cela signifie que les élève arabes doivent apprendre beaucoup de matériel préliminaire avant de pouvoir donner un sens à des textes. Pour beaucoup de gens ces complexités repoussent les limites de la capacité de traitement humain.

En revanche, les enfants roumains ou arméniens ont besoin seulement d’apprendre un ensemble de lettres qui ont une forme unique et sont enchaînées de manière régulière pour produire des mots. Les élèves d’Iran, du Pakistan et d’Afghanistan, où l’écriture arabe est utilisée, ont à relever les défis visuels des élèves arabes mais doivent en revanche décoder les mots dans leurs langues familières. Cela est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les scores de l’Iran sont légèrement au-dessus de celles des pays arabes dans les évaluations TIMSS et PIRLS.

Les solutions potentielles

Beaucoup de parents dans les pays arabes travaillent dur avec leurs enfants et parviennent à surmonter ces obstacles. Mais ce qui se passe t’il pour les 50% les plus faibles? Dans le Maroc rural, il y a beaucoup d’élève de cinquième année qui commence à peine à lire des phrases significatives ou à donner du sens à un texte.

L’utilisation des sciences cognitives ouvre des possibilités inexplorées. En principe, il peut être possible d’améliorer la vitesse et la compréhension de la lecture des élèves arabes, de sorte qu’elles correspondent à celles des élèves d’autres langues qui font face à moins de difficultés visuelles et linguistiques avant de pouvoir lire.

L’optimisation de polices d’affichage pour la vitesse, l’élimination de certains signes de voyelles (harakat) mais pas d’autres, ou l’apprentissage des caractéristiques linguistiques qui sont identifiés lentement pourraient alléger la charge de la mémoire de travail.

Les exercices de sensibilisation morphologique et la précision du sens des mots sont importants. Il est également nécessaire d’expérimenter différentes façons d’enseigner la grammaire arabe de manière précoce et efficace, afin d’améliorer la compréhension et l’accélérer. La pratique ciblée sur les compétences de bas niveau qui sont traitées plus lentement peut résulter in fine dans une lecture et une compréhension plus rapide, ce qui donnerait aux élèves plus de temps pour réfléchir sur le contenu des textes.

Pour trouver la meilleure façon d’accélérer le traitement de la langue arabe, les experts des neurosciences cognitives doivent pouvoir participer. De nombreux pays arabes sont financièrement bien équipés pour entreprendre de telles recherches dans les écoles et les laboratoires et cela pourrait faire une énorme différence.

Imaginez ce que les sociétés arabes seraient comme si la grande majorité de la population pouvait facilement lire et interpréter instantanément des volumes de texte pour leur vie quotidienne. Si les gens à faible revenu pouvaient facilement lire cinq pages plutôt que simplement trois et avoir plus de temps et de connaissances reliées pour réfléchir aux implications, ils pourraient prendre des décisions différentes. Ils pourraient acquérir des compétences plus complexes. Sans doute, différentes philosophies politiques et religieuses pourraient obtenir un plus large écho. Les implications géopolitiques et sociaux du traitement efficace de l’information pourraient avoir des effets sismiques. Et à tout le moins, les élèves arabes pourraient réaliser leur véritable potentiel.

Les citations pour la recherche synthétisées dans cet article peuvent être trouvés à : http://www.academia.edu/9024123/Efficient_Reading_for_Arab_Students_Implications_from_Neurocognitive_Research

* Helen Abadzi est une psychologue grecque qui parle de nombreuses langues. Elle a pris sa retraite de la Banque mondiale après 27 années de service et est actuellement membre du corps professoral de recherche à l’Université du Texas – Arlington (College of Education). Elle suit régulièrement les nouvelles recherches en sciences cognitives et réalise une synthèse des conclusions pertinentes pour expliquer et prédire les résultats probables de diverses interventions. Son travail a aidé à placer la maîtrise de la lecture dans les premières années comme une priorité internationale.

4 juin 2011

La lecture : Ça va faire Mururoa dans ta tête à toi


La lecture : « Ça va faire Mururoa dans ta tête à toi » -L’imagerie cérébrale à la rescousse pour atomiser l’analphabétisme

Pour reprendre cette phrase culte du film Les frères pétards, nous allons voir, grâce à l’imagerie médicale, en quoi l’apprentissage de la lecture et le calcul activent certaines zones du cerveau (allument une mèche), et quelle mécanique magnétique est à l’oeuvre pour assembler les lettres en mots, comme les atomes en molécule. L’individu qui arrive à lire d’un trait le mot « magnétoencéphalographie » (la mesure des faibles champs magnétiques) n’a pas le même cerveau que celui qui reste bloqué sur « magnéto ».

Le Point est un excellent hebdomadaire français, où l’on trouve les éditos de Patrick Besson, auteur du très bon roman : « Mais le fleuve tuera l’homme blanc », dont l’action se déroule au Congo. Dans ce roman, le « héros », un consultant !, tente d’activer les zones magico-cérébrales quelque peu enfouies dans les méandres de son cortex afin de décrypter les signes de la jungle de Brazzaville et de survivre au bord du fleuve Congo. Ce processus d’acculturation ou de retour aux sources lui sera fatal…

Le numéro du 2 juin 2011 du Point consacre quelques pages aux aventuriers de la science et accessoirement à l’introduction de la langue amazigh (berbère) à l’école marocaine.

Dans un article consacré à « Stanislas Dehaene, le défricheur du cerveau », le Point publie, avec un peu de retard, des résultats de recherche utilisant l’imagerie cérébrale. Grâce aux outils du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), ce chercheur identifie dans le cerveau le « lieu où tous les hommes, quels que soient leur culture ou l’alphabet, apprennent à décoder les lettres». « Dans cette zone dite visuelle, chaque enfant qui apprend à lire opère une reconversion, plus ou moins réussie, des cellules aptes jusque là à reconnaître les objets ». Les recherches démontrent que : « chaque alphabet s’est développé sous des contraintes neuronales liées à la forme des objets».

Pour aller dans ce sens, les premiers alphabets ont d’ailleurs été pictographiques avant de faire intervenir des signes en forme de coins ou de clous (cunéiforme). Plus d’infos ici.

En décembre 2010, S. Dehaene a publié la première cartographie comparant des sujets étant passés par l’école avec des individus non scolarisés ». « Si nous partageons une même architecture du cerveau, l’impact de l’éducation est cérébralement décisif ». « Ces travaux démontrent « l’existence d’un patrimoine cérébral commun à l’humanité », qui font écho au « substrat universel » cher à Levy-Strauss : « Posons donc que tout ce qui est universel, chez l’homme, relève de l’ordre de la nature et se caractérise par la spontanéité, que tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier ».

Vous pouvez écouter une conférence prononcée à l’Académie Royale de Belgique par S. Dehaene « Cerveau et lecture » sur ce lienAudio2011SeanceouvertureDehaene9308.mp3.

Ces travaux montrent aussi tout l’’intérêt des enquêtes sur les compétences en lecture basées sur le nombre de mots lus par minute.

On voit qu’à partir d’un seuil de 60 mots lus par minute (pour les alphabets/scripts latins et grecs), certaines zones du cerveau s’activent et la lecture devient « automatique ». Retrouvez l’article de Science en anglais ou un résumé en français sur le site de l’Inserm, où l’on apprend qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre à lire « Les circuits de la lecture restent plastiques tout au long de la vie ».

Pour rendre opérationnels ces travaux, dans le sillage des études EGRA, un test simplifié de lecture a été administré aux élèves de 5ème année au Cameroun par votre serviteur, test qui permet de classer les élèves en lecteurs « muets », partiels et autonomes.Le test, judicieusement 🙂 couplé à un test de calcul mental, fournit au sortir de la salle de classe une estimation raisonnable de la proportion d’élèves en grande difficulté, permettant par exemple à l’inspection, si elle le souhaite…, de débriefer à chaud le personnel de l’école et d’envisager des actions de rémédiation/soutien aux enseignants ou de cibler l’école pour la fourniture en urgence des matériels didactiques.

.Les neurosciences nous montrent donc que les lecteurs autonomes (qui lisent couramment) utilisent une zone de cerveau qui n’est pas activée par les autres types de lecteurs. Les politiques éducatives ont donc pour nouvel objectif de stimuler les dites zones.

Voir cette présentation carnegie-mellon-reading from Abadzi par Helen Abadzi, qui soit dit en passant ne décrit pas bien les références des recherches de la neuroscience présentées


Carte des régions activées par le calcul (en jaune) et par les mouvements oculaires ( saccades en bleu), avec leurs intersections

Des faits similaires sont observés par l’imagerie cérébrale pour le calcul mental.

« De même, grâce à l’imagerie cérébrale par résonance magnétique à 3 Teslas de NeuroSpin, ces équipes viennent de mettre en évidence un rapprochement inattendu entre les représentations des nombres et celles de l’espace dans le cerveau. […] « Ils en ont conclu que le calcul mental ressemblait à un déplacement spatial. Par exemple, dans une certaine mesure, lorsqu’une personne qui a appris à lire de gauche à droite, calcule 18 + 5, son attention se déplace « vers la droite » de 18 à 23 dans l’espace des nombres, comme si les nombres étaient représentés sur une ligne virtuelle. « 

Les neurosciences ont incité les organisations internationales à réorienter leurs activités vers des recherches actions sur l’apprentissage de la lecture dans les premières années, via Helen Abadzi du Secrétariat de l’Initiative Fast Track. Ce document très complet et récent de Colette Chabbott fait le pont entre recherche et programmes d’interventions sur le terrain. La fondation Carnegie-Mellon souhaite poursuivre ces recherches dans les pays en développement tandis que les équipes du CEA travaillent déjà avec les indiens d’Amazonie, chers à Lévy-Strauss : « Utilisant des méthodes de psychologie cognitive, les chercheurs viennent de mettre en évidence que ce peuple possède un sens intuitif des relations nombre-espace. En revanche, le sens de la mesure est acquis par l’apprentissage« .

Vous trouverez ici un inventaire et regard critique sur les différentes méthodes d’apprentissage de la lecture.  Ces différents travaux tendant à montrer que les mécanismes cérébraux d’acquisition de la lecture sont universels ne remettent-ils pas en cause la diversification des méthodes pédagogiques et ne relancent-ils pas le débat sur les méthodes syllabiques et les méthodes globales ??

De même, ces résultats n’invitent-ils pas à maintenir les financements de la recherche française et européenne en matière de nucléaire, qui a énormément de retombées non radioactives ? Malgré un effort de décloisonnement des disciplines, on peut constater par cet article que la recherche française est très peu valorisée et sous-utilisée, contrastant avec la pratique Nord-Américaine. On incitera nos amis grands penseurs du développement à aller faire un tour du côté de Saclay. On suggérera aux chercheurs de procéder à des images cérébrales des hommes et femmes politiques, lecteurs « muets » des travaux de la neuroscience et aux membranes totalement hermétiques à l’élaboration de stratégies rationnelles d’alphabétisation de masse.

Consultez le dossier complet sur l’imagerie médicale Neurospin du CEA. Pour vous détendre, vous pouvez aussi visiter la grande barrière de corail, avant qu’elle ne disparaisse.

Les coraux ressemblent étrangement à des cerveaux (« La morphogénèse est proche des labyrinthes des cerveaux », Stanilas Dehaene)

La grande barrière de Corail en Australie est le plus grand organisme vivant de la planète, sorte de réseau internet fossilisé.

Voir ici un livre sur le corail de Mururoa bien sûr ! Les requins, qui côtoient les récifs coralliens, disposent d’un organe qui leur permet de détecter les champs magnétiques très faibles, les ampoules de Lorenzini. Si vous avez suivi, les requins sont quelques peu, vous l’aurez compris, « encéphalomagnétographes ».

Cet article est dédicacé à mon père, André Varly.

Pierre Varly

Sources/crédits images :  http://www.collegedevinci.com/Civilisation-des-pictogrammes-a-l et © CEA.

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