Un blog sur l'éducation dans les pays du Sud – A blog on education in the developing countries

8 janvier 2015

Analyse des backup : Statistiques sur l’utilisation des ordinateurs XOs à Nosy Komba


Pierre Varly & Abdallah Abarda

Ce billet retrace les méthodes et résultats préliminaires de l’analyse des sauvegardes/backup réalisés depuis 2010 sur les ordinateurs XOs déployées à Nosy Komba par l’association OLPC France. A l’heure où la question des usages (parfois appelée Learning analytics) intéresse la communauté OLPC mais également Orange Labs et d’autres centres de recherche, OLPC France s’est lancé dans un vaste projet de back up des informations provenant des XO et d’analyse des donnée. A ce jour, des données sont disponibles sur quatre années consécutives depuis 2010. Vous trouverez un ppt de synthèse en anglais ici. XO stats version avec 3 parties

Des statistiques sur l’utilisation des XO : pour quoi faire ?

L’utilisation des ordinateurs à l’école suscite de nombreuses interrogations mais reste relativement peu étudiée dans l’enseignement primaire et dans les pays en développement. Dans toutes les évaluations et études sur l’usage des ordinateurs à l’école, on ne sait généralement pas quels logiciels sont déployés, ni quels logiciels sont effectivement utilisés par les élèves.

Dans un article publié sur le site OLPC San Francisco, Sameer Verma fait le point sur les différents déploiements s’intéressant à la question des statistiques sur l’usage des XO, en notant l’existence d’un groupe de travail sur ces questions. On notera ainsi que les équipes du Paraguay, de Jamaïque, du Népal et d’Inde ont mis en œuvre des procédures permettant d’extraire des métadonnées. Il est possible grâce à une application Sugar–XO-stats de visualiser les données sur l’utilisation des XO. Voir le Sugar stats project. Tous ces déploiements utilisent les données du Journal Sugar où sont répertoriées les activités utilisées par les élèves.

La question est de savoir ce que font les élèves avec le XO. Le travail vient en complément des analyses qualitatives essentiellement basées sur les rapports des volontaires et observations en classe réalisées par Sandra Nogry dont plusieurs résultats ont été publiés sur le blog de l’association OLPC France ou dans la revue Frantice.

Procédure d’extraction des données

L’analyse se base sur les traces et fichiers produits par les élèves (notamment multimédia).Kevin Raymond a mis au point une nouvelle méthode pour exporter le journal et autres données utiles à des fins d’analyse. Le script se nomme dobackup.sh et doit être adapté à chaque nouvelle version de Sugar. Copiez ce fichier sur votre clé USB et rendez-le exécutable. Pour réaliser le back up du XO, vous devez faire tourner le script depuis le XO (activité Terminal ou un virtual shell).

Le programme va :

  • Créer un dossier séparé pour chaque backup/ordinateur (à l’aide du numéro de série)
  • Compresser le journal (/home/olpc/.sugar/default/datastore)
  • Sauvegarder le nom du XO dans un nouveau fichier
  • Copier le répertoire Gnome

Le script est disponible ici : https://git.sugarlabs.org/jparse/jparse/trees/master

Grâce au listing d’élèves et l’enregistrement d’un pseudo (nickname) et parce que pour certaines années les back up étaient organisées par classe, il est possible d’obtenir quelques informations sur les caractéristiques des élèves notamment le genre et le niveau scolaire.

Qualité des données

Les données souffrent d’un certain nombre de limites et ne permettent pas de répondre à toutes les questions de recherche. Jusqu’en 2014, les backup n’ont pas concerné tous les ordinateurs ni toutes les activités. Ensuite, comme les enfants travaillent en groupe et que les fichiers peuvent s’échanger entre élèves, il n’est pas possible d’attribuer strictement le contenu d’un XO à un seul élève. De plus, les XO changent de main d’une année à l’autre (même en cours d’année).

Si les données produites souffrent de diverses limites et nécessitent un travail minutieux de traitement et de vérification (notamment des dates), elles semblent dans l’ensemble être valides car reflétant la situation observée sur le terrain et documentée dans des rapports.

Méthodes d’analyse

Les outils d’évaluation des acquis scolaires (tests) et de l’analyse des curricula (programmes scolaires et pratiques en classe) peuvent être conceptuellement mis en œuvre dans le cadre de l’analyse des backup. Comme le suggère Bender & Urrea, il y a un certain nombre d’activités pour lesquelles on attend une réponse positive de l’élève (expected use) et pour lesquelles les élèves répondent effectivement ou non (real use). Les élèves sont donc stimulés à travers des activités et leurs réponses peuvent s’interpréter de la même manière que les réponses à un test.

L’analyse des corrélations entre activités montre que l’usage des activités est bien révélateur d’un comportement latent et non le fruit du hasard. L’Alpha de Cronbach qui mesure la manière dont les activités sont utilisées les unes avec les autres (corrélations) est égale à 0,74 en 2012, soit supérieur au seuil de 0,7 généralement retenu en psychologie pour pouvoir caractériser un comportement à partir de réponses à des stimuli ou à un test.

On mesure trois dimensions principales dans l’utilisation des activités : la variété des usages, l’intensité de l’utilisation et la fréquence/régularité. On pourrait aussi introduire l’autonomie et la créativité mais qui se mesurent mieux à travers les méthodes qualitatives (analyse des productions des élèves).

Pour être interprétées correctement, quelques informations contextuelles doivent être collectées en complément des données tirées des backup. Le niveau scolaire (CP à CM2) est prépondérant car il donne une indication sur l’âge, les enseignants dans l’école (qui ont des niveaux de formation et d’expérience avec le XO différents), les capacités cognitives de l’élève, ses capacités de lecture et également la durée de l’expérience de l’élève avec le XO. Les données collectées concernent à la fois des activités Sugar et des fichiers standards (jpeg, ogg.) et permettent également d’analyser les usages de Gnome (en dual boot avec Sugar).

Quelques résultats préliminaires

Les activités les plus utilisées en moyenne sur les trois ans sont : Ecrire , Speak, TamTam, Photo, ODF (Fichier), Enregistrer, Video, Implode, Fototon, Calculate, Word, Libray-OLPC (dossier ebooks), Calculate et Etoys. Elles sont utilisées par plus de 75% des élèves.

Polar chartSource : Varlyproject/OLPC France, backup de 2011 à 2013

Les données sont relativement stables dans le temps avec des pourcentages d’utilisation des activités qui ne varient pas beaucoup d’une année à l’autre. Les activités qui sont utilisés le plus intensément (le plus grand nombre de fois par élève) sont Memory, Video, Enregistrer, Photo, Word et Speak. Elles sont utilisées plus de vingt fois en moyenne par élève au cours de l’année. L’examen des écarts type et minimum-maximum montrent une grande dispersion dans l’intensité avec des élèves qui sont très actifs et d’autres qui ne le sont presque pas.

Globalement, les XO sont régulièrement utilisés et cela même en dehors des périodes de présence des volontaires. On remarque également que les pics d’utilisation dans la semaine sont souvent le mercredi, jour d’utilisation par les CM1-CM2, la classe la plus importante (60 élèves) et le vendredi après-midi, demi-journée libre pour les enfants. Les XO sont utilisés en dehors de l’école.

Les CP n’utilisent pas les activités qui requièrent un minimum de compétences en lecture/écriture telles que pdf, GCompris et chat. Les cours moyen utilisent davantage les livres numériques et l’activité Madagascar et pdf mais moins Turtle. Les filles et les garçons utilisent différemment le XO ce qui confirme les observations faites en classe. Les filles utilisent davantage Turtle, Calculate, Chat et Fototon. Ces résultats sur le genre rejoignent ceux d’autres études menées notamment par Orange Labs sur l’utilisation de tablettes au Niger, avec une plus grande propension des filles à l’utilisation d’activités de communication.

L’analyse en composantes principales permet de regrouper les activités en plusieurs dimensions/axes et de représenter les variables et les individus dans un même plan dit factoriel. On distingue deux axes, le premier axe vertical est constitué des activités soit promues en classe (memorize, Gcompris), soit nécessitant un minimum de compétences en lecture/écriture (rtf, pdf, epub) ou encore relativement proches du programme scolaire. Le second axe (horizontal) est constitué des activités moins scolaires et plus ludiques ou multimédia (speak, png, fototon, ogg) ou des activités qui s’écartent du programme scolaire dans leur contenu ou dans leur présentation. Le comportement des élèves selon ces deux dimensions est intimement lié à leur niveau scolaire avec des comportements nettement différents entre élèves du primaire et du collège.

En 2012, 81 % des élèves utilisent Gnome. Les principaux fichiers sur Gnome sont des fichiers vidéo, audio et des images. La moyenne de photos par élève est de 91 photos, ce qui est relativement important. La moyenne de vidéos visualisées est de 22 vidéos et de 13 fichiers HTML. Les élèves aiment beaucoup s’échanger des vidéos et morceaux de musique malgache ou internationale.

A venir

Ces analyses sont actuellement répliquées sur les données 2014 qui couvrent un plus grand nombre d’ordinateurs et d’activités (notamment celles qui ont été développées par l’association). En 2014, des tests de lecture ont été administrés sur un échantillon d’élèves de Nosy Komba afin de mieux mettre en relation compétences en lecture et utilisation du XO. Les résultats seront présentés dans un prochain billet avec également les programmes d’analyse sur le logiciel libre R. Il serait également souhaitable d’encourager les échanges entre déploiements : dans quelle mesure les usages varient-ils selon les contextes locaux et les logiciels déployés? Y a t’il des différences entre déploiements à large échelle avec des échanges formalisés entre enseignants et une communauté de soutien et les petits déploiements ?

Pour pouvoir comparer, encore faut-il qu’un tronc commun d’applications soit déployé par défaut sur Sugar, qu’on définisse des métriques communes et des gardes fous déontologiques sur l’utilisation de ces données individuelles. Là encore, les travaux peuvent être empruntés à la psychométrie et aux standards de l’APA (American Psychological Association) qui posent un certain nombre de jalons sur les expérimentations et tests en milieu scolaire, sur la validité des mesures et leur utilisation à des fins scientifiques. Si beaucoup de chemin reste encore à parcourir, les retombées potentielles en termes scientifiques ou opérationnels sont nombreuses.

Pour davantage de résultats et données, vous pouvez consulter cette présentation XO stats version avec 3 parties (en anglais) ou regarder la vidéo du Sugar Camp (avril 2014), avec des échanges avec la communauté OLPC sur ces questions.

9 septembre 2013

Vers une application universelle d’apprentissage de la lecture


Des travaux relativement récents nous permettent d’envisager à terme la création d’une application universelle d’apprentissage de la lecture par le biais d’outils informatiques où l’enfant apprendrait seul. Le développement des nouvelles technologies informatiques rend possible la mobilisation d’algorithmes complexes, de tests, de mécanismes d’interactions hommes machines au profit d’une cause juste et économiquement justifiée, l’apprentissage pour tous.

Depuis le forum de Dakar en 2000, les pays en développement ont fait d’énormes progrès en termes de scolarisation primaire universelle. Pourtant, à deux ans de l’échéance de 2015, plus de 57 millions d’enfants ne vont pas à l’école primaire et autant sont scolarisés mais n’apprennent rien.

Cette situation découle d’une part d’une dégradation des conditions d’enseignement et d’apprentissage induits par la progression importante des effectifs scolaires (un bien en soi), des difficultés de recrutement et de formation des enseignants et des évolutions des programmes parfois en complet décalage avec les réalités du terrain. Mais surtout, le problème de niveau scolaire des élèves trouve racine dans la non acquisition des compétences de base en lecture et calcul dans les premières années. C’est là un fait établi par de nombreuses recherches et rapports tirés des tests scolaires. La communauté internationale s’est donc recentré sur les questions de lecture, mais en proposant des outils et méthodes qui n’ont pas réussi par le passé à solutionner les problèmes, voir même les ont créé.

Selon de nombreux chercheurs et experts (Abadzi), l’usage du français et de l’anglais comme langues d’enseignement est un problème, notoirement en Afrique. En effet, contrairement à l’italien ou au finlandais (finno-ougrien), qui s’écrivent comme elles se prononcent (orthographe transparente), ces langues contiennent de nombreuses irrégularités qui les rendent difficile à apprendre.

Certaines organisations se sont donc positionnées clairement en faveur des langues nationales dans l’enseignement, c’est le cas de l’USAID. Mais les pratiques pédagogiques des enseignants et l’environnement scolaire et extrascolaire ne sont pas toujours favorables à l’apprentissage de la lecture et ce quelque soit la langue :

  • Peu d’heures consacrées à la lecture ou délivrées de manière irrégulière
  • Pas de manuels scolaires en classe, ni de livres à la maison
  • Pratiques pédagogiques trop basées sur la répétition par cœur

Des travaux récents tendent à montrer que sur un plan cognitif les mécanismes d’apprentissage  de la lecture sont invariants selon la langue. Le cerveau humain est biologiquement le même. C’est un premier argument en faveur d’une application universelle d’apprentissage de la lecture

De nombreuses initiatives pilote ont permis de jeter les bases des compétences en lecture, au moins du déchiffrage. Helen Abadzi, psycholinguiste qui consacre une grande partie de sa vie aux questions de lecture soutient qu’un programme de 100 jours peut être mis en œuvre, du moins à petite échelle. Ainsi, au Cambodge la mise en place de la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture du Khmer, une langue très complexe,  a obtenu de bons résultats.

Cependant, les solutions proposées dans ces projets reposent sur des mesures classiques : élaboration de manuels, supports didactiques et formation des enseignants.

Si les méthodes qui marchent et surtout celles qui ne marchent pas (comme la méthode globale selon Dehaene) commencent à être documentées, par quels outils/média ces méthodes doivent-elle être appliquées auprès des élèves ? Sur un plan strictement économique, celui du coût, un ordinateur ou une tablette équipé d’applications d’apprentissage de la lecture, du calcul, mais également de livres scolaires ou des manuels scolaires numériques revient moins cher que la production papier équivalente.

Au Burundi, où le coût de la vie est faible, l’ensemble des manuels sur le cycle primaire revient  à 68$ (en 2011), si vous rajoutez le coût d’un dictionnaire (denrée rare) 67 $ environ, vous atteignez déjà 135$. Solution alternative, des ordinateurs permettent de stocker des ebook et par un mécanisme de partages de fichier la création de bibliothèques virtuelles. 10 enfants disposant chacun d’un ordinateur avec 5 livres distincts possèdent une bibliothèque de 50 livres. Le coût est donc un deuxième argument pour une application informatique d’apprentissage de la lecture qui puisse faire appel à des matériaux divers et variés.

Des solutions sont également développées pour l’accès à l’énergie à travers des panneaux solaires, outils qui méritent d’être testés en condition réelle.

Quelque soit les outils et méthodes, l’apprentissage de la lecture nécessite au début une pratique quotidienne, le temps de muscler le lobe occipito-temporale gauche, responsable de la forme visuelle des mots.

Or on le sait, le temps d’apprentissage que ce soit à l’école ou en dehors de l’école est faible et insuffisant pour les élèves des pays du Sud. Autant proposer une solution radicale qui est celle de doter chaque enfant d’un ordinateur lui permettant d’apprendre avec ou sans école, avec ou sans enseignant. Une telle expérimentation est à l’oeuvre en Ethiopie ou est passé à la postérité en Inde (a hole in the whole).

L’idée n’est pas de remplacer l’école et les enseignants mais de garantir aux élèves un service minimum éducatif par l’auto-apprentissage. C’est un troisième argument, la mise au point d’une application d’apprentissage de la lecture permet d’augmenter le temps et les opportunités d’apprentissage, notamment en dehors de l’école.

Pour peu qu’une telle application marche, il est même possible de fournir une offre éducative de qualité à des populations non scolarisées ou pour lesquelles une scolarisation formelle (école et enseignants) est soit coûteuse, soit difficile. On pense aux nomades, aux réfugiés aux populations géographiquement ou culturellement excentrées.

Sur un plan technique, quelles sont les contraintes au développement d’une application d’apprentissage de la lecture ? A en croire les récents travaux des neuro-sciences, le point de départ n’est pas la méthode globale mais le découpage en unités élémentaires que ce sont les lettres, phonèmes, graphèmes, mots, images. Il s’agit alors de construire une base de données de ces unités, de déterminer les méthodes d’association des éléments entre eux et de développer une interface enfant-machine qui puisse fonctionner dans différents contextes et sur différentes plateformes. Cette application doit pouvoir fonctionner dans toutes les langues et dans tous les contextes culturels et selon le principe de réversibilité, c’est-à-dire que l’enfant doit pouvoir réaliser l’association lettres à sons mais également dans l’autre sens l’association: sons à lettres par exemple. L’application doit pouvoir réaliser des tests de compétences afin de situer le niveau de l’élève et lui proposer des exercices/jeux adéquats. Par exemple, l’application doit pouvoir tester la lecture à haute voix de l’élève (voir l’application Tangerine), ce qui suppose l’emploi de techniques de reconnaissance vocales dans le cas d’une application sans intervenant externe (voir le projet CMUSphinx, libre). L’application pourrait centraliser les données sur l’usage des élèves (ce que fait Graphogame), leurs résultats afin d’ajuster l’application au fur et à mesure, soit à la main à travers l’intervention de pédagogues développeurs, soit par le biais de l’intelligence artificielle. En un mot, en rupture avec la logique actuelle de développement de théories pédagogiques complexes, qui  bien souvent conduisent à la catastrophe sur le terrain, le maître mot est l’expérimentation à tout va.

De telles applications sont déjà en cours de développement. Les technologies ont progressé, elles sont là. Testez l’application iTranslate sur iPhone/iPad, la reconnaissance vocale fonctionne très bien. Les technologies sont là mais sont mal employées.

La preuve en est le décalage considérable entre les avancées des connaissances des neurosciences sur l’apprentissage et le contenu des applications commerciales sur la lecture. La plupart des prétendues applications sont en fait des QCM, on ne propose pas des stimuli de qualité aux élèves, il y a peu d’interaction, on n’exploite pas les possibilités offertes par l’informatique. Nous ne sommes pas loin de la dictée magique Texas Instrument qui date des années 1980 ! La tendance naturelle est à répliquer l’existant, à numériser les manuels agrémentés de quelques animations, plutôt que d’inventer de nouvelles méthodes.

Pour ce qui est du calcul et des mathématiques, la situation est quelque peu différente, on peut citer Splash Math ou Gcompris par exemple. Cela pose moins  problème que pour la lecture qui doit prendre en compte les alphabets et la structure de chaque langue.

Une revue de diverses applications commerciales sur la lecture, certes non exhaustive, montre qu’elles sont relativement chères et médiocres. Comme nous allons le voir, deux applications semblent sortir du lot et peuvent constituer à terme un bien public mondial que serait une application universelle d’apprentissage de la lecture, n’ayons pas peur des mots.

En termes de contenu pédagogique, les recommandations issues des travaux de Dehaene et d’Abazdi convergent et pointent vers … les méthodes du passé telles que les syllabaires et la phonétique.

Ainsi, les recommandations sur les méthodes d’apprentissage les plus efficaces convergent en dehors de la place à accorder à la calligraphie/écriture cursive qui est d’ores et déjà abandonnée dans certains Etats américains. L’application ABC Genius permet aux enfants de tracer des lettres sur l’écran avec le doigt (Méthode Montessori) et semble donc permettre la mobilisation des sphères motrices autant que visuelles. ABC Genius une des rares applications à utiliser un tant soit peu les fonctionnalités des tablettes, pour le reste, ce sont des copies numériques de manuels scolaires, qui sont pas toujours ludiques. Or le plaisir d’apprendre est une notion essentielle et les applications proposées doivent donc pouvoir intégrer cette dimension.

Pour ce qui est strictement de la lecture, une première application Graphogame réalisée par des chercheurs finlandais vise à guérir la dyslexie et semble découler tout droit des recherches sur les neurosciences. Les démos sont attrayantes, encore reste t’il à en prouver l’efficacité. Pour y avoir accès, il faut remplir tous un tas de formulaires et s’engager à donner du feedback online sur les résultats des élèves. L’application est disponible dans quelques langues et semble adaptée à l’apprentissage des structures transparentes de la langue car le point de départ est le finlandais. La renommée internationale du système éducatif finlandais semble asseoir une stratégie marketing ou de diffusion à destination des pays africains. Une expérimentation (sur téléphone mobile semble t’il) est en cours en Zambie, mais la stratégie ou le business modèle manque quelque peu de clarté et de transparence, contrairement à la langue finlandaise.

Nous allons voir que le modèle économique de développement et de diffusion d’applications éducatives est le point d’achoppement d’un apprentissage de la lecture par le biais de l’informatique dans les pays du Sud. Le problème n’est pas technique, il est financier et politique, comme toujours.

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Une deuxième application fort riche a été réalisée par une française installée aux Etats Unis, Isabelle Duston. Smart4kids qui repose sur une base de données relationnelle graphèmes, phonèmes, images propose une progression dans l’apprentissage de la lecture correspondant à environ deux ans de programme scolaire. Réalisée avec des enseignants, le point d’entrée est par le curriculum, ce qui semble t’il peut en faciliter l’appropriation par les enseignants et par les parents (à en croire les quelques avis et revues), contrairement à l’application Graphogame plus spécifique.

Cette application est actuellement disponible sur iPhone (4) et iPad et bientôt sur Android. En dehors des versions commerciales en français et en anglais, l’application est développée en Khmer avec l’aide de l’USAID.

L’application Khmer a été développée soigneusement en suivant la structure et de langue et en adoptant une méthode qui semble avoir marchée avec les outils papiers. C’est surtout l’occasion de mettre au point une méthode d’acculturation, d’adaptation linguistique et culturelle d’une application sur la lecture partant d’une base de données sons images textes dont la structure est invariante et qui correspond peu ou prou à la manière dont l’information est stockée dans nos cerveaux. On peut imaginer que cette application soit déclinée en plusieurs langues choisies en fonction du nombre de locuteurs (kiswahili en Afrique par exemple) ou du nombre de locuteurs équipés d’ordinateurs (espagnol pour le XO) ou kinyarwanda en Afrique (Rwanda/Burundi). Le coût estimé par langue varie de 20 000 à 50 000 $ en fonction du nombre de leçons selon Isabelle Duston.

Reste à déterminer un modèle économique, tant il est illusoire de vendre des applications informatiques à des populations qui vivent avec moins de 2 dollars par jour. D’autres stratégies que la vente doivent être envisagés pour le développement et diffusion de ces applications, telles que la subvention par des organisations internationales, des Etats, des fondations ou le Crowd Funding.

Reste la solution du développement d’outils libres par des développeurs bénévoles, sans exclure une forme de rémunération. C’est dans cette optique que l’association OLPC France a obtenu la mise en ligne de la base Sons-Images-textes Art4apps en licence CC BY SA et a développé quelques applications d’apprentissage de la lecture telles que Abecedarium. Cette application a elle-même été utilisée pour développer une application sur la lecture dans la suite Gcompris. Il faut donc encourager la création et l’enrichissement de base de données libres dans le sillage de Wikimedia, leur diffusion et leur exploitation pour le développement d’applications éducatives.

Que ce soit au niveau d’iLearn4fun que de l’association OLPC France, le développement de la base de données et des applications qui vont avec reposent sur trop peu de personnes de bonne volonté. La mise en ligne de la base Art4apps permet le développement de myriades d’applications par exemple Food Chain, elle a un fort potentiel d’effet de levier mais reste à l’heure où nous écrivons sous-financée, comme plus largement les applications éducatives à destination des pays du Sud ou dans des langues autres que l’anglais.

Pierre VARLY

27 avril 2012

Une évaluation OLPC utile au Sri Lanka

Filed under: One Laptop Per Child — Étiquettes : , , , , — education_south @ 14 h 25 min

Des chercheurs sri-lankais de l’University of Colombo School of Computing (UCSC) et un chercheur visiteur au Department of Computer and Systems Sciences (DSV) de l’Université de Stockholm ont mené une évaluation indépendante d’un déploiement OLPC au Sri Lanka. Cette évaluation n’est pas financée par les autorités qui gèrent directement le projet : le Ministère de l’Education et la Banque mondiale.

Le projet OLPC au Sri Lanka

Le projet consiste à déployer 1000 ordinateurs XO équipés de l’interface Sugar dans 13 écoles primaires rurales. Il s’articule en plusieurs composantes.

  1. L’adaptation de l’interface Sugar aux langues cinghalaise et tamoule
  2.  Le développement des activités d’apprentissage comme des jeux interactifs sur la base du programme d’enseignement primaire
  3. La formation des enseignants pour intégrer le XO dans les activités en classe
  4. L’établissement d’une communauté de soutien pour les enseignants et les étudiants
  5. La mise en place d’un environnement d’apprentissage collaboratif de la classe ouvert sur le monde

Tant dans ses objectifs que dans ses résultats, ce déploiement ressemble beaucoup à ce qui se fait à Nosy Komba.

Après une revue de littérature et des sempiternelles discussions sur l’impact des projets OLPC, les auteurs remarquent que les ressources humaines et financières n’ont pas toujours été prévues pour la maintenance dans de nombreux déploiements de part le monde. Une telle situation est très fréquente dans les projets de développement : les bailleurs sont prêts à investir dans une dotation en capital physique ou humain, mais considèrent que c’est aux gouvernements ou aux bénéficiaires des projets de s’organiser pour maintenir le dispositif en état.

Plus spécifiquement, on note qu’il n’y a généralement pas de programme de réparation des machines. Sur ces deux aspects, on notera les mesures prise par OLPC France sur la formation des volontaires à la réparation des machines à travers ateliers et vidéos, de même qu’une planification précise des besoins financiers du déploiement.

Méthode d’évaluation

Pour l’évaluation, les écoles ont été séparées en groupes selon leur environnement socio-économique et une école est choisie dans chacun des groupes pour une analyse en profondeur. Des écoles témoins (sans XO) ayant des caractéristiques proches de celles dotées en XO ont été sélectionnées. Des collectes des données ont été effectuées avant la distribution (pré test) et après la distribution (post test). Il s’agit donc d’une évaluation d’impact de type randomisée (avec appariement des écoles) mais sur très peu d’écoles au final.

L’évaluation a portée sur la participation et l’implication des élèves en classe, la créativité et l’exploration et les compétences en écriture, mathématiques et arts. La collecte des informations s’est faite à travers des observations directes, des interviews et des sources administratives (registres). De plus, les journaux (log) XO des élèves ont été utilisés, ce qu’OLPC France a commencé à faire également.

Cette évaluation a été menée par des personnes qui ne sont pas liées aux institutions implémentant le projet. Il s’agit d’une évaluation formative visant un retour d’expérience plus que d’une évaluation sommative mesurant par exemple les résultats finaux d’un projet.

Quels sont les résultats de l’évaluation ?

En termes de distribution, les élections de 2008/2009 ont retardé la livraison des machines. Les enfants ont reçu les machines plusieurs mois après l’inauguration du projet en grande pompe. Certains n’en n’ont pas reçu du tout et la saturation n’a pas pu être atteinte dans les écoles (ce qui soit dit en passant peut être utilisée pour comparer les résultats des enfants avec et sans XO dans une même classe).

Comme toujours, le problème d’électricité s’est posé ainsi que celui du fonctionnement de certaines batteries et du câble. Les auteurs recommandent d’avoir une personne dans l’école apte à effectuer les réparations qui s’imposent.

Comme à Nosy Komba, l’usage du XO a été fait en dehors des heures officielles. Les auteurs ont pu tracer la courbe d’utilisation des XO, qui s’avère l’élément novateur de leur étude : lors des deux premiers trimestres de la 1ère année, il est pour eux prématuré de laisser les XO aux enfants qui ont des difficultés à les transporter chez eux. La courbe suivant montre que l’usage des XO atteint un pic en fin de 4ème année avant de chuter brutalement. Cela peut être du au fait que la 5ème année est la fin du 1er cycle du primaire sanctionné par un examen, qui devient une priorité pour les élèves et les enseignants.

Schéma d’utilisation du XO au cours de la scolarité

Recommandations opérationnelles

Les auteurs suggèrent d’introduire d’autres types d’équipements informatiques à partir de la 5ème année sans préciser lesquels.

Pour faire face au faible rendement des toutes premières formations des enseignants, le Ministère de l’Education a initié le développement de jeux interactifs basés sur les programmes officiels. Ce qui n’est pas sans rappeler l’usage de l’activité Memory à Nosy Komba. Il faut promouvoir l’usage du XO car passés les premiers mois, qui correspondent à la découverte d’un univers,  l’intérêt des enfants décroit. Les auteurs recommandent de raccorder l’école à un réseau informatique pour permettre la formation continue des enseignants, ce qui s’est fait à Nosy Komba.

Les auteurs saluent l’initiative du Ministère de l’Education de développer des outils pédagogiques libres pouvant servir sur des environnements de travail variés (open source). Sans mise à jour régulière des contenus (flashage), les logiciels n’évoluent pas avec le cursus scolaire mais il est possible de charger les manuels scolaires ou textes sur les XO. A Nosy Komba, pour l’instant des livres en malagasy ont été installés sur les XO.

Chaque nouvelle année scolaire, il faut  mettre à jour les contenus afin de maintenir l’intérêt des élèves. Une solution est d’impliquer les enseignants et les élèves dans le développement des activités, bien que ce ne soit pas facile dans la pratique.  Il est possible de faire un tableaudonnant pour chaque activité Sugar le niveau de difficulté et l’année scolaire la mieux indiquée.

Afin de faciliter l’élaboration de contenus et le retour d’expérience, la mise en place de réseaux Mesh ou Internet est une voie à privilégier. Une telle configuration permet aussi la mise en ligne des travaux des élèves, la résolution de problèmes rencontrés par les enseignants et la production d’informations statistiques sur les usages des XO, ce qu’OLPC France fait avec le back up des journaux des élèves à travers le school serveur. Une bibliothèque numérique disponible en ligne a été créée au Sri Lanka.

Ainsi, le projet OLPC Sri Lanka a été adapté, customisé au contexte local au fur et à mesure. Plutôt que de réaliser une évaluation bête et méchante visant à produire un jugement définitif sur OLPC, vu comme un tout, les auteurs ont tâché de mettre à disposition leurs compétences pour améliorer le projet. Cela n’est pas sans rappeler ce qui se fait à Nosy Komba également, de manière informelle. De plus, au Sri Lanka, des développements positifs ont été observés dans les connaissances, les compétences et les attitudes des élèves.

Cette évaluation n’est pas un instrument de pouvoir mais davantage un processus collectif d’apprentissage parfaitement naturel, appuyé par des outils scientifiques. Des évaluations « comme on aimerait en voir plus souvent ».

Plus d’informations, consultez cette infographie, cette présentation et le papier complet en anglais.

Traduction et synthèse à partir de : K. P. Hewagamage, H.M.S.J.Meewellewa, , G.K.Munasinghe, ,H.A.Wickramarachi (2011), Role of OLPC to Empower ICT Adaptation in the Primary Education, Education in a technological world: communicating current and emerging research and technological efforts, A. Méndez-Vilas (Ed.) ©FORMATEX 2011

3 novembre 2011

Consultez le bilan 2011 de l’association OLPC France


L’Assemblée générale de l’association, tenue le 15 octobre 2011, a permis de faire le bilan des actions menées. Voir la présentation détaillée. En un an et pour la modique somme de 8182 euros, l’association OLPC France, qui compte 36 adhérents, a pu mener divers actions s’articulant autour de quatre axes.

En bref pour 2011: de nouveaux membres actifs, plus de projets que jamais, un réel focus sur les contenus et une vraie reconnaissance de la fondation et des communautés.

Pour 2012, l’association souhaite : accueillir toujours plus de volontaires, identifier de nouveaux partenaires, accompagner les idées de projet, pérenniser les contenus, accompagner la montée en puissance de Nosy Komba, étudier les possibilités d’un nouveau pilote, réaliser un vrai site web et poursuivre l’investissement sur les réseaux sociaux.

Retrouvez l’article complet sur le blog OLPC France.

Pour soutenir les projets de l’association OLPC France, faites un don en ligne cliquez ici.

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